« Slamer » jusqu’au pardon

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Par Pascal Dugas Bourdon
« Slamer » jusqu’au pardon
LEM était à Saint-Bruno dans le cadre de son premier spectacle. (Photo : courtoisie)

Malgré la tempête, la « slameuse » LEM a présenté hier à Saint-Bruno son premier spectacle Des limbes à la surface, une épopée poétique et musicale qui raconte le parcours de l’artiste vers la résilience… après avoir connu l’enfer. 

« Je viens littéralement des limbes. J’ai frôlé l’enfer. Mais c’est au fond du puits que j’ai pu, enfin, essayer d’atteindre la surface », raconte l’artiste lors d’une entrevue aux Versants, quelques jours avant sa prestation montarvilloise.

LEM a vécu une enfance pour le moins difficile, notamment en raison des sévices perpétrés par le mari de sa mère, son « criminel numéro 1 ». « Je suis une petite fille abusée par une famille ravagée par la violence et l’alcoolisme », explique celle qui a grandi à Melun, à quelque 50 km au sud-est de Paris.

« C’est la personne qui a guéri et qui a grandi grâce à son histoire qui est sur scène. » – LEM

En 2014, elle et son mari décident de s’installer au Québec, après avoir fait la rencontre d’un auto-stoppeur québécois de passage en France.

« On a commencé à parler de la manière dont il vivait au Québec, à quel point c’était facile, moins cher, et à quel point les gens étaient complètement différents en termes de mentalité. Finalement, un an jour pour jour après cette rencontre, on habitait à Montréal », a révélé LEM. « Le Québec, c’est l’une de mes belles histoires», ajoute-t-elle, le sourire dans la voix.

Le Québec, c’est aussi l’élément déclencheur qui la ramène vers l’écriture, une passion qu’elle avait, bien malgré elle, laissée de côté. « Malheureusement, la vie que j’ai menée ne m’a pas permis d’écrire pendant mon adolescence ou très très peu. J’ai commencé à renouer avec l’écriture en arrivant au Québec. Ç’a été immédiat. »

Résilience

Le premier spectacle qu’elle présente, en tournée depuis le 15 janvier, se veut un mélange de slam, de chansons, et de récits « en montagnes russes ». Une formule unique, estime l’artiste de 35 ans. Selon le dictionnaire Larousse, le slam est de la poésie orale, urbaine, déclamée dans un lieu public, sur un rythme scandé. « Chaque slam est un moment-clé de mon parcours vers la résilience. [Mon enfance difficile] me sert et me servira toujours pour créer, mais aujourd’hui, c’est la personne qui a guéri et qui a grandi grâce à son histoire qui est sur scène. Ce n’est plus la victime qui parle », d’indiquer celle qui a désormais « pardonné à tout le monde ».

Selon la Québécoise d’adoption, le slam « permet une liberté » qu’elle ne retrouve pas ailleurs. « J’aime jouer avec la langue, créer des allitérations, des assonances. C’est de la poésie moderne, et j’aime vraiment ce concept de la modernité. »

À guichets fermés

Force est de constater que les affaires vont bien pour LEM depuis quelques semaines. Le spectacle d’hier au Café Bistro au eu lieu à guichets fermés, si bien qu’une supplémentaire sera bientôt annoncée pour le mois de mai. Elle s’en réjouit : « Je suis très fière, mais j’avoue être étonnée, aussi. C’est mon premier spectacle, alors je ne m’attendais pas du tout à ça. »

Verlan

Quant à son nom d’artiste, il s’agit tout simplement de Mél à l’envers, un diminutif de son prénom Mélanie.

« Le prénom Mélanie est resté sous les ruines du passé, Mel est restée, parce que c’est la mère et l’épouse. Mais en tant qu’artiste, il me fallait plus. Je viens des ghettos où on parle verlan. Pour honorer ma langue première, je me suis appelée LEM », précise-t-elle.

Quant à son nom de famille, il est issu de son beau-père. Elle rigole : « Mon nom complet, il n’y a que les impôts qui ont le droit de m’appeler comme ça. »

Question aux lecteurs : Connaissez-vous le slam?

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