Saint-Bruno : du poker à travers la guérison
Le poker a fait partie de la réadaptation du Montarvillois Jérémie Trépanier après une blessure qui a affecté son parcours. À travers cette discipline, il se distingue occasionnellement.
À Kahnawake se trouve le Playground Poker Club, l’un des plus grands centres du genre au Canada. De nombreux événements internationaux s’y déroulent. À la fin du mois de janvier dernier, lors du World Poker Tour (WPT) Global Winter Classic, Jérémie Trépanier a terminé premier sur 110 joueurs.
Le poker est entré dans la vie du Montarvillois en 2006. De façon récréative, il s’est découvert à la fois un plaisir et un talent. Il a connu certains succès dans divers événements, échelonnés sur plusieurs années. Par phases, selon l’intérêt, le poker pouvait être mis sur les lignes de côté pendant de longues périodes.
Un rôle thérapeutique
En 2022, Jérémie Trépanier a vécu une commotion cérébrale sévère. Plusieurs mois sombres ont suivi, physiquement et mentalement. Il a été pris en charge par le Centre montérégien de réadaptation de Saint-Hubert. « Il a fallu que je réapprenne plein de notions de base », situe l’homme de 44 ans.
Dans son processus de réadaptation, l’alcool a été rayé de sa vie, la méditation s’y est greffée et l’activité physique quotidienne s’est ajoutée à la routine. « Le neuropsychologue m’a demandé ce qui me faisait plaisir comme activité individuelle. Spontanément, la réponse qui est montée, c’est que j’aime jouer au poker », nomme-t-il.
Pour poursuivre sa progression, il s’est donné des défis. Celui de se remettre au poker s’est inscrit sur la liste. En 2024, il a fixé l’objectif de gagner son siège pour un événement de notoriété. Un tournoi à 50 $ lui a permis l’obtention d’un passeport pour un tournoi d’une valeur 250 $. Il a ensuite gagné son siège pour un tournoi à 1 000 $. Sur 43 joueurs, les trois premiers gagnaient un ensemble d’une valeur de 12 500 $ US, incluant un billet d’avion vers Las Vegas ainsi que le coût d’entrée pour le WPT Championship à l’hôtel Wynn. Si près du but, il a terminé quatrième. Ce classement lui a néanmoins permis de rejouer à un tournoi similaire au cours des semaines subséquentes. Cette fois, il l’a gagné, lui permettant de vivre l’expérience dans la capitale du jeu.
Le plaisir avant l’argent
Depuis une vingtaine d’années, il est représentant des ventes. Le poker n’est pas son gagne-pain. « Ce n’est pas l’aspect financier que je trouve le fun, c’est le côté compétitif, le calcul mathématique, les chiffres, la lecture des différents types de personnalités à la table, l’exaltation », décrit Jérémie Trépanier.
L’activité occupe la place d’un loisir. Au moment d’écrire ces lignes, il venait de remporter son siège pour un événement principal à 2 500 $ du World Series of Poker (WSOP), après avoir gagné un tournoi d’une valeur de 50 $. La bourse à répartir est de 2,5 M$. La compétition a lieu au Playground Poker Club, du 23 mars au 7 avril. Environ 1 200 joueurs de partout à travers le monde y seront attirés.
Préparation mentale
Le quadragénaire estime qu’au poker, la chance et les habiletés ont le même ratio d’importance. Pour lui, il n’y a pas de secret : un bon joueur doit s’exercer, faire des répétitions. À la table, il évalue les probabilités tout en se fiant à son instinct. Il identifie bluffer à des endroits stratégiques et ciblés, quand c’est le bon moment.
Afin de se préparer, il a fait appel à Brigitte Korak, spécialiste de la préparation mentale et des performances. Discipline, focalisation mentale, gestion et contrôle des émotions font notamment partie des aptitudes qu’elle inculque à ses clients. « J’étais curieux de savoir c’était quoi, son approche. On s’est assis et on a fait un plan de match », dépeint M. Trépanier. Dix sessions ont suivi. « C’est sûr que je ne peux pas te dire les conseils qu’elle enseigne, glisse-t-il en souriant. Mais je peux te dire que quand j’arrive pour jouer un tournoi, je suis dans ma meilleure forme mentale, physique et émotionnelle possible. » Cet apport, il le transpose également dans sa vie de tous les jours.
Si le poker est exigeant mentalement, il l’est aussi physiquement. Jérémie Trépanier a déjà gagné un tournoi qui a duré 14 heures. « On la voit, la fatigue en fin de tournoi. C’est là que certains joueurs font des erreurs. Mais moi, c’est là que je suis le plus sharp, 100 % dans le moment présent », constate-t-il. Dans cet événement, il a fini en duel avec une « Louise », âgée de 74 ans. « Elle nous disait qu’elle n’avait pas fait sa sieste dans l’après-midi. »
Une vague mondiale
La vague de poker des années 2000, ou le poker boom, a déferlé mondialement. Il est documenté que cette popularité s’est amorcée en 2003 par la victoire de l’amateur Chris Moneymaker aux WSOP, qualifié via Internet. Ce phénomène, combinant poker en ligne, retransmissions télévisées et accessibilité, a transformé le jeu en loisir de masse.
Jérémie Trépanier a déjà été un joueur à l’allure « flamboyante ». Maintenant, « plus mature », il se définit comme compétiteur plus discret. « Je ne pourrai jamais jouer une game 7 dans une finale de la Coupe Stanley, je ne pourrai jamais frapper la longue balle dans une Série mondiale, mais j’aurai toujours l’opportunité de devenir champion de poker », résume-t-il.
