Séance extraordinaire du conseil municipal : un vote unanime contre l’intervention du maire

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Par Frédéric Khalkhal
Séance extraordinaire du conseil municipal : un vote unanime contre l’intervention du maire
(Photo : Archives)

La séance extraordinaire du conseil municipal de Saint-Bruno hier, devait être une séance assez ordinaire pour faire avancer un dossier, sans opposition apparente. C’était sans compter sur l’intervention du maire dès le début de la séance, qui a attaqué frontalement le conseiller du district 7 Jacques Bédard en lui reprochant son comportement.

Fort de ses prérogatives, le maire de Saint-Bruno-de-Montarville a voulu remettre en question la nomination de M. Bédard au sein du groupe de travail sur le plan de relance de l’après-COVID-19, voté le 16 juin dernier lors d’un conseil municipal ordinaire.

Le maire a ainsi ce droit de revenir sur un règlement déjà voté s’il n’est pas en accord avec ce dernier dans des délais restreins. Il peut ainsi représenter le point à l’ordre du jour de la séance du conseil municipal suivant pour le refaire voter en y apportant ses commentaires.

« Les propos tenus par ce conseiller ont été d’une violence inouïe. En politique tous les coups semblent permis. Depuis un an et demi, ce conseiller a multiplié les insinuations et les allégations à mon égard. Une citoyenne s’insurge sur les propos tenus à son égard par Jacques Bédard. Le comportement de ce conseiller est inacceptable et répréhensible. » C’est ainsi que M. Murray a présenté les raisons pour lesquelles il s’opposait à voir M. Bédard siéger au sein du groupe de travail.

« Je demande aux conseillers municipaux de voter contre la résolution et de nommer une autre personne que M. Bédard. À défaut de quoi je considérerais que vous cautionnez les agissements de ce conseiller », a terminé de dire le maire.

Les élus présents, devant revoter sur la question, ont tous rejeté la proposition du maire et ont maintenu leur confiance à M. Bédard au sein de ce comité de relance. Ludovic Grisé Farand était absent lors de la séance.

Isabelle Bérubé, conseillère du district 5, et Vincent Fortier, conseiller du district 2, tout les deux membres du Parti montarvillois, parti politique du maire, ne lui ont pas non plus donné raison. Ils ont cependant regretté les propos tenus par M. Bédard lors de la séance du conseil municipal du 16 juin, sans vouloir le sanctionner au sein du groupe de travail dont il était question dans ce vote.

Le sujet de la controverse
Lors de la séance du conseil municipal du 16 juin, M. Bédard a prétendu que la pétition organisée par une citoyenne pour la préservation du lac du Village s’appuyait sur des documents qui ne pouvaient pas être divulgués par la municipalité sans l’accord d’un vote majoritaire du conseil. Un vote qui n’avait pas eu lieu. « Je ne dénigre pas l’implication des citoyens qui se sentent interpellés par cette cause, mais cette façon dont cela leur est poussé. Je mets beaucoup de bémols sur la noblesse du geste. Le Parti montarvillois est revenu avec les mêmes stratégies qu’un parti d’opposition en mobilisant des individus en leur donnant des outils pour le faire. »

Des propos toujours dénoncés par Mme Bérubé et M. Fortier, mais qui ne leur ont pas fait changer d’avis quant à la désignation du conseiller pour trouver un plan économique de relance de l’après-COVID-19 à Saint-Bruno.

Une intervention sanctionnée
Les propos du maire ont laissé sans voix les autres conseillers, pour la grande majorité indépendant, qui ont écouté son intervention sans l’interrompre. « C’est relativement grave tout ce que vous amenez. Surtout le fait de dire que si nous on vote en faveur d’une résolution on cautionne des agissements… À ma connaissance, M. Bédard n’a pas été reconnu coupable d’aucune accusation. J’ai l’impression qu’on fait un procès public à M. Bédard et je ne pense pas que c’est notre travail », d’indiquer Marilou Alarie, conseillère du district 6, surprise de cette annonce.

M. Bédard ne s’attendait pas à de telles accusations non plus. « Depuis janvier 2018, et même avant, quand j’étais membre de votre parti, je vous ai écrit sur votre manque de jugement. Vous mettiez les membres de votre équipe à risque de critiques inutiles. Quand on dénonce les pratiques d’un parti politique de mettre de l’huile sur le feu pour faire d’une affaire quelque chose de politiquement rentable, il y a d’autres exemples que je pourrais citer pour lesquels je faisais de l’aveuglement volontaire, que ce soit ça qui vous anime pour mettre le conseil municipal au pied du mur, je trouve ça culotté. » Rappelons que M. Bédard a démissionné du Parti montarvillois, parti du maire lors de son deuxième mandat?

Joël Boucher, conseiller indépendant du district 8, n’a pas hésité à condamner l’intervention du maire. « C’est classique dans l’histoire que le bourreau se transforme en victime. Cela ne m’émeut guère. Nous sommes en présence d’une vendetta. »
Caroline Cossette, conseillère indépendante du district 3, s’est dite aussi surprise de cette sortie du maire. « Vous utilisez une tribune publique et votre position de maire pour régler des problèmes avec M. Bédard que vous avez depuis longtemps. Les grandes personnes se rencontrent généralement face à face pour régler leur problème. Vous vous êtes décidé d’utiliser cette tribune. C’est malheureux. »

Mme Bérubé et M. Fortier ont voulu distinguer la sanction que le maire voulait infliger à M. Bédard et l’objet de la résolution qui n’allait pas dans le même sens. « Je ne cautionne pas les propos de M. Bédard. Je suis même prête à déposer une motion de blâme lors du prochain conseil municipal, mais je ne reviens pas sur ma décision, car il s’agit de deux choses tout à fait distinctes pour moi », a précisé Mme Bérubé. M. Fortier est allé dans le même sens pour expliquer son vote. « Quand il y a une action citoyenne, ce n’est pas un crime pour les élus d’appuyer une action à laquelle ils croient aussi. Je partage quand même l‘avis de ma collègue Isabelle Bérubé. Si le maire fait une vendetta personnelle comme il se dit ce soir, il faut avoir la rigueur d’admettre que des vendettas comme ça il y en a qui se font à l’encontre du maire et que c’est rendu épouvantable. »

Lise Dion, conseillère de l’Alliance municipale du district 1, a terminé l’ensemble des interventions en indiquant qu’elle était « bouche bée » face à cette situation et à tout ce temps perdu. « C’est pour ça qu’on n’arrive pas à passer à travers les ordres du jour. »

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