Une malbouffe pandémique

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Une malbouffe pandémique
La nutritionniste-diététiste Catherine Paul rapporte les effets de la pandémie sur l’alimentation de la population. (Photo : courtoisie)

Dans un contexte où le télétravail, les horaires irréguliers et la marmaille à la maison sont à gérer en même temps, rester actif et manger santé ne font plus partie des priorités.

De nombreuses études publiées entre autres par Statistique Canada démontrent en effet que les Canadiens ont développé de mauvaises habitudes alimentaires depuis la pandémie, renforcées par le télétravail et la fermeture de plusieurs commerces alimentaires.

Selon un sondage mené cette année par l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), depuis la pandémie, le quart des Québécois rapportent avoir une alimentation de moins bonne qualité qu’avant, te tiers des Québécois mangeraient davantage de malbouffe, et près de 44 % d’entre eux auraient réduit leur pratique d’activité physique. L’étude révèle également que les jeunes de 18 à 34 ans sont ceux dont les habitudes alimentaires et le conditionnement physique ont le plus régressé.

« C’est un cercle vicieux. Certains de mes clients (…) se sont retrouvés chez eux (…) à consommer des ‘aliments plaisir’ pour se réconforter. » – Catherine Paul

Les effets pervers du stress

Selon la nutritionniste-diététiste Catherine Paul, qui offre des services de consultation à domicile à Saint-Bruno et à Sorel-Tracy, le facteur de santé mentale n’est pas non plus négligeable. « le stress occasionné par la pandémie a provoqué des comportements alimentaires différents chez les gens. La grande majorité d’entre eux se sont mis à manger plus pour compenser le manque d’activité et de stimulation, tandis que d’autres, au contraire, mangeaient beaucoup moins qu’à l’habitude. » Elle raconte qu’entre les deux vagues, certains ont pris 20 lb. « C’est un cercle vicieux. Certains de mes clients, qui avaient fait énormément d’efforts avant la pandémie, se sont retrouvés chez eux sans pouvoir aller au gym car celui-ci était fermé, et se sont mis à consommer des ‘aliments plaisir’ pour se réconforter. Il y a eu beaucoup de laisser-aller pendant les vacances d’été, et une montée considérable du taux de cholestérol chez les gens. »

Une apathie encouragée

La fermeture de nombreux parcs et modules de jeux en zones d’alerte COVID critique, et la tendance à faire livrer des commandes de restauration rapide plutôt qu’à se procurer des aliments santé spécifiques afin de les cuisiner, ont encouragé l’apathie de plusieurs Québécois. « Avec les mesures de confinement, il semble plus difficile pour la population de maintenir un bon niveau d’activité physique. Sans accès aux modules de jeux, installations sportives et activités de loisirs, les options pour bouger sont évidemment plus restreintes, de même que les déplacements actifs normalement faits entre le travail, l’école et la maison. », explique Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids).

L’hygiène alimentaire des enfants

Justine Janin travaille comme psychologue auprès des élèves des écoles de Sainte-Julie, Saint-Basile et Saint-Bruno, dont l’École de Montarville. Elle a souhaité témoigner à deux titres. « En tant que psychologue scolaire, j’ai vu beaucoup d’enfants qui ont pris de très mauvaises habitudes alimentaires pendant le confinement, puisque pendant que les parents télétravaillaient, ils mangeaient ce qu’ils voulaient, quand ils le voulaient. De retour à l’école, ils doivent se contenter des collations qui ne sont pas illimitées, et c’est plus difficile. La famille d’une enfant m’a contactée parce que la petite avait pris beaucoup de poids, mangeait moins bien et n’avait plus l’occasion de faire de l’activité physique, les sports collectifs ayant été arrêtés. »

Elle a trouvé qu’il était difficile pour elle-même de trouver un cadre alimentaire pendant le confinement. « On est plus tentés de manger au gré de nos envies sans cadre horaire. » Elle raconte qu’elle s’est créé son propre cadre alimentaire, puisqu’elle a toujours été portée à manger sainement, mais qu’elle a lutté pour reprendre le contrôle sur son alimentation. « Ça a joué sur mon moral. Confinés, on est plus portés à vouloir se cuisiner des plats, et même si l’on cuisine santé, on se met à manger plus. Dans mon cas, c’était la quantité qui posait problème. Je ne m’entraînais plus non plus, et je n’avais plus le même contrôle sur ma routine. »

Un cocktail inquiétant

On apprenait également le mois passé qu’une hausse accrue des consommations d’alcool, de drogues, et de la pratique du vapotage chez les jeunes avait été constatée depuis la pandémie. Selon le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS), près du tiers des jeunes s’adonnent désormais au vapotage, ce qui dresse un portrait alarmant de l’état de santé moyen de la jeunesse depuis le début de la crise sanitaire.

Des raisons financières

L’Institut national de santé publique du Québec évoque aussi le « manque de ressources financières ou d’accès à un système alimentaire durable » comme facteur exacerbant la précarité alimentaire propres à certains groupes déjà vulnérables, dont les ménages avec enfants. « Alors qu’au début de la pandémie, 26 % des adultes québécois vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire, cette proportion était de 15 % au 20 mai. »

Quelques options pratiques

Mme Paul, qui affirme avoir eu une augmentation considérable de clients entre les deux vagues, ne manque pas d’idées et de conseils lorsqu’il s’agit de reprendre son hygiène alimentaire en main. « On pense souvent à tort que les légumes surgelés ne sont pas bons pour la santé. Moi je les recommande car ça dépanne lorsqu’on manque de temps, ça permet d’équilibrer son repas en accompagnant son « grilled cheese » ou son sandwich au poulet. » Mme Paul insiste sur l’importance des vitamines et des minéraux. « Il faut consommer des fruits et des légumes pour avoir cet apport. Je conseille aussi les suppléments de vitamine D. » Elle affirme que la vitamine D aurait des propriétés qui diminueraient les symptômes de la COVID selon plusieurs études, bien qu’il n’y ait pas consensus scientifique, ni résultat clair en ce sens. Elle suggère aussi d’acheter du poisson surgelé, « car ça se prépare rapidement, avec un peu de moutarde de dijon, du sirop d’érable, et des herbes salées. » Finalement, elle propose aussi d’opter pour des compotes sans sucre et des conserves de thon en guise de collations rapides.

Question aux lecteurs :

Comment la pandémie a-t-elle influencé vos habitudes alimentaires ?

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