Vincent Lagrange retourne en classe

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Par Frank Rodi
Vincent Lagrange retourne en classe
Le Montarvillois Vincent Lagrange dans sa salle de classe. (Photo : courtoisie)

Un Montarvillois en Chine

Après plusieurs semaines à offrir ses cours à distance, Vincent Lagrange, un enseignant montarvillois en Chine, est retourné dans sa classe en mai dernier.

Propos recueillis par Frank Jr Rodi

De retour à l’école pour enseigner… quels sont vos sentiments sur ce retour?

Les élèves voulaient retourner à l’école pour revoir leurs compagnons de classe. Par contre, il n’y aucune mesure de prévention qui est respectée dans les salles de classe. Les élèves et les enseignants portent rarement le masque et il n’y pas de distance imposée entre les pupitres. Par contre, des gardiens à l’entrée du campus prennent la température de toutes personnes traversant le portail principal et il y a une tente installée pour isoler une personne présentant des symptômes de fièvre. Il y a un sentiment de protection une fois que nous sommes à l’intérieur du campus.

La différence entre enseigner en classe et enseigner à distance à travers un écran?

Les cours à distance fonctionnent avec les élèves du secondaire et du collégial, qui sont capables de travailler de façon autonome. Dans mon cas, j’enseigne en anglais; la présence en classe et le contact direct avec l’enseignant est fondamental parce que les élèves sont dans un contexte de langue seconde. Il y a aussi quelque chose de profondément humain dans le fait de pouvoir communiquer directement, par la parole, le visage et les yeux.

Des vacances prévues?

Mon contrat se termine le 10 juillet 2020 et je reprends les classes à la fin du mois d’août dans une autre école, à Beijing cette fois. Bien sûr, j’ai prévu voyager à l’intérieur de la Chine. De toute manière, c’est impossible de quitter le territoire chinois parce que le gouvernement a temporairement banni l’entrée en Chine de toute personne n’ayant pas le passeport chinois. En d’autres mots, si je sors du pays, je ne pourrai plus rentrer.

Comment s’est passé le retour à une vie plus normale pour vous?

Après quatre mois de confinement avec l’angoisse du virus qui court les rues, le retour à la vie quasi normale est très agréable. Je sors à l’extérieur avec beaucoup moins de craintes qu’avant. Par contre, je porte toujours un masque au visage quand je suis dans un lieu public avec des inconnus autour de moi et j’ai toujours ma bouteille de désinfectant pour les mains dans ma poche.

Comment s’est déroulé le déconfinement chez le peuple chinois?

En général les Chinois ont été très disciplinés et ont pris la situation au sérieux. Maintenant, on sent que le pays s’ouvre de plus en plus. Les usines se remettent à tourner et la construction d’immeubles a repris son erre d’aller. Les jeunes sortent abondamment le soir pour manger des brochettes grillées, boire de la bière entre amis ou aller dans une discothèque.

« Si je sors du pays, je ne pourrai plus rentrer. » -Vincent Lagrange

Vous êtes au fait de la crise que le Québec a connue dans les CHSLD… qu’en pensez-vous?

Comme nous le savons, la COVID-19 est particulièrement mortelle pour les personnes très âgées. Donc, nous savons que dorénavant il faudra redoubler d’ardeur pour prévenir l’intrusion du virus par un visiteur ou un employé dans les résidences pour aînés. La crise dans les CHSLD a mis à nu un système qui était désorganisé de l’intérieur. Le salaire des préposés aux bénéficiaires est ridiculement bas. Comment peut-on demander à des gens de risquer leur vie et leur santé pour un si petit salaire? D’autant plus que c’est un travail épuisant moralement et physiquement. Il y a des employés dans les CHLSD qui sont des immigrants en situation de précarité. Ces immigrants font partie des « anges » du premier ministre Legault dont il voulait réduire le nombre. Certains de ces « anges » ont même fait partie de ceux qui ont traversé les lignes américaines à pied pour demander le statut de réfugié. Par ailleurs, le gouvernement devrait privilégier une aide financière pour les proches aidants naturels et la construction de maison multigénérationnelle comme alternative accessible à tous au lieu du CHSLD.

En tant qu’enseignant, que pensez-vous de la gestion du retour dans les écoles du Québec?

Stopper la pandémie et protéger la santé de la population québécoise passaient en priorité. Il n’y pas de doute là-dessus. Par contre, j’ai su que les cours en ligne, du moins au primaire, étaient facultatifs. Ici, en Chine, tous les cours en ligne étaient obligatoires et il y avait des devoirs, des projets, des tests, des notes et des bulletins qui étaient donnés aux élèves. Il me semble que le Québec aurait pu faire la même chose. Tout de même, je lève mon chapeau à tout le personnel enseignant du Québec qui a travaillé fort pour donner des cours en ligne et planifier des activités pédagogiques de qualité jusqu’à la fin des classes.

Croyez-vous que le déconfinement québécois s’est déroulé trop rapidement?

Ce que j’ai trouvé surprenant au Québec, c’est que les autorités de la santé publique disaient « restez chez vous et sauvez des vies » et presque tout d’un coup le gouvernement dit aux gens qu’ils peuvent sortir à nouveau. Somme toute, mis à part la tragédie des CHSLD, la situation me paraît quand même sous contrôle au Québec. De plus, le déconfinement est partiel et graduel. Les grands évènements et les spectacles sont annulés. Les restaurants et les bars doivent faire preuve d’imagination pour respecter la distanciation sociale. Certains établissements avec une situation financière fragile ont dû fermer leur porte. Pour éviter une deuxième vague, je crois que les gens devraient tout simplement porter un masque, continuer à se laver les mains et maintenir la distanciation sociale.

Craignez-vous une deuxième vague du virus?

J’espère que la situation va rester stable. Je ne crains pas une deuxième vague parce que des mesures assez strictes ont déjà été prises et le gouvernement chinois va agir très rapidement cette fois-ci. De plus, nous sommes mieux informés par rapport au virus. L’effet de surprise n’est plus là. Mais l’enjeu de trouver un vaccin demeure entier.

Vous ennuyez-vous du Québec?

Oui, tous les jours. Je suis les nouvelles et je consomme de l’humour québécois sur Internet. Par contre, je dois utiliser un VPN (Virtual Private Network) pour contourner le grand pare-feu de la Chine et avoir accès à un Internet libre de censure. Le gouvernement chinois bloque plusieurs sites tels que Netflix, Wikipedia, Facebook, YouTube, Google, Twitter… Il en va de même pour des médias d’informations tels que la BBC, le New York Times, le Time Magazine, le Globe and Mail, Le Monde et j’en passe. Étrangement, la CBC, en anglais, est bloquée, mais pourtant Radio-Canada, en français, ne l’est pas. La Presse, Le Devoir et le Journal de Montréal sont aussi libres d’accès. Les médias québécois francophones ne semblent pas être très menaçants aux yeux du gouvernement chinois qui, je le rappelle, est dirigé par le Parti communiste chinois depuis 1949, et qu’il s’agit d’un parti unique. Heureusement que Skype n’est pas bloqué; je m’en sers pour appeler ma famille régulièrement. Je vais d’ailleurs manquer un évènement familial très important. Ma grand-mère est décédée récemment et je ne pourrai pas assister aux funérailles. Quoi qu’il en soit, j’ai choisi de vivre à l’étranger; si je vivais au Québec, je m’ennuierais de ne pas être à l’étranger. Mes parents avaient prévu me rejoindre cet été. Ce n’est que partie remise.

QUESTION AUX LECTEURS :

Aimeriez-vous vivre à l’étranger pour le travail?

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