Michel Charland, olympien
Jeux d’été de Mexico en 1968
Michel Charland a été un athlète olympique aux Jeux d’été de Mexico, en 1968. Cinquante ans plus tard, le Montarvillois se souvient. Entrevue.
En athlétisme, Michel Charland a pris part au saut en longueur aux Jeux olympiques de Mexico. Son bond de 7,35 m ne lui a pas permis de se qualifier pour la finale. Il termina au 26e rang. À 22 ans, il était le seul Québécois sur l’équipe d’athlétisme canadienne; une fierté, tout comme le record canadien qu’il a battu, à Waterloo, avec un saut de 7,80 m. Une marque qui tenait depuis plus de 30 ans. Il commente son expérience : « C’est gros, les Olympiques… nous n’avons pas idée à quel point c’est immense avant d’être sur place. Face aux Allemands, aux Russes, aux Américains, nous étions petits en tant qu’athlètes, en tant que nation. Il y avait toute une différence. » Il explique sa pensée en comparant les joueurs professionnels de la Ligue nationale de hockey et ceux de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. « C’est immense en nombre d’athlètes, en statistiques, en sites. Puis il y a la barrière de la langue : approcher quelqu’un pour la première fois est difficile », déplore Michel Charland. Selon lui, ce n’est pas l’endroit pour faire des rencontres.
La déprime
Quant à sa performance, le sportif raconte que tout allait bien trois jours avant les préliminaires. « J’avais atteint un sommet au prétest. Tout allait trop bien… puis il m’est arrivé une déprime que je ne m’explique pas encore aujourd’hui », se souvient l’homme de 72 ans. Il dormait mal et mangeait peu. « J’avais les batteries à plat. Il fallait que je rebondisse, mais je n’avais plus rien », poursuit le Montarvillois, qui se demande si l’altitude élevée de Mexico n’a pas été un facteur.
Les Jeux d’été de Mexico se sont déroulés du 12 au 27 octobre 1968. Après la cérémonie d’ouverture et son épreuve, Michel Charland est demeuré sur place une seule semaine. « J’avais le moral à terre, alors je suis parti plus rapidement. Je souhaitais surtout reprendre mes études. Les cours avaient débuté et je ne voulais pas accumuler de retard », explique celui qui termina au 6e rang (saut de 7,37 m) aux Jeux panaméricains de Winnipeg, en 1967.
Après Mexico, M. Charland participe à quelques compétitions : les Universiades et les Jeux du Pacifique, notamment. « Tout cela est très loin et j’en garde peu de souvenirs. Les Olympiques ont constitué quand même un beau moment de ma vie, mais je ne vis pas avec le passé. » En 1969, il se fracture un pied, ce qui le force à réorganiser ses flûtes pour les Jeux olympiques de 1972, à Munich, auxquels il ne participera pas. Il est « passé à autre chose ».
En 1976, à Montréal, il assiste à des matchs de volleyball et regarde une certaine Nadia Comăneci décrocher une note parfaite.
« L’université, c’était plus important à mes yeux. » -Michel Charland
Études
À la suite de son expérience olympique, Michel Charland complète son baccalauréat en éducation physique à l’Université de Montréal. Il enseigne à l’École secondaire Monseigneur-A.-M.-Parent à partir de 1971. Sa conjointe, qu’il rencontre à l’université et qu’il épousera, enseigne aussi l’éducation physique. Ils continueront cette carrière jusqu’à la retraite, 27 et 32 ans plus tard respectivement. Ensemble, ils auront trois enfants.
Au milieu des années 70, Michel Charland entraîne des coureurs à Longueuil. Mais après trois ans d’entraînement, le travail de professeur et trois enfants, une décision s’imposait. « J’avais un choix entre la course et la vie familiale. C’était un ou l’autre. J’ai vite compris que de poursuivre l’entraînement ne ferait pas une famille forte. J’ai lâché le coaching. »
Retraité, il pratique le ski alpin, le ski de fond et le golf.
50 ans plus tard
Aujourd’hui, 50 ans après Mexico, M. Charland regarde les athlètes à PyeongChang avec son épouse. Avec les publicités, les entrevues, les reportages de Jean-René Dufort d’Infoman et autres présentations, il trouve qu’il y a beaucoup trop d’enrobage. « Je ne dis pas que tout est mauvais, mais pour un pur comme moi, je veux voir de l’action. J’aime le sport et je veux regarder les athlètes. Je veux voir de l’activité sportive! » Les Jeux présentés en Corée du Sud lui ont permis de constater à quel point le patinage de vitesse sur courte piste s’est développé entre Sotchi et PyeongChang. « C’est rendu fou! En l’espace de quelques secondes, tous les efforts des quatre dernières années s’envolent à cause d’une chute ou d’un accrochage. Ç’a été des Jeux difficiles pour Charles Hamelin, mais je ne lui enlève rien. Il a beaucoup apporté à son sport. »
Celui qui a joué au hockey dans une ligue de garage avec d’autres professeurs se dit impressionné par des athlètes qui perdurent aux Olympiques. Comme Charles Hamelin (4e présence) ou encore le planchiste Jasey-Jay Anderson (6e participation à PyeongChang). Mais pour la performance la plus impressionnante de laquelle il a été témoin, la palme revient à Derek Drouin, qui a remporté la médaille d’or à Rio 2016 au saut en hauteur : « C’est très rare qu’un Canadien gagne cette épreuve. »
Concernant les cas de dopage qui ont fait les manchettes au cours des dernières années et qui sont venus entacher l’esprit olympique, M. Charland croit que les drogues seront toujours en avance sur les tests. Il souhaite pour l’avenir des Jeux de plus en plus propres.
Mot de la fin
« J’ai toujours dit que l’athlétisme ne me donnerait pas à manger trois fois par jour. L’université, c’était plus important à mes yeux. Sortir de là avec un baccalauréat, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie », de conclure M. Charland.
QUESTION AUX LECTEURS :
Croyez-vous à des Jeux olympiques sans cas de dopage?
