Tous les moyens sont-ils employés contre l’herbe à poux?

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Par Frédéric Khalkhal
Tous les moyens sont-ils employés contre l’herbe à poux?
Sur les bordures du parc Pontbriand, il est facile de voir de l’herbe à poux. (Photo : Frédéric Khalkhal)

Malgré un règlement de Saint-Bruno pour lutter contre l’herbe à poux auprès des citoyens, il est facile d’en trouver dans les parcs de la municipalité.

Les premiers gels sont à nos portes. Un événement très attendu par tous les allergiques à l’ambroisie (herbe à poux) et autres pollens allergènes. Mais la lutte à ces herbes invasives est un combat qui se prépare et qui nécessite des moyens financiers.
Comme les gens sont de plus en plus alertés par l’augmentation de la prévalence de la rhinite allergique depuis les dernières décennies et le contexte actuel où les changements climatiques sont de plus en plus manifestes, il devient incontournable d’adapter les modes d’intervention et les pratiques d’entretien dans certains milieux pour contrôler les pollens allergènes. C’est pourquoi le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) met en place la Stratégie québécoise de réduction de l’herbe à poux et des autres pollens allergènes.

« Disons simplement que si la Ville était aussi prévenante qu’elle l’exige de ses citoyens, ses parcs ne ressembleraient pas à une plantation d’ambroisie (herbe à poux). »
– Michel Champoux

Avec sa Stratégie québécoise de réduction de l’herbe à poux et des autres pollens allergènes (SQRPA), le MSSS propose une aide financière aux municipalités qui souhaitent éliminer de manière efficace l’herbe à poux.

Cette stratégie interministérielle vise à mobiliser les instances gouvernementales québécoises, incluant les municipalités, afin qu’elles contribuent à la réduction des impacts sanitaires associés aux pollens allergènes, principalement celui de l’herbe à poux. À terme, la SQRPA vise l’intégration de mesures de contrôle des pollens allergènes dans les pratiques courantes d’entretien des terrains des ministères et organismes gouvernementaux ainsi que des municipalités et arrondissements québécois.

Pas d’adhésion, mais des sanctions
Très active pour sensibiliser ses citoyens, la Ville de Saint-Bruno applique, depuis 1993, le Règlement H 5.1 concernant la prévention des nuisances causées par l’herbe à poux. Dans cette réglementation, tout citoyen est tenu de laisser son terrain libre de la nuisance que représente l’herbe à poux. « Quiconque contrevient à une disposition du présent règlement commet une infraction », qui peut être sanctionnée de 100 $ à 4 000 $.

« Chaque année, une campagne de sensibilisation est mise en place afin d’inciter les Montarvillois à arracher cette herbe nuisible et à mieux connaître le cycle de prolifération des plants », nous explique la Ville. Il est possible d’ailleurs de trouver des explications sur cette plante sur le site de la Ville. Mais est-ce que celle-ci fait tout, de son côté, pour éradiquer cette espèce nuisible?

« La Ville n’a pas fait de démarche auprès du Programme d’aide financière de la SQRPA », nous a-t-on précisé au sein de la municipalité. Est-ce à dire que le phénomène est contrôlé dans les parcs municipaux? Pas à en juger de la photo prise il y a quelques semaines par un citoyen : l’herbe à poux est très présente dans l’espace public de Saint-Bruno.

« Le parc Pontbriand est couvert d’herbe à poux. Oui, oui, son tapis vert est majoritairement constitué d’herbe à poux, surtout en bordure de rue, comme en témoignent ces photos prises récemment sur la rue Héroux », explique au journal Michel Champoux, qui a constaté la présence de l’espèce nuisible.

Le journal est allé constater la chose. L’herbe du parc est tondue et bien entretenue. Nous n’avons pas constaté que l’herbe à poux était présente partout, mais en effet, sur les bords des rues entourant le parc, l’herbe nuisible est bel et bien là et parfois même, abondamment.

« Disons simplement que si la Ville était aussi prévenante qu’elle l’exige de ses citoyens, ses parcs ne ressembleraient pas à une plantation d’ambroisie (herbe à poux). Les photos que j’ai prises ne sont qu’un exemple de la situation alarmante dans laquelle se trouvent de nombreux terrains publics de la ville. Si la tonte se faisait dans le respect strict du règlement, il n’y aurait pas une telle prolifération », de poursuivre le citoyen, en concluant : « Quand la Ville montrera l’exemple, elle pourra exiger de ses citoyens d’agir pour contribuer à enrayer ce fléau qui cause tant d’inconfort et de maux dans la population. »

Données probantes
La SQRPA s’appuie sur une série de données probantes issues d’études récentes. En effet, au Québec, ces 10 dernières années ont marqué une avancée importante des connaissances sur la gestion de l’herbe à poux qui a permis de renforcer la pertinence de gérer cette plante à l’échelle des municipalités. L’influence du pollen de l’herbe à poux sur les symptômes d’allergie se fait sentir dans un rayon d’environ 1 km à partir de sa source. Une étude menée à Montréal en 2008 montre une relation statistiquement significative entre le risque de manifestations allergiques et le niveau d’exposition locale à l’herbe à poux (zone d’influence entre 300 et 1000 mètres).

La tonte est une méthode efficace : neuf fois moins de pollen émis et cinq fois moins de semences produites par les plants tondus. La période la plus propice pour tondre sa pelouse où serait logée l’herbe à poux serait, selon une étude d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, à la mi-juillet et à la mi-août.

« Le contrôle de l’herbe à poux à l’échelle d’une municipalité est simple, peu coûteux et efficace », selon le MSSS. Une étude de la Direction de santé publique de la Montérégie et ses partenaires, menée entre 2006 et 2012, a démontré que la gestion concertée de l’herbe à poux est un mode d’intervention très efficient ayant permis de diminuer les impacts sur la santé de la population allergique, le tout à peu de frais (pour le projet, un coût d’environ 120 $ par kilomètre de route entretenu a été répertorié).

Clientèle admissible
Toutes les municipalités et les arrondissements québécois sont admissibles au programme. Les municipalités et les arrondissements n’ayant jamais bénéficié d’une aide financière seront toutefois priorisés. Le programme finance jusqu’à 75 % des coûts admissibles du projet. La période de dépôt des propositions de projets se termine le 3 décembre 2019.

Une première vague de projets a été financée à l’été 2016. Deux municipalités et un arrondissement ont ainsi bénéficié d’une aide financière pour mener à bien des projets de contrôle de l’herbe à poux. De plus, afin d’évaluer l’efficacité des mesures de contrôles mises en place, les concentrations de pollen d’herbe à poux dans l’air ont été mesurées dans les deux municipalités participant au programme.

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