Un hôpital dénaturé

Un hôpital dénaturé

Il fait une magnifique journée d’automne et je décide d’aller marcher. J’aime me promener dans la nature et je me dirige au lac du Village, à Saint-Bruno-de-Montarville. Il y a belle lurette que je vais marcher à cet endroit. Arrivée à La Prucheraie, je glisse sur des feuilles mortes mouillées et je fais une mauvaise chute. Je me relève avec peine, avec une grande douleur au pied gauche.

Je rentre à la maison, et mon mari et moi décidons de nous rendre à l’urgence de l’hôpital Charles-Lemoyne. Vite un fauteuil roulant, car je ne peux pas poser le pied à terre. Suivent le triage, l’inscription et la salle d’attente. Je suis le numéro 77, il est 14 h. Nous sommes le samedi 29 octobre. Après trois heures d’attente, nous retournons voir la jeune personne qui voit au triage. Je lui dis que la douleur reprend de plus belle (j’avais pris deux comprimés analgésiques avant de partir). Elle me répond que j’ai déjà trois heures d’attente à mon compte et que je ferais mieux d’attendre. Mon mari lui demande des comprimés analgésiques et de la glace pour mon pied, qui enfle à vue d’œil et qui se colore de rouge et de mauve rapidement. J’attends toujours, confinée dans le fauteuil avec la douleur. Il est maintenant 17 h. 

Plus le temps avance et plus j’ai mal. Je gèle avec cette glace et j’ankylose. Après trois autres heures d’attente, je n’en peux plus. Nous retournons consulter la préposée au triage qui me dit qu’elle ne peut rien faire pour l’attente. Elle ajoute que peut-être un médecin me verra dans les quinze minutes qui suivront, ou que cela prendra peut-être une autre heure, et elle ajoute : « S’il n’y a pas d’urgence. » Voilà, je viens d’apprendre que je ne suis pas une urgence! Je suis souffrante, mais pas mourante. Je suis confinée à un fauteuil roulant, gelée, tremblante et souffrante, mais je ne suis pas une urgence. À 20 h, je décide de rentrer chez moi. Au moins j’aurai chaud, et de la glace et des comprimés, j’en ai! Je ne veux pas continuer à espérer une aide qui ne viendra pas. Le lundi suivant, une radiographie confirme la fracture.

Dans ma tête à moi, je croyais que l’urgence d’un hôpital était là pour porter secours, pour aider, pour soigner. Où aller un samedi après-midi lorsque vous vous fracturez un os d’un pied et que vous ne pouvez plus marcher? Je suis naïve sans doute, car je crois encore en l’humanité. J’ai plutôt rencontré de l’inhumanité; je me trouvais dans un hôpital dénaturé.

Cet hôpital possède une Fondation et j’ai répondu à quelques reprises généreusement. C’est fini cependant pour moi. Je n’apprécie pas ce manque d’humanisme, cela détruit tout.

Micheline Gagnon,

Saint-Bruno-de-Montarville

 

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