Vincent Lagrange, un an plus tard

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Par Frank Rodi
Vincent Lagrange, un an plus tard
Le Montarvillois Vincent Lagrange enseigne en Chine. (Photo : courtoisie)

Montarvillois en Chine

Un an après un premier contact avec Les Versants, Vincent Lagrange, l’enseignant montarvillois en Chine, donne de ses nouvelles.

Propos recueillis par Frank Jr Rodi

Où en est rendue la pandémie en Chine?

Selon mon point de vue, tout semble passablement sous contrôle. On entend rarement parler de nouveaux cas. Par contre, les mesures de prévention demeurent, telle que le port du masque. La population en général se soumet aux consignes du gouvernement sans grande résistance. Le gouvernement chinois a divisé les districts à travers le pays en trois catégories : risque faible, moyen et élevé. S’il y a plus de 50 nouveaux cas d’infection dans les 14 derniers jours, le district tombe dans la catégorie risque élevé. Entre 1 et 50 nouveaux cas dans les 14 derniers jours, le district tombe dans la catégorie risque moyen. Dans de telles conditions, des restrictions de déplacements entre les districts sont mises en place. À l’heure actuelle, il y a cinq districts dans la catégorie risque moyen situés dans la province du Yunnan, près de la frontière birmane. À l’exception du Yunnan, il est possible de circuler librement à l’intérieur de la Chine sans restriction.

Craignez-vous une nouvelle vague?

La Chine semble n’avoir eu qu’une seule vague, la naissance du virus à Wuhan, il y a un an de cela. Je ne crains pas une nouvelle vague. Les règles sont tellement strictes et il n’y a presque plus de transmission du virus à l’intérieur du pays. Depuis le début de la pandémie, il y a officiellement 4851 morts et 102 790 cas d’infection en Chine. Ce qui est peu par rapport à sa population, 1,4 milliard de personnes!

« Les salles de classes de mon école sont désinfectées tous les jours. » – Vincent Lagrange

Vous enseignez dans une nouvelle école depuis l’automne?

J’enseigne maintenant à l’école Yihai, située dans le district de Fengtai à Beijing. C’est une école privée chinoise où les élèves ont la possibilité de s’inscrire dans quatre différents programmes : chinois, britannique, américain ou canadien. En ce qui me concerne, j’enseigne dans le programme canadien, affilié au programme scolaire de la Colombie-Britannique. Nous sommes six enseignants dans le programme canadien. J’enseigne l’anglais en 10e et 11e année au secondaire. Mes classes varient entre 20 et 30 élèves. L’école comprend environ 300 élèves, dont près d’une centaine inscrits dans le programme canadien.

Quelle est votre situation actuelle?

J’ai un train de vie assez régulier malgré les règles sanitaires. J’enseigne du lundi au vendredi de 8 h à 16 h 30. Les fins de semaine, j’en profite pour explorer divers endroits à Beijing et dans les environs. Aussi, je prends un cours de mandarin une fois par semaine. C’est une langue très difficile à apprendre pour un francophone. Mais avec beaucoup d’efforts, j’ai espoir de pouvoir maîtriser les rudiments de base de la langue d’ici un an ou deux.

Quelles sont les mesures sanitaires mises en place?

Il y a un contrôle à l’entrée dans plusieurs endroits, tels que mon école, les restaurants, les épiceries, le métro, le cinéma, les centres commerciaux… Une personne responsable de la sécurité s’assure du respect des règles. Il faut porter un masque, prendre sa température et scanner le code QR de l’application cellulaire de traçage des contacts. Les salles de classes de mon école sont désinfectées tous les jours après les heures de cours. Les frontières terrestres avec les pays voisins sont toujours fermées.

Que retenez-vous de la pandémie mondiale?

En premier lieu, il m’apparaît primordial de bien identifier l’origine du virus afin d’empêcher la naissance d’un autre. Nous savons que c’est une zoonose; le virus a été transmis d’un animal à un humain. Il faut donc implanter des mesures sévères pour interdire le braconnage, superviser les centres d’élevage ainsi que les marchés d’animaux vivants, nombreux en Chine et ailleurs en Asie. En deuxième lieu, la transparence des gouvernements et des médias dans la diffusion de l’information est fondamentale. En troisième lieu, un plan d’action mondial devrait être mis en place par tous les pays. Autrement, si c’est la logique du chacun pour soi, la prochaine pandémie sera encore une fois chaotique et catastrophique.

Après un an, qu’avez-vous appris sur vous?

J’ai appris à reconnaître la chance que j’ai. La chance d’avoir une bonne santé et d’accéder à une relative sécurité financière. J’ai aussi pris conscience de la fragilité de la vie, de l’urgence de vivre, de faire ce que l’on aime et d’exprimer à nos proches qu’on les aime. Malgré le fait que je vive loin des miens, je communique régulièrement avec eux. Aujourd’hui, nous avons accès à tellement de modes de communication!

Que pensez-vous de la pénurie de main-d’œuvre en éducation?

Même si je n’ai jamais enseigné au Québec, je suis au courant de la situation. Par contre, j’ai enseigné dans une école secondaire à Burnaby, en Colombie-Britannique. J’y enseignais le français et l’espagnol. Mes parents, aujourd’hui retraités, ont travaillé dans l’enseignement au Québec. Ma mère à l’école Albert-Schweitzer, mon père en histoire au cégep Édouard-Montpetit. Ma sœur est enseignante au primaire à l’école Sainte-Marie, à Chambly. Le Québec est la province où le personnel enseignant est le moins bien payé au Canada. Cela est une raison majeure expliquant la pénurie de main-d’œuvre dans le monde de l’éducation.

La campagne de vaccination va bon train au Québec; c’est le cas en Chine?

La campagne de vaccination va de l’avant. Pour l’instant, on estime que 4 % de la population chinoise a été vaccinée. Certains groupes se sont fait vacciner en priorité, tels le personnel médical, la police et les employés des entreprises d’État. Apparemment, les personnes âgées n’ont pas été les premières à recevoir le vaccin, car le gouvernement voulait faire des tests supplémentaires. Il était question ici de s’assurer qu’elles ne souffrent pas d’effets secondaires sévères qui auraient pu leur être fatals.

Avez-vous reçu votre vaccin?

L’administration de mon école a demandé aux enseignants si nous voulions être vaccinés. J’ai accepté, mais ce n’est pas obligatoire. Par contre, il sera difficile de voyager en dehors de la Chine sans la preuve d’avoir été vacciné. Je devrais être vacciné d’ici peu, au printemps. Il s’agit d’un vaccin fait en Chine qui se prend en deux doses.

Une équipe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en mission en Chine pour enquêter sur les origines du virus… comment cette visite a-t-elle été accueillie?

De façon générale, le Parti communiste chinois est assez frileux à l’idée de laisser les pays occidentaux s’ingérer dans ses affaires internes. Malgré tout, selon le Ministère des affaires étrangères de la Chine, le gouvernement est disposé à coopérer de façon responsable et transparente avec le groupe d’experts de l’OMS. Selon mes propres observations, les Chinois que je côtoie semblent comprendre qu’il est légitime que l’OMS fasse une enquête sur les origines du virus.

La violence dirigée vers les Asiatiques en Occident, un sujet chaud en Chine?

Les personnes en Chine se sentent moins concernées, car elles ne sont pas touchées directement par le problème. J’ai fait l’exercice d’aborder le sujet du racisme anti-asiatique en Occident avec quelques personnes de Beijing. Selon mes observations personnelles, la jeunesse chinoise qui utilise abondamment les réseaux sociaux et s’informe à travers les médias occidentaux est davantage au courant de la situation par rapport aux autres générations qui ne font que suivre les médias officiels du gouvernement. D’ordre général, je ne dirais pas que c’est un sujet chaud comme ce l’est en ce moment en Occident.

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