Une famille d’entrepreneurs, tissée serré

Une famille d’entrepreneurs, tissée serré

Jos. Maurice, par sa fille Micheline Maurice Daigneault

Jos. Maurice a été un homme d’affaires bien connu : beurrier, barbier et vendeur de mazout, à Saint-Basile-le-Grand, Saint-Bruno et Beloeil. Sa fille Micheline nous raconte l’histoire de son père et de la famille. L’esprit d’entrepreneuriat se dessine à travers les générations de cette famille tissée serré. « On est bien ensemble », confie-t-elle.

Avec émotion, elle évoque son père, originaire de Saint-Valérien-de-Milton, qui a perdu le sien à l’âge de 14 ans. Jos. est le quatrième enfant d’une famille de huit, sept garçons et une fille. En 1926, à la mort de son mari Arthur Maurice, Marie-Louise Robert, décide d’exploiter elle-même la meunerie. Au printemps de l’année suivante, les glaces emportent le moulin, qui se brisera sur le pont du rang voisin. « Marie-Louise s’est relevé les deux manches, l’a fait reconstruire et a continué à le gérer », révèle, avec admiration, celle qui deviendra sa belle-fille. Au décès de son père, Jos. ira vivre chez son parrain. Il travaille à la livraison du courrier et, avec son salaire, il se paie deux cours, beurrier et barbier. De plus, il envoie de l’argent à sa mère.

En 1938, Jos. est engagé à la beurrerie d’Adélard Lafrance, sur la rue qui porte son nom, à Saint-Basile. Lors d’un dîner chez le patron, où il habite, il rencontre Lucille Perreault, fille de Jos Ovila Perreault et d’Angélina Lafrance, sœur d’Adélard. Après le repas, la belle Lucille demande à Jos : « Viendriez-vous faire une petite marche? » Leurs pas les mèneront loin. En 1940, ils s’épouseront et, peu après, Jos. achètera la beurrerie. Ils s’installent dans le logement au-dessus. Lucille s’occupe aussi du commerce. Ils auront trois enfants : Madeleine naîtra en 1941 et décédera un mois après sa naissance. Paul voit le jour en 1943 et Micheline, en 1945.

Jos. est aussi barbier. C’est la guerre de 39-45; les soldats installés à Saint-Basile, sur le rang des 20, viennent le soir se faire couper les cheveux. La fin de semaine, c’est au tour de la parenté. Les années passent. Micheline fait sa première année à l’École du village, tenue par les Sœurs de Saint-Joseph. En attendant la fin de la construction d’une deuxième école, devenue nécessaire, elle fera sa deuxième année dans le salon double de la maison de Germain Chagnon, rue Principale. L’année suivante, elle entrera à la toute nouvelle École Saint-Basile et y étudiera jusqu’à la neuvième année.

En 1948, Jos. Maurice vend la beurrerie et achète un commerce de mazout (autrefois huile à chauffage), installé à Montréal. Grâce à ses contacts établis quand il recueillait la crème chez les cultivateurs de Saint-Basile, Saint-Bruno et Beloeil, il peut rapidement se permettre de transporter l’entreprise à Saint-Basile, toujours sur la rue Lafrance. La maison familiale qu’il construira la voisinera.

Un grand malheur frappe la famille. Le 16 avril l961, Lucille décède rapidement. Micheline doit interrompre ses études, car son père ne peut s’occuper du commerce et de la maison tout seul. L’année suivante, il annonce à sa fille : « Je me marie avec Rita Lambert et tu retournes à l’école! » Micheline voyage à Montréal pour étudier dans un collège commercial, tout comme son frère Paul, qui, lui, fréquente l’École polytechnique. Le nouvel ingénieur en mécanique sera embauché par IBM. Plus tard, Paul fera un changement de carrière, mais dans la continuité de l’esprit d’entrepreneuriat familial. Il devient agent immobilier, à Saint-Lambert. Son fils Olivier prendra la relève. 

À la fin de ses études, Micheline travaillera comme secrétaire-comptable dans quelques entreprises. Afin de livrer le mazout, son père engage Marcel Daigneault, originaire du Grand Boulevard, à Saint-Bruno-de-Montarville. Pour le mariage de son frère Paul avec Zita Hamel, (ils auront trois enfants : Philippe, Catherine et Olivier). Micheline demande à Marcel de l’accompagner… Ils s’épouseront en 1967 et, la même année, Jos. leur vendra son commerce de mazout et la maison. Lui et son épouse Rita déménageront à Mont-Saint-Hilaire, où il travaillera pendant une dizaine d’années comme chauffeur d’autobus scolaires. Plus tard, le couple déménagera à Saint-Lambert. Jos. y mourra en 2003, à l’âge de 91 ans. Sa fille raconte : « Mon père n’a jamais voulu d’associé dans son commerce. Il était très connu dans Saint-Basile et il a aidé beaucoup de monde. Il faisait confiance. »

Micheline et Marcel  

De 1967 à 1979, Micheline et Marcel gèrent le commerce de mazout. Ils auront deux filles, Guylaine et Chantal. En 1979, la famille déménage à Longueuil. Les parents y achètent une tabagie qu’ils exploitent jusqu’en 1988, année où Marcel fera un premier infarctus. D’autres suivront et il ne pourra plus retravailler. C’est maintenant lui qui tient maison. De plus, la famille, la marche et la lecture l’occupent allègrement. Micheline travaille, de 1988 à 1996, comme secrétaire-comptable pour Multi-luminaire, à Longueuil, ainsi que pour d’autres employeurs, le soir. L’année suivante, elle commencera à travailler à plein temps pour son gendre, Jacques, propriétaire de Roul-Air, à Saint-Basile. En 1998, Micheline et Marcel reviennent s’installer à Saint-Basile et Micheline poursuit son travail jusqu’en 2010, année où elle doit quitter son emploi pour des raisons de santé, ce qui la déçoit beaucoup.

Installés à Mont-Saint-Hilaire, leur fille Guylaine et son conjoint Ghislain Joyal, entrepreneur, ont trois enfants : Alexandre, Anne-Sophie et Mathieu. Chantal et Jacques Rouleau, entrepreneur, ont deux enfants, Guillaume et Alexis, et ils demeurent à Saint-Basile.

Marcel rentre. Il dit : « Je suis allé faire une marche jusqu’au cimetière. J’aime rendre visite à la mère de Micheline ». Compatissant, il ajoute : « Elle l’a perdue à 15 ans. » Tout comme sa femme au début de l’entrevue, il confie : « On est bien ensemble. »

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