Renée Beaulieu dans l’attente

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Par Frank Rodi
Renée Beaulieu dans l’attente
La réalisatrice Renée Beaulieu. (Photo : Marie-Ève Rompré)

Réalisatrice de Saint-Basile-le-Grand

Renée Beaulieu n’a pas eu à se plier aux règles sanitaires pour le tournage de son troisième long-métrage. C’est que la réalisatrice de Saint-Basile-le-Grand a filmé ses scènes il y a un an, avant même que la pandémie n’atteigne le Québec.

Le drame de Renée Beaulieu, tourné en octobre, novembre et décembre 2019, met en vedette Roy Dupuis et Rosalie Bonenfant. Le titre, Nuit, avait été inscrit sur la première page du scénario comme titre de travail, mais la cinéaste semble s’être entichée de celui-ci. « Je me suis attachée au titre et je pense continuer ainsi. Ça fonctionne bien », dit-elle en entrevue téléphonique avec Les Versants.

Le film, le troisième de Mme Beaulieu après Le garagiste (2015) et Les salopes ou le sucre naturel de la peau (2018), raconte l’histoire singulière entre une fille et son père. « Une relation fusionnelle entre les deux. Ils sont proches l’un et l’autre, et ça devient problématique. Ce qui mènera à une descente aux enfers pour elle », résume Renée Beaulieu.

« J’ai hâte que finisse ce mal pour présenter mon film. » – Renée Beaulieu

Le tournage s’est déroulé à divers endroits, notamment Saint-Basile-le-Grand, Longueuil et Montréal. De ses acteurs, elle dira de Roy Dupuis que « sa nature charismatique, son âge, son aspect trouble, son talent palpable… tout coïncidait; il a rempli sa mission à merveille ». Quant à Rosalie Bonenfant, la réalisatrice avait déjà travaillé avec elle sur un court-métrage, 1805 A, rue des Papillons (Festival Regard). « L’expérience avait été concluante. Avec Nuit, nous avons établi une relation de confiance elle et moi, car il y a des scènes assez trash. C’est son premier rôle au cinéma. »

Depuis janvier dernier et au cours des mois qui ont suivi, pendant le confinement, la Grandbasiloise s’est consacrée au montage du film, au mixage, à la musique… bref, à la postproduction. Finalement, le long-métrage n’est pas tout à fait complété. « Le tournage n’est pas encore fini. À l’assemblage, je me suis rendu compte qu’il manque un élément. Donc, on va retourner filmer quelques scènes, en décembre prochain, avec Roy et Rosalie et une petite équipe. Cette fois, avec des règles sanitaires de la santé publique à respecter. »

Quand on lui demande quel est son objectif avec ce film, Renée Beaulieu souligne que celui-ci devait être présenté dans les salles cet automne. Mais visiblement, ce ne sera pas le cas. Elle a d’ailleurs une pensée pour quelques collègues; la vie au cinéma de leur dernière création a été chamboulée. « On a vu ce qui est arrivé avec quelques collègues, comme Jeanne Leblanc [Les nôtres], Anaïs Barbeau-Lavalette [La déesse des mouches à feu], Benoît Pilon [Le club Vinland]… J’ai une entente avec le distributeur. Nous allons attendre que le virus soit derrière nous et que les cinémas repartent. L’objectif, c’est que cette pandémie se termine un jour », confie-t-elle.

La scénariste de Nuit souhaite que son dernier-né puisse aussi avoir un parcours dans les festivals, « comme les deux autres ». Les salopes ou le sucre naturel de la peau, notamment, a été projeté au Festival international du film de Toronto, au Festival du nouveau cinéma de Montréal ainsi qu’au Cinefest de Sudbury.

Puis on la questionne sur la motivation de travailler dans le domaine du cinéma en temps de pandémie. « Il y a un peu d’inquiétude, admet-elle. J’ai hâte que finisse ce mal pour présenter mon film. Mais c’est compliqué pour les salles. Nous étions déjà dans une période charnière planétaire avant même la COVID-19. »

Avec le confinement, les abonnements aux plateformes comme Netflix ont explosé. Selon la productrice, c’est une donnée qui risque de faire mal à une industrie « qui était déjà en péril ». Elle poursuit : « Ça prend du public. La situation des festivals n’est pas trop inquiétante. Mais pour les salles, c’est laborieux. La suite des choses, on ne la sait pas encore », reconnaît celle qui planche actuellement sur un documentaire, Les dernières salles de cinéma, dans lequel l’artisane aborde la crise qui touche les salles obscures à travers le globe. Un documentaire que la SODEC a décidé de financer en juin 2019 parmi 18 projets dans le cadre de son Programme d’aide à la scénarisation. « Pour moi, les salles de cinéma demeurent très importantes et sont appelées à se poursuivre. Mais il faudra s’attendre à un virage important. L’expérience en salle ne peut pas être remplacée par les Netflix de ce monde. Ce serait perdre l’aspect mythique de nos films », conclut Renée Beaulieu.

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