Un peu de Saint-Bruno dans Perseverance

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Par Frank Rodi
Un peu de Saint-Bruno dans Perseverance
La sonde Perseverance s'est posée sur la planète Mars jeudi dernier. (Photo : NASA/JPL-Caltech)

Mission Mars 2020

La NASA a réussi, jeudi dernier, à poser, sept mois après son lancement, la sonde Perseverance sur la surface de Mars. Pour en parler, le directeur du développement de l’exploration spatiale au sein de l’Agence spatiale canadienne, Erick Dupuis, nous a accordé une entrevue.

Erick Dupuis demeure à Saint-Bruno-de-Montarville. Il est directeur du développement de l’exploration spatiale. Sa direction s’occupe de toutes les missions d’astronomie spatiale et d’exploration planétaire, incluant celles en direction de Mars et de la Lune.

Personnellement, M. Dupuis n’est pas impliqué dans la mission Mars2020, mais sa direction finance la participation de trois scientifiques canadiens.

Le regard vers Mars

Jeudi dernier, tous les yeux se sont tournés vers Mars, alors que le robot Perseverance s’y posait après un long voyage de sept mois dans l’espace. C’était sans compter ces « sept minutes de terreur », moment durant lequel la sonde est entrée dans l’atmosphère martienne et est passée de 20 000 km/h à zéro en déployant notamment son parachute. « Personnellement, je trouve extraordinaire de voir qu’on est capables d’envoyer des sondes sur d’autres planètes pour les explorer », mentionne Erick Dupuis.

Pour ce dernier, l’exploration spatiale est « le rêve de toute une vie ». Il précise : « Plus jeune, quand j’avais 10 ou 11 ans, j’avais un intérêt pour l’espace et les autres planètes. » Cet intérêt se bonifie lorsque les sondes spatiales du programme Voyager retournent des images de Jupiter. « Ce sont ces images qui m’ont amené à mettre un pied dans la robotique et un pied dans l’exploration spatiale », note le directeur de l’Agence.

« Ce rover sur Mars aura un ‘’impact’’ sur la génération à venir. » -Erick Dupuis

Quand on lui demande si les images diffusées la semaine dernière ont le potentiel de développer un intérêt pour le domaine spatial chez les plus jeunes, l’homme avance que pour le public en général, l’astronomie est une grande source d’inspiration. « Ce rover sur Mars, à qui l’on attribue presque une personnalité, aura un ‘’impact’’ sur la génération à venir, permettra de développer un intérêt marqué pour les sciences, les mathématiques, la technologie, l’ingénierie. Espérons-le. Les photos provenant de Mars pourraient semer la même graine que les images de Jupiter ont semée en moi quand j’étais âgé de 11 ans et qui m’ont ouvert les yeux sur tout un monde. »

Enseignement

Le journal Les Versants s’est alors tourné vers les écoles de la région. Des enseignants ont profité de l’arrivée de Perseverance sur Mars pour aborder le sujet avec leurs élèves. « Nous avons présenté une vidéo ce matin [vendredi], puisque ça tombe à point avec la semaine de la persévérance scolaire. Les élèves étaient curieux et avaient des questions. Ils se questionnaient beaucoup sur les raisons pour lesquelles aucun humain n’était dans la mission. C’est difficile de comprendre pour eux que ces technologies n’existent tout simplement pas encore et qu’ils feront peut-être partie des gens qui travailleront à cela dans quelques années », laisse savoir une enseignante de 5e année.

« La curiosité, l’intérêt des sciences et, en ce qui nous concerne, nous avons mis l’accent sur le parcours de la Québécoise [Farah Alibay], qui a sûrement dû faire preuve de beaucoup de persévérance, en tant que femme et Québécoise, pour travailler à la Nasa et piloter cet engin sur Mars », ajoute-t-elle.

Puis une autre professeure nous confie : « Pour mes petits, ces avancements font partie de leur vie. C’est comme si c’était naturel de voir une planète de si près quand on peut voir plein de choses à distance maintenant. »

Pour des raisons de sécurité (qui ne sont pas liées à la COVID-19), l’Agence spatiale canadienne est fermée au public et donc, depuis quelques années, l’endroit ne reçoit plus de visites de groupes scolaires.

Collaboration canadienne

Des scientifiques canadiens participent d’ailleurs à la mission, dont la Québécoise Farah Alibay. L’ingénieure en aérospatiale à la NASA pilotera le robot sur la planète rouge. Chris Herd, un autre Canadien, professeur à l’Université de l’Alberta, est l’un des scientifiques qui travailleront à dénicher des indices de vie sur Mars. « Pour notre pays, la présence de Perseverance sur Mars est une superbe opportunité. L’un de nos scientifiques choisira les échantillons qui reviendront éventuellement sur Terre », explique Erick Dupuis.

Car l’envoi de Perseverance sur Mars est seulement la première d’une série de trois missions qui devraient permettre, en bout de ligne, de ramener des échantillons de sol martien sur Terre afin d’en faire une analyse plus poussée. Le retour sur notre planète est prévu en 2031. « Maintenant qu’il est sur Mars, Perseverance prélèvera des carottes de sol et de roches et les insérera dans des tubes scellés, comme des éprouvettes, qu’il laissera à des endroits stratégiques à la surface de Mars. La deuxième mission, prévue en 2026, reprendra les échantillons et les éjectera en orbite autour de Mars, en vue d’une troisième mission », raconte le Montarvillois. En somme, l’objectif est de découvrir si Mars a déjà abrité une forme de vie.

Cratère Jezero

Le rover, ou l’astromobile, s’est posé dans le cratère Jezero, un endroit considéré risqué en raison de son relief. La NASA a sélectionné cet emplacement, un ancien lac asséché, parmi une soixantaine de sites pour l’amerrissage de son engin. « Avec ses couches sédimentaires, c’est l’endroit parfait pour trouver des traces de vie passée ou présente. Le jeu en vaut la chandelle, soutient M. Dupuis. Si cette expérience permet de découvrir de la vie sur une autre planète que la Terre, ça remettrait en cause tout ce que l’on sait sur notre civilisation, nos croyances, notre philosophie… Cela va au-delà de la découverte scientifique. »

Erick Dupuis a occupé diverses fonctions en robotique spatiale au sein de l’Agence spatiale canadienne depuis 1992. Ses activités se concentrent en exploration planétaire : il a notamment démarré le projet de la station météorologique de la mission martienne Phœnix. M. Dupuis détient un baccalauréat de l’Université d’Ottawa, une maîtrise du Massachusetts Institute of Technology et un doctorat de l’Université McGill, tous trois en génie mécanique avec spécialisation en robotique.

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