Retour sur le 11 septembre 2001

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Par Frank Rodi
Retour sur le 11 septembre 2001
À l'époque du 11 septembre 2001, David Penven était rédacteur en chef du Journal de Saint-Bruno. (Photo : courtoisie)

Le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 est souligné aujourd’hui.

Pour évoquer le sujet, le journal Les Versants s’est entretenu avec le rédacteur en chef du Journal de Saint-Bruno de l’époque, David Penven. À la suite des tristes événements, ce dernier avait alors rédigé un billet, État de choc.

La seule autre mention du 11 septembre 2001 dans les archives des journaux locaux est une photo d’élèves de l’École Mount-Bruno en train de se recueillir.

« Nous avons parlé de divers sujets, sauf de cette tragédie qui se déroulait en direct. Le soleil était magnifique, et ce fut un très beau moment. Nous avions décidé de mettre le monde sur pause. » -David Penven

Les Versants : Comment et à quel moment avez-vous appris ce qui se déroulait à New York?

David Penven : « Mon patron de l’époque est venu nous annoncer qu’un avion venait de s’écraser dans une des tours jumelles. Mon bureau était au sous-sol, rue Roberval, et le sien au rez-de-chaussée. De mémoire, il n’avait pas pris la peine de descendre immédiatement, car il ne voulait rien manquer du déroulement des événements que la radio rapportait. »

Les Versants : En tant que rédacteur en chef d’un journal, quelle a été votre réaction?

D.P. : « Je dois avouer que je ne pensais aucunement à faire un quelconque suivi journalistique, c’est-à-dire chercher des liens possibles avec nos localités desservies par le Journal de Saint-Bruno et ces événements, à savoir si des résidants d’ici avaient perdu un proche dans une des tours… J’étais complètement sidéré. Je me souviens d’avoir rédigé mon billet d’humeur hebdomadaire sur ce sujet. »

Les Versants : Que retenez-vous de ce mardi 11 septembre 2001?

D.P. : « Le monde venait de rentrer dans une nouvelle ère, celle de la terreur. À partir de ces événements terribles, je me suis dit que maintenant tout était possible en matière d’horreur. Rien ne pouvait plus me surprendre. Cela dit, j’avais rendez-vous pour dîner à la demeure de Claire Raynaud-Duval, une amie et ancienne collaboratrice au Journal de Saint-Bruno. Lorsque je suis arrivé chez elle, la télévision diffusait en boucle l’écroulement d’une des tours. Nous nous sommes regardés et avons décidé d’éteindre la télé et de manger sur sa terrasse, comme prévu. Nous avons parlé de divers sujets, sauf de cette tragédie qui se déroulait en direct. Le soleil était magnifique, et ce fut un très beau moment. Nous avions décidé de mettre le monde sur pause. »

Les Versants : Dans votre billet, vous dites que vous avez écouté les infos à CKAC dans le bureau du patron, que votre collègue est allé voir les images dans un bar, vos photographes aussi… Si un tel événement se déroulait aujourd’hui, tout serait disponible sur Internet, sur les réseaux sociaux et les nouvelles en continu. Qu’est-ce qui a changé depuis dans la façon d’apprendre l’actualité?

D.P. : « La couverture serait complètement différente aujourd’hui. À l’époque, je disais en plaisantant que nous publions les nouvelles une semaine plus tard dans les Maritimes. C’était comme ça pour la presse régionale hebdomadaire. Si cet événement s’était produit aujourd’hui, nous aurions publié immédiatement sur notre page Facebook ou notre site Internet les réactions des personnalités du milieu, celles des citoyens. On aurait cherché à savoir si des gens de nos villes étaient directement concernés par ces tristes événements, voir si un résidant de notre région se trouvait à New York et recueillir son témoignage, ses photos… On aurait mis à jour et/ou corrigé, en temps direct, les nouvelles que nous aurions publiées. En 2001, quand j’écrivais un article sur un sujet X en début de semaine, il fallait que je m’assure que cette nouvelle était toujours à jour avant d’être imprimée. Il arrivait parfois, pendant que le journal était sous presse, que l’information évoluait. L’article qui venait de paraître était soit incomplet ou même erroné si le dossier connaissait un revirement. Nous n’avions aucun autre moyen de diffusion, d’ici la prochaine parution, pour corriger le tir. »

Les Versants : Vous dites : « L’an 2001 a un goût amer. Un goût de fiel. » Selon vous, est-ce qu’il y a une autre année dans l’histoire qui aurait aussi ce goût amer?

D.P. : « En matière de terrorisme et d’horreurs commises, les carnages des attentats du Bataclan et de ceux de Charlie Hebdo en 2015, les exactions de l’État islamique, dont les exécutions filmées en haute définition dans une mise en scène surréaliste qui ont marqué les esprits, les enlèvements d’étudiantes de Boko Haram, le retour des talibans, et bien d’autres me laissent songeur. »

Les Versants : Depuis le 11 septembre 2001, le monde s’est-il amélioré ou s’est-il détérioré; est-il encore aussi « barbare », comme vous le qualifier dans votre billet?

D. P. : « Je ne sais pas si c’est l’âge, mais je vous dirai qu’il est aussi barbare, mais sur une plus petite échelle. Enfin, façon de parler. Même là… Une chose est sûre, avec la COVID et les températures extrêmes sur la planète qui ont fait grimper le mercure à des taux records, il y a de quoi prendre le temps de réfléchir sur quel monde nous voulons vivre et surtout quel héritage voulons-nous laisser à nos enfants et, dans mon cas, à mes petits-enfants. »

Les Versants : 20 ans déjà… c’est vite passé?

D. P. : « Oui et non. Oui, parce qu’en vieillissant la notion du temps n’est plus la même. Rendu dans la cinquantaine, un sentiment d’urgence nous habite, soit celui de réaliser au maximum nos projets enfouis dans notre bucket list. Non, parce que le 11 septembre ne cesse de nous suivre. On a juste à penser à toutes les mesures de sécurité lorsqu’on prend l’avion, aux contrôles resserrés lorsqu’on traverse la frontière. »

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