Soins à domicile : Le fabuleux destin de Maryse Rodrigue

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Par Frédéric Khalkhal
Soins à domicile : Le fabuleux destin de Maryse Rodrigue
Maryse Rodrigue est fière de sa profession, qu’elle compte quitter le plus tard possible. (Photo : courtoisie)

Cela fait plus de 30 ans que Maryse Rodrigue prodigue des soins à domicile aux Montarvillois. Un métier qu’elle veut faire aimer à la relève et qu’elle ne quitterait pour rien au monde, même pas à cause de la pandémie.

Cette histoire à l’allure banale représente énormément pour beaucoup de personnes. Maryse Rodrigue œuvre dans l’ombre, toujours seule malgré les difficultés. Elle ne se décourage jamais. Cette héroïne des temps modernes montre qu’il existe encore des personnes au grand cœur dans notre société, des personnes dont on parle trop peu, selon elle. Maryse Rodrigue exerce la profession d’auxiliaire aux services de santé et sociaux (ASSS), un nom qu’elle n’aime pas trop.

Plutôt que de répondre au manque de main-d’œuvre dans plusieurs de ces établissements, ce qui lui aurait permis d’améliorer ses conditions salariales, Maryse Rodrigue a préféré rester auprès de ses protégées : des personnes âgées qui ont fait le choix de se faire soigner à domicile.

Depuis plus de 30 ans, elle se rend à la résidence de personnes en perte d’autonomie pour les accompagner ou accompagner leur famille à accomplir les activités de la vie quotidienne et domestique. Dans le cadre de ses fonctions, elle voit à l’hygiène, au bien-être, au confort, à la surveillance et aux besoins généraux des personnes qu’elle visite. En d’autres mots, Maryse est désormais membre de plusieurs dizaines de famille à Saint-Bruno-de-Montarville. « Cela fait 30 ans que je fais des soins à domicile. On parle beaucoup des CHSLD, mais pas assez de cette merveilleuse profession et de la possibilité qui s’offre aux personnes âgées, même en manque d’autonomie, de pouvoir rester chez elles. »

Dans les prochaines années, Mme Rodrigue pourrait se retirer en préretraite, mais l’idée est très vite balayée du revers de la main. Pourtant, le travail semble s’être compliqué avec des pathologies de plus en plus lourdes à gérer dans ses visites, comme la démence, l’obésité morbide ou encore l’accompagnement de fin de vie à domicile.

« Je ne suis pas la seule à m’occuper de ces personnes, mais je suis les yeux et les oreilles de tout le personnel soignant qui les entoure. Je suis là pour alerter l’infirmière pivot, ma chef de service au CLSC quand c’est nécessaire. On va leur chercher toute l’aide dont elles ont besoin, car on est aussi un peu leur confident. Mon but, c’est qu’elles restent chez elles le plus longtemps possible. Je n’ai rien contre les CHSLD, mais je trouve que l’on ne parle pas assez de notre travail et des possibilités qu’il y a pour les gens de se faire soigner chez eux. À domicile, il y a des cas très lourds dont on doit prendre soin, et on est capable de travailler avec tout le monde. »

« Cela fait 30 ans que je fais des soins à domicile. On parle beaucoup des CHSLD, mais pas assez de cette merveilleuse profession et de la possibilité qui s’offre aux personnes âgées, même en manque d’autonomie, de pouvoir rester chez elles. » – Maryse Rodrigue

Mme Rodrigue estime que sa profession n’est pas assez valorisée, alors que les besoins sont criants. « Les personnes ne savent pas forcément qu’il est possible de se faire soigner à domicile. Il suffit de le demander à son médecin qui, lui, en fera la demande au CLSC, ou encore à l’hôpital avant d’y sortir après une intervention. Malheureusement, les délais sont longs car on est peu. Et on est peu car nous ne sommes pas connus. On parle beaucoup des préposés aux bénéficiaires et des CHSLD, mais pas beaucoup de nous. »

La pandémie a bouleversé le système de santé au Québec, comme partout dans le monde. Crise dans les CHSLD, des hôpitaux qui ont peur d’être dépassés par manque de personnel, éclosion dans les résidences pour personnes âgées (RPA), autant d’endroits qui ne sont pas épargnés par le virus.

Parfois la seule visite
Avec l’arrivée de la pandémie, elle souhaite plus que jamais rester auprès de « sa famille », comme elle appelle les personnes dont elle prend soin. Noël, jour de l’An, parfois 7 jours sur 7, aller voir de 10 à 15 résidants par jour… Mme Rodrigue n’a pas ménagé ses efforts, plus particulièrement pendant la pandémie. « Je suis parfois la seule visite de ces personnes âgées. Elles sont heureuses et moi, je me sens privilégiée d’être auprès d’elles. » Pendant le temps des Fêtes, elle a aidé certaines personnes à se connecter à ZOOM pour voir leur famille. « Tout le monde était heureux. »

Les visites à domicile se déroulent deux ou trois fois par semaine, par beau temps ou mauvais temps, même en période de confinement. « Une fois, une dame de 98 ans avait de la neige jusqu’en haut de sa porte. À ces moments-là, je sors ma pelle et je déneige. Il faut que je lui donne ses médicaments. J’avoue que la neige, je m’en passerais bien, mais en ce qui concerne mon métier, je continuerais à faire ça pendant 30 ans. Je suis fière des Montarvillois, je suis fière de ma ville. C’est un métier noble qu’il faut faire connaître. »

Pour Saint-Bruno-de-Montarville, Mme Rodrigue compte quatre ASSS avec elle et trois infirmières pivots, et les effectifs n’ont pas changé pendant la COVID. « On a dû s’équiper, mais par chance, je n’ai pas eu de patiente infectée. C’est aussi pour cela que je n’ai pas accepté d’aller travailler dans des zones COVID comme le gouvernement nous le proposait. Je ne voulais pas être la personne qui introduise le virus, ni chez moi, ni dans mes soins à domicile. » Avant de se rendre chez une personne, Mme Rodrigue appelle pour s’informer de l’état de santé de celle-ci. « Si elle a des symptômes, j’appelle ma supérieure. C’est ma responsabilité de faire très attention. Je n’ai pas envie de faire une erreur. J’ai toujours ça en tête. »

L’attachement à sa profession, elle le doit essentiellement aux personnes qu’elle visite tous les jours. « Ce qui me retient, ce sont mes personnes âgées. Beaucoup ne veulent pas me voir partir. Je me sens aimée, valorisée, accueillie. Elles sont comme mes grands-parents. Pour certains, cela fait près de vingt ans que je les vois deux ou trois fois par semaine. Cela fait longtemps que l’on ne m’appelle plus Mme Rodrigue, mais Maryse. Le plus dur, c’est lorsque je les perds. »

Tout n’est pas rose tout le temps, et Maryse est bien consciente du sérieux de la tâche, « mais dans notre métier, il faut aussi savoir mettre beaucoup d’humour. Il est important d’aller chercher un équilibre intérieur. Je suis fière de mon métier et des Montarvillois. Je voulais les remercier ».

Et quand on lui demande comment elle motiverait la relève : « Je leur dirais que ce métier est un enrichissement personnel. J’ai grandi de mon métier. Depuis le début de ma carrière, j’ai bénéficié de bien plus qu’une leçon de vie et je n’ai pas peur de vieillir. C’est un métier noble. »

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