Des sports à la baisse

Des sports majeurs comme le football, le basketball et même le hockey montrent des signes d’essoufflement depuis quelques années. Le recrutement en arrache.
Pour l’Association de basketball des Cougars de Saint-Bruno, par exemple, un total de huit formations, dont deux équipes féminines, seront en action sur le terrain au cours de la saison 2018-2019. C’est peu, quand on sait que lors de la campagne 2012-2013, l’organisation formait 14 clubs de compétition et qu’ils étaient une douzaine pour 2013-2014.
Pour le directeur des communications de l’Association de basketball des Cougars, Alexandre Dumouchel, le recrutement est de plus en plus une tâche ardue : « Avant, les jeunes choisissaient entre du hockey, du basket, du baseball, du soccer et du football. Mais aujourd’hui, il y a une panoplie d’autres disciplines et activités avec lesquelles nous sommes en compétition. » M. Dumouchel évoque entre autres les différents sports d’arts martiaux, comme le judo et le karaté, mais aussi la gymnastique, le ballet, la natation, le ski, la ringuette… La liste peut être longue. « L’offre de services est plus grande qu’il y a 20 ans. Il y a une grande diversité d’activités et on se bat tous pour recruter la clientèle de l’autre », souligne-t-il.

« Avant, les jeunes choisissaient entre du hockey, du basket, du baseball, du soccer et du football. Mais aujourd’hui, il y a une panoplie d’autres disciplines et activités avec lesquelles nous sommes en compétition. » – Alexandre Dumouchel

Une autre raison qui pourrait expliquer la diminution du nombre de joueurs dans certains sports, d’après Alexandre Dumouchel, c’est l’exclusivité que certaines organisations sportives demanderaient à leurs joueurs en période hors saison. « Nous savons que ça existe, dit le représentant des Cougars. C’est un fléau majeur. »

Des Barons en perte de vitesse

Du côté du Club de football des Barons de Saint-Bruno, l’organisation met sur le terrain cinq équipes cette saison. Ce qui représente un groupe pour chacune des catégories suivantes : atome, moustique, peewee, bantam et midget. Pour le président des Barons, Jean-Marc Schanzenbach, l’âge d’or du football est à des années-lumière : « Nous sommes bien loin de ce que c’était! Ce n’est plus le début des années 2000; les Barons présentaient alors une dizaine d’équipes par saison. » Environ 150 joueurs endossent l’uniforme de l’organisation historique cette année. M. Schanzenbach est persuadé que cette réduction des adhésions s’explique par le phénomène du protocole des commotions cérébrales : « Les parents perçoivent le football comme un sport trop à risque. Or, il y a eu une diminution des adhésions dans presque tous les sports. »
Cette baisse dans les inscriptions touche également le sport national des Canadiens. En effet, même les associations du hockey mineur de la région sont témoins de la perte de quelques membres entre les campagnes. « Cette année, nous connaissons une bonne baisse dans les inscriptions », confirme le président de l’Association du hockey mineur (AHM) de Saint-Bruno-de-Montarville, Daniel Rousseau. En effet, après avoir perdu quelque 20 patineurs entre 2016-2017 et 2017-2018, l’AHM de Saint-Bruno a vu passer le nombre de ses membres de 513 à 470 pour la campagne 2018-2019, ce qui équivaut à la perte de trois équipes, alors qu’il y a près de 5 ans, l’AHM était stable avec 23 ou 25 clubs sur la glace. « C’est une grosse marche! » admet M. Rousseau. Ce retrait des joueurs se constate surtout dans les catégories peewee (11-12 ans) et bantam (13-14 ans). « Ils vont jouer dans les collèges privés de la région. » Le président de l’AHM de Saint-Bruno évoque aussi un léger recul chez les tout-petits de 5-6 ans, qui amorcent leurs premiers coups de patin dans le niveau MAHG. Cette fois, M. Rousseau explique la situation par les horaires de matchs et des entraînements. « Le hockey n’a pas d’horaires fixes, comme des cours de natation, à 9 h le samedi matin, par exemple. Enfin, il amène le sujet de la réputation du hockey, minée « par une proportion de 2 % de parents fous dans les estrades », et aussi de la commotion cérébrale, qui peut effrayer certains parents. « Les écoles nous font mal… Par contre, notre conseil d’administration va se pencher sur la question et trouver une façon de ramener les plus petits dans l’organisation. »
Le directeur des événements spéciaux dans l’AHM de Saint-Bruno, Jim Colonel Bertrand, avance une hypothèse supplémentaire avec la démographie : « Nous avons eu des sommets d’inscriptions il y a quelques années, ce qui coïncidait avec une natalité plus forte ou l’arrivée de plusieurs familles à Saint-Bruno-de-Montarville. » Faut-il rappeler que Saint-Bruno est une ville vieillissante, qui n’a pratiquement pas grossi depuis les sept dernières années, parce qu’il n’y a pas de places pour l’arrivée de jeunes familles. En effet, selon des chiffres de Statistique Canada parus en avril 2017, Saint-Bruno a vu le nombre de ses citoyens passer de 26 107 en 2011, à 26 394 en 2016, soit une faible augmentation de 1,123 %; on remarque aussi une croissance soutenue de la population vieillissante depuis quelques années.

AHM de Saint-Basile-le-Grand

Même constat avec l’Association du hockey mineur de Saint-Basile-le-Grand, qui vient de voir l’organisation passer de 400 à 380 joueurs entre deux saisons. Selon le président de l’AHM de Saint-Basile-le-Grand, Dominic Maltais, la faute incombe aux écoles qui accueillent ces jeunes de 1 secondaire : « Ce n’est pas majeur, mais nos inscriptions sont en baisse depuis quelques années. Il faut s’y faire et nous ne pouvons pas les blâmer. Ces hockeyeurs pratiquent le matin, vont à l’école dans la journée et retournent à la maison à 17 h. Pour les parents, c’est plus dispendieux, mais c’est plus facile. Pour notre association, c’est difficile de battre l’offre scolaire. » M. Maltais révèle aussi que les « bouts-choux » se font plus rares dans le MAHG, et ce, depuis deux ans. « Il y a beaucoup d’autres sports très populaires auprès des enfants, comme le soccer et le baseball. Le coût de l’équipement peut aussi influencer sur le portefeuille des parents », d’ajouter M. Maltais.
Mais ce ne sont pas tous les sports qui éprouvent des difficultés à recruter des participants. Au cours des cinq dernières années, le nombre de jeunes inscrits à l’Association du baseball mineur de Saint-Bruno a plus que doublé. D’ailleurs, la tendance du moment au Québec évoque une augmentation de 10 à15 % partout en province. Alors que du côté du Club de soccer FC Mont-Bruno, le nombre est « relativement stable depuis les cinq dernières années, [mais] avec des variations selon les groupes d’âge qui suivent l’évolution démographique sur notre territoire », répond le président, Dan Taillon.
Enfin, père de quatre enfants, Alexandre Dumouchel est aussi d’avis que les jeunes doivent découvrir et essayer un maximum de disciplines afin de trouver leur véritable passion.

QUESTION AUX LECTEURS :

Comment expliquez-vous la baisse d’inscriptions dans certains sports?