Trois maires en colère

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Par Pascal Dugas Bourdon
Trois maires en colère
Des enfants retournent à la maison pour profiter d’une fin de semaine bien méritée (Photo : Pascal Dugas Bourdon)

Les maires de Saint-Basile, de Saint-Bruno et de Sainte-Julie craignent de devoir augmenter les taxes de leurs citoyens depuis l’adoption de la loi sur la gouvernance scolaire, qui pourrait les obliger à acheter des terrains privés pour la construction d’écoles.

« Le ministre [Jean-François Roberge] demande aux villes de taxer à sa place. Demain, ça sera pour quoi? Les cégeps, les hôpitaux, les universités? », s’est insurgée la mairesse de Sainte-Julie et présidente par intérim de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Suzanne Roy, en entrevue aux Versants.

Sous bâillon

Selon des amendements ajoutés tardivement au projet de loi 40, adopté sous bâillon le 8 février dernier, les villes pourraient se voir forcées par les centres de services scolaires d’acheter des terrains privés pour la construction d’écoles, si aucune entente n’intervient entre les deux parties après deux ans de négociation.

« C’est cheap shot. » – Yves Lessard

Pour les maires des villes couvertes par Les Versants, il s’agit d’une injustice et d’un affront à l’autonomie des municipalités. D’ailleurs, d’après Mme Roy, cette nouvelle loi contient « plusieurs aspects extrêmement irritants » et n’est « ni équitable ni respectueuse des municipalités et de leurs citoyens ».

Pour elle, il n’est pas logique que les villes soient responsables d’acheter les terrains, alors que l’éducation est de compétence provinciale. « Le plus simple, ce serait que le gouvernement, dans le cadre de ses responsabilités, achète les terrains sur lesquels il construit ses bâtiments », a-t-elle résumé.

Une analyse qui a trouvé écho chez son homologue de Saint-Basile-le-Grand, Yves Lessard : « On trouverait cavalier qu’on nous force à acheter un terrain pour le remettre [au centre de services scolaires], alors que ce n’est pas de notre responsabilité », a indiqué le premier magistrat de la ville. « C’est cheap shot. »

Si les villes doivent désormais acheter les terrains qui accueilleront les écoles, « amenez le cash qui va avec », dit-il au gouvernement de François Legault. Tout comme la mairesse Roy, M. Lessard craint de devoir augmenter les taxes de ses citoyens advenant l’achat de terrains, qui valent souvent plusieurs millions de dollars.

Rapport de force

Pour sa part, le maire de Saint-Bruno, Martin Murray, a peur de voir les promoteurs profiter de la situation pour gonfler le prix des terrains. « Est-ce qu’on a encore un rapport de force? C’est comme avoir le couteau sur la gorge : vous avez deux ans pour vous entendre, sinon on acquiert un terrain et on vous refile la facture », a illustré le maire Murray.

« Les promoteurs vont se dire que comme on a une obligation d’acheter, on va acheter au prix qu’ils jugent pertinent de vendre », a soutenu celui qui est d’ailleurs en demande d’ajout d’école auprès du centre de services scolaires. La localisation de cette éventuelle école n’est toutefois pas encore décidée.

Un gouvernement attaqué

Pour leur part, les cabinets du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, n’ont pas donné suite aux demandes de réaction des Versants.

Lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, le ministre Roberge a cependant indiqué avoir proposé cet amendement afin d’accélérer la construction d’écoles. « Pour le bien de nos enfants, c’est important qu’on ouvre des écoles, pour que chaque enfant ne soit pas dans une roulotte, mais soit dans une vraie école avec un environnement qui est digne de 2020 », a-t-il répondu, face aux feux nourris des groupes de l’opposition, qui ont talonné le gouvernement sur cette question.

Pour sa part, le premier ministre François Legault juge qu’il serait injuste que tous les contribuables du Québec paient pour les quelques villes qui ont besoin d’écoles.

Question aux lecteurs : Les maires ont-ils raison de faire entendre leur mécontentement?

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