Saint-Bruno : trois amis d’enfance traversent un désert glacé
Cet hiver, trois amis de Saint-Bruno- de-Montarville ont effectué la traversée du lac Saint-Jean à la marche dans un désert de glace. Récit.
« C’est une expérience que nous n’oublierons jamais », témoigne William-Henri Turgeon-Dupuis.
William-Henri Turgeon-Dupuis, Louis Turgeon-Dupuis ainsi que Thomas Vlasblom ont réalisé l’exploit alors que le lac était encore bien gelé. Une distance de 32,2 km franchie entre 8 h et 18 h alors que le mercure indiquait -20° Celsius.
« Nous avons relevé ce défi sans raquettes ni skis, en autonomie complète. Ce projet de dépassement de soi était pour nous une façon de tester nos limites dans un véritable désert de glace », raconte William-Henri Turgeon-Dupuis, qui souhaite raconter cette aventure sportive « hors du commun ».
Un défi hivernal
C’est lui, William-Henri, qui, le premier, a proposé cette idée à son frère et leur ami. Il cherchait des façons pour que le trio se dépasse et apprenne à se débrouiller en environnement arctique. Il voulait notamment préparer son groupe à des expéditions de grande ampleur, entre autres l’alpinisme. « Nous avions déjà réalisé des Spartan Races, des explorations de grottes avec la Société québécoise de spéléologie et l’entièreté du Petit Train du Nord en vélo-camping, qui fait plus de 300 km, mais nous cherchions un défi hivernal afin d’affronter des conditions météo difficiles. L’idée datait de 2023, mais nous avons décidé de la concrétiser cette année », répond-il.
Quand on lui demande pourquoi avoir choisi le lac Saint-Jean précisément, l’homme de 27 ans indique qu’il s’agit de l’une des plus grandes surfaces gelées sécuritaires (sans courants forts) de la province. « Mentionnons notamment le village sur glace de Roberval. Les Forces armées canadiennes y effectuent aussi des entraînements nordiques. C’était donc le lieu par excellence, le plus proche de Montréal, offrant cet environnement de type »désert de glace ». Nous sommes aventuriers, mais pas téméraires dans le sens d’imprudents. Nous avons opté pour le lac Saint-Jean car il y avait beaucoup de documentation sur sa traversée. »
Préparation
Comment se prépare-t-on à une telle expédition? D’abord avec l’acquisition d’équipements essentiels pour une aventure en terrain hostile et hivernal. Lunettes de ski, crampons pour la glace, couverture thermique, GPS, piques de survie pour sortir de l’eau au cas où la glace céderait sous leur poids. Le trio s’est aussi préparé mentalement, à l’aide de présentations sur les dangers potentiels et la façon de leur faire face. « Pour l’alimentation, nous avons apporté de la nourriture s’apparentant au pemmican, la nourriture de prédilection des premiers explorateurs arctiques – de la viande séchée et grasse – et du »trail mix », qui ont tous deux l’avantage de ne pas geler », raconte l’étudiant à temps plein en génie électrique.
Peu importe la météo, les trois garçons étaient bien décidés à partir à l’aventure. Une température plus glaciale que -20° C ne les aurait pas non plus refroidis dans leur élan. « Nous suivons la maxime du »beau temps, mauvais temps ». Nous nous étions préparés à des températures de -40° C, au blizzard et aux déplacements à l’aveugle avec boussole et GPS. Heureusement, il y avait aussi des cabanes de pêche privées, qui auraient pu offrir un refuge en cas d’urgence extrême », poursuit William-Henri Turgeon-Dupuis.
Des défis
Au-delà de l’effort physique, le groupe d’aventuriers dit avoir affronté des défis de taille. Par exemple, le « mirage de l’horizon », et l’épreuve des derniers kilomètres à parcourir. « Les 10 derniers kilomètres ont été les plus brutaux. À chaque pas, nos pieds s’enfonçaient profondément dans la neige, provoquant des crampes intenses jusqu’à la toute fin. Aussi, les mirages sur la neige nous laissaient croire que l’horizon était proche, mais plus nous avancions, plus il semblait s’éloigner, nous donnant l’impression épuisante de ne jamais progresser. »
À ce sujet, le Montarvillois reprend. « Nous pensions voir le rivage d’arrivée, à Vauvert, tout proche depuis déjà au moins trois heures. Nous avons alors découvert l’horreur des mirages sur glace! L’horizon est comme un miroir et nous donne l’illusion que la rive est deux fois plus proche qu’elle ne l’est réellement. Plus nous avancions, plus l’illusion se dissipait, ce qui donne l’impression de ne jamais progresser, voire quelquefois de reculer. »
Mais en début de soirée, l’illusion s’est estompée et les amis ont réussi leur défi après 10 heures de marche sur la glace sans véritable repère. La copine de son frère Louis les attendait avec un véhicule chauffé et du chocolat chaud! « Nous avons ressenti une fierté immense et un lien unique qui nous unissait! Pour être franc, nous nous sommes tous les trois écroulés de fatigue juste après. Je me suis dit que toutes les ambitions sont réalisables si nous n’abandonnons jamais », dit l’aîné.
Pour atteindre son objectif, William-Henri Turgeon-Dupuis était accompagné de Louis Turgeon-Dupuis, 22 ans, et leur ami Thomas Vlasblom, 26 ans. Ils sont respectivement étudiants en sciences à l’Université de Montréal et gérant d’épicerie.
Saint-Bruno comme source d’inspiration
Les trois jeunes garçons, qui ont forgé leur amitié à Saint-Bruno, sont devenus des hommes. Mais les souvenirs demeurent, et le territoire de la municipalité a été source d’inspiration. « Ses forêts et ses boisés ont toujours alimenté notre imagination. À l’école secondaire du Mont-Bruno, nous commencions déjà, à cet âge, à planifier nos premiers défis. Saint-Bruno est une ville entourée de nature, il y règne une atmosphère indescriptible de calme et de communauté. Nous pouvons nous y promener l’été et nous croire en pleine forêt. Aujourd’hui, nous nous retrouvons souvent au lac du Village en été. Le temps semble s’y arrêter, un moment pour discuter de nos rêves et partager un repas tous ensemble », de conclure William-Henri.
