Les commerçants peu enthousiastes

Déménagement de Costco à Saint-Bruno-de-Montarville

Les commerçants de Saint-Bruno-de-Montarville ne voient pas d’un bon œil la venue du géant Costco sur le territoire. À divers degrés, aucun ne s’est montré enthousiaste devant ce déménagement.
Rappelons que le magasin Costco de l’arrondissement Saint-Hubert déménagera à Saint-Bruno-de-Montarville d’ici la fin de l’année. Il prendra l’espace occupé par l’ancien centre de distribution Costco situé aux Promenades Saint-Bruno, qui a déménagé à Varennes.
Or, les commerçants de Saint-Bruno-de-Montarville, établis pour la plupart depuis plusieurs années, hésitent à applaudir cette arrivée. D’ailleurs, plusieurs ne savaient pas que Costco s’établira bientôt sur le territoire.

Une clientèle différente

Pour plusieurs, l’impact sera minime. Mais il y en aura quand même un. « Il y aura un petit impact, sûrement, mais pas majeur, avance le propriétaire de Pains & Saveurs, Frank Barberio. Costco vend toutes sortes de produits, nos clientèles ne sont pas les mêmes. Un impact… oui, parce qu’il se rapproche, mais je ne crois pas qu’il y aura de gros dommages. »
Effectivement, en tant que magasin à grande surface, Costco offre plusieurs articles; des produits pharmaceutiques aux pneus, en passant par des vêtements, des fruits et légumes, des bijoux et des lunettes, des viandes et des poissons, de l’essence, des livres et des appareils électroniques, des friandises. Certains magasins proposent aussi un centre de la photo.
Pour Robert Gosselin, de PPM Photo, l’arrivée de Costco à Saint-Bruno-de-Montarville, ce « n’est pas énervant, pas plus que la présence des Promenades ». Il est l’un des rares commerçants que le journal Les Versants a questionnés qui ne voit pas d’impact à cette venue. La raison est simple : « Dès juin, je ne serai plus là. Je ferme boutique et je ne renouvelle pas le bail, annonce-t-il, ajoutant du même souffle que ça ne signifie pas pour autant la fin de son commerce. Sans avoir pignon sur rue, je continue sur le territoire de Beloeil ou Mont-Saint-Hilaire. »

« Nous sommes déjà très maganés, alors savoir que Costco s’en vient, non, ce n’est pas une nouvelle réjouissante. » – Luc Bourdage

Selon la propriétaire du commerce Au royaume du vrac, Najat Bedjaoui, la relocalisation du Costco, de Saint-Hubert à Saint-Bruno, pourrait avoir un impact, comme il pourrait ne pas en avoir. Quand on lui demande si ce déménagement pourrait jouer un rôle sur sa clientèle ou sur ses ventes, elle répond : « Ça se peut, comme ça ne se peut pas aussi. Costco, c’est bien pour les grandes familles. Mais les quantités que nous offrons sont idéales pour les besoins des petites familles. » Elle souligne qu’en plus de Saint-Hubert, Costco est également sur les territoires de Boucherville et Brossard. « Ceux qui fréquentent déjà Costco vont continuer. Par contre, il y a des gens plus sensibles à la cause des petits commerces, plus sensibles à l’environnement, à l’écologie. Il y a un changement de mentalité, de vision chez les clients, qui franchissent la porte avec leurs sacs, leurs contenants. Ce sont eux qui nous encouragent. »

Cri du cœur

Déjà mal en point depuis quatre ou cinq ans, le propriétaire de la boutique Sports Excellence Mont-Saint-Bruno, Luc Bourdage, dit craindre la venue du géant américain. Ce nouveau joueur sur le territoire montarvillois s’ajoute à l’agrandissement du Sports Experts des Promenades Saint-Bruno, à l’ouverture de quelques commerces spécialisés en articles de sports à Brossard, et à la présence de Sportium dans les environs. « Ça ne finit plus, les magasins de sport… nous sommes déjà très maganés, alors savoir que Costco s’en vient, non, ce n’est pas une nouvelle réjouissante. Ça affecte ma business aux ventes, qui ne cessent de diminuer », plaide Luc Bourdage.
D’après ses propos, il constate une baisse d’achalandage dans sa boutique depuis les quatre ou cinq dernières années, occasionnant une diminution totale de ses ventes de 30 à 40 %, soit 7 à 8 % par année. Pour pallier ces pertes, il se voit obligé de gérer différemment, de manière plus serrée, de passer toutes les dépenses au peigne fin, de couper dans les employés. « Ce n’est pas seulement la compétition de gros joueurs, la température est aussi un facteur. Un Noël sans neige, ça fait mal aussi. Ce n’est pas très rose. » Luc Bourdage a ouvert boutique il y a 13 ans. Il raconte : « Le salaire minimum était alors à 8,75 $. Le 1er mai, il sera majoré à 12,50 $. Les dépenses sont en hausse, les taxes augmentent, mais les revenus sont en baisse. C’est de plus en plus difficile. »

Privilégier l’achat local

Comme piste de solution, M. Bourdage évoque l’achat local, à privilégier. Au dire du commerçant, si chaque citoyen de Saint-Bruno-de-Montarville achetait une paire de chaussures sport par année dans son commerce, il pourrait ne vendre que des souliers et serait « très heureux ». Il déplore, par exemple, la disparition de la Ferronnerie Mandeville, qui a fermé ses portes en 2015. Aujourd’hui, il doit prendre sa voiture pour un magasin grande surface, à Saint-Basile ou Saint-Bruno, juste pour l’achat d’un clou ou d’une vis. « Tout est proche dans Saint-Bruno; on devrait être capables de tout faire à pied. »
Au moment d’écrire ces lignes, le représentant des communications et des relations publiques au bureau régional de l’est du Canada de Costco, Ron Damiani, n’avait pas rappelé le journal.
QUESTION AUX LECTEURS :
Est-ce que la venue de Costco vous incitera à privilégier davantage l’achat local, dans les petits commerces du village de Saint-Bruno?