Un Montarvillois en Chine

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Par Frank Rodi
Un Montarvillois en Chine
Le Montarvillois Vincent Lagrange est actuellement à Qingdao, en Chine. Sur la banderole, il est écrit : « Ne sortez pas dehors, pas de célébration, évitez les foules. » (Photo : courtoisie)

Coronavirus

Vincent Lagrange demeure à Qingdao, en Chine, afin d’y enseigner à l’école Canada Qingdao Secondary School. De son appartement, le Montarvillois de 37 ans a répondu par courriel à nos questions concernant la situation avec le coronavirus (COVID-19).

D’abord, pourquoi êtes-vous en Chine et comment avez-vous décroché ce poste?

J’enseigne à l’école Canada Qingdao Secondary School, une école certifiée par le ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique. Je suis arrivé au mois de septembre 2019. J’ai choisi d’enseigner en Chine par simple goût du voyage et de la découverte. J’ai décroché cet emploi en envoyant mon dossier directement au surintendant par courriel. Je suis diplômé en éducation d’une université de la Colombie-Britannique; un préalable pour enseigner là-bas.

Quel est votre quotidien depuis janvier, lorsque les premiers cas de coronavirus sont sortis?

Je sors rarement de mon appartement. C’est ce que font la majorité des gens d’ailleurs. Quand je sors, je porte un masque et des gants. Je me lave régulièrement les mains aussi. Il faut dire que Qingdao se trouve dans la province de Shandong. Il y a eu 749 cas d’infection confirmés. Dans la province de Hubei, là où se trouve la capitale de Wuhan, il y a eu 62 031 cas d’infection confirmés. Je ne suis pas dans l’épicentre du virus.

Quelles sont les mesures prises afin de réduire les risques du virus dans votre école?

Mon école demeure fermée. En attendant, nous donnons des cours en ligne pour nos élèves. Le retour en classe est prévu pour le mois de mars, mais cela reste incertain. C’est le ministère de l’Éducation de la Chine qui a le pouvoir de prendre cette décision.

« Mon école demeure fermée. En attendant, nous donnons des cours en ligne pour nos élèves. » – Vincent Lagrange

Quelle est la situation à Qingdao? Est-elle devenue une ville fantôme?

La différence est frappante! Beaucoup moins de personnes se promènent dans les rues. Ce n’est pas une ville fantôme, mais c’est anormalement tranquille. Tout le monde porte le masque et parfois même des gants de plastique jetables. La plupart des restaurants sont toujours fermés. Cependant, le centre commercial est ouvert avec son supermarché, ses boutiques, son Pizza Hut, son Poulet frit Kentucky et son Starbucks.

Selon vous, est-ce que la situation telle qu’exposée dans les médias nord-américains est exagérée ou vraisemblable?

Je crois que c’est une situation sérieuse et qu’il ne faut pas prendre ce virus à la légère. Par contre, pour ce qui est de l’Amérique du Nord, à part quelques cas isolés, le risque d’une pandémie est presque nul. Quand j’entends dire que tellement de gens se sont achetés des masques au Québec et qu’ils sont en rupture de stock, je trouve ça absurde! Le virus est au cœur de la Chine. Ici, ce n’est pas exagéré; c’est vraisemblable.

Personnellement, craignez-vous l’épidémie de COVID-19?

Je suis de nature un peu hypocondriaque, alors bien sûr que je suis craintif. Par contre, si j’écoute mon esprit rationnel, je peux me calmer. Regardons les chiffres : 80 % des personnes décédées avaient plus de 60 ans, le taux de mortalité est d’environ 2 %. Donc, le coronavirus est plus mortel chez les personnes âgées. Aussi, 97 % des cas répertoriés sont dans la province de Hubei, à dix heures de route d’où je me trouve. J’évite les foules, je garde mes distances, je porte un masque, des gants d’hiver et je me lave les mains. Par ailleurs, le virus ne peut vivre plus que deux ou trois heures sur une surface plane. Bref, les risques sont plutôt faibles, mais je préfère rester à l’intérieur; c’est plus sûr!

Êtes-vous optimiste vis-à-vis des autorités chinoises pour mettre un terme à la crise?

D’abord, il faut dire que le vieux réflexe des autorités chinoises de censurer toute critique négative est à la racine du problème. Le 30 décembre, le médecin Li Wenliang a publié sur les médias sociaux un avertissement concernant des patients infectés par un nouveau virus semblable au SRAS. Il s’est fait réprimander par les autorités chinoises et le Bureau de la sécurité publique lui a demandé de signer une lettre dans laquelle il admettait avoir répandu des informations mensongères. Il s’est avéré qu’il disait vrai. Or, les virologues affirment que c’est dans la première semaine que tout se joue. Le virus n’affecte à ce moment qu’un petit groupe et les gens sont retraçables; cela n’a pas été fait. Ironiquement, le médecin Li Wenliang est décédé des suites du virus et il est aujourd’hui perçu comme un héros, voire un martyr pour certains Chinois. La ville de Wuhan, qui a 11 millions d’habitants, est maintenant ceinturée. Il est impossible d’y rentrer ou d’en sortir. Cependant, des milliers, peut-être des millions de citoyens, sachant la quarantaine qui s’en venait, ont décidé de quitter la province, propageant peut-être davantage le virus dans d’autres régions de la Chine. Il y a 16 autres villes qui sont en quarantaine, soit 56 millions de personnes. Le gouvernement a aussi bâti deux hôpitaux en moins de dix jours. Il y a des messages d’avertissement à propos du virus partout et la population chinoise semble suivre ces recommandations. En ce moment, les autorités chinoises mettent le paquet, alors j’ose imaginer que la situation devrait éventuellement s’améliorer.

Parlez-moi des Chinois : comment étaient-ils avant, et comment sont-ils aujourd’hui?

Les Chinois m’ont toujours paru très amicaux, respectueux, polis et travaillants. Aujourd’hui, ils n’ont pas changé d’attitude; cependant, comme dans tous les groupes d’humains, certains sont plus optimistes, d’autres sont plus pessimistes.

L’an dernier, vous étiez enseignant en Égypte; comment s’est passé votre séjour dans ce pays?

J’ai adoré l’année que j’ai passée en Égypte. C’est un pays avec une richesse historique incroyable. J’y serais resté une deuxième année, mais j’avais fait le choix d’aller tenter ma chance en Chine. Je suis un nomade, donc je suis en constant déplacement. Je compte y retourner un jour. Je suis actuellement à la recherche d’un emploi dans une école à Shanghai ou Beijing. Je compte rester en Chine un an ou deux. Mon mode vie me permet d’aller enseigner un peu partout dans le monde. Un jour je quitterai la Chine pour aller ailleurs et, à aprtir de là, tout est possible.

Que retenez-vous de Saint-Bruno?

J’ai déménagé à Saint-Bruno-de-Montarville avec ma famille à l’âge de 14 ans. J’y ai fait mes 3, 4 et 5années du secondaire à l’École secondaire du Mont-Bruno. Ma mère, Marlène Boudrias, est très impliquée avec Minta. En 2010, un de mes projets d’aide humanitaire a d’ailleurs été financé par Minta. Il s’agissait d’une organisation qui a pour mission de construire des habitations d’urgence pour les familles vivant dans un bidonville au Paraguay.

QUESTION AUX LECTEURS :

Connaissez-vous des gens qui vivent en Chine?

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