Rarement l’occasion d’acheter « usagé »

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Par Frank Rodi
Rarement l’occasion d’acheter « usagé »
Elles sont rares les librairies d'occasion. (Photo : archives)

Marché du livre

Où achetez-vous vos livres d’occasion? Dans la région, les librairies de livres d’occasion se font rares.

Pourtant, à une époque où le réemploi, le « réutile » et le seconde vie ont la cote auprès de la population, ce type de commerce, une librairie de livres d’occasion, ne se trouve ni à Saint-Bruno-de-Montarville, ni à Saint-Basile-le-Grand, ni à Sainte-Julie.

Une 2e vie aux livres et magazines

Sur son site Internet, Recyc-Québec dresse une liste d’objets facilement réutilisables dans un paragraphe intitulé « Une 2e vie pour presque tout ». Les livres et magazines en font partie, tout comme les appareils électriques et électroniques, les articles de sport et les articles pour enfants, les CD et DVD, les jouets et jeux, qui en sont aussi de bons exemples.

Pour Recyc-Québec, l’action de réemployer s’exprime de trois façons différentes : prolonger la vie d’un bien pour éviter la production d’une matière résiduelle et l’achat d’un nouveau bien; trouver d’autres usages pour un même bien; acquérir un bien usagé.

Ce qui nous ramène au marché du livre seconde main et des bouquineries. À Saint-Bruno-de-Montarville, Saint-Basile-le-Grand et Sainte-Julie, ce genre de commerce n’existe pas. Il n’y a ni trace de librairie indépendante. Pourtant, ce ne sont pas les locaux vides qui manquent… Mais cette absence aujourd’hui ne signifie pas que ce fut toujours le cas.

En effet, la dernière à avoir eu pignon sur rue sur le territoire, c’est la librairie Au cœur du Village, à Saint-Bruno. Le 26 octobre 2007, la propriétaire, France Thibeault, ouvrait les portes de sa boutique à minuit pour y accueillir une centaine de lecteurs, petits et grands, lors de la sortie en version française du dernier tome des aventures d’Harry Potter, Les reliques de la mort. Elle a fermé boutique en 2011.

Également à Saint-Bruno, il y a eu la librairie Libra, dont s’occupait Peter Crooks, aujourd’hui décédé. Cette boutique de livres d’occasion, en français et en anglais, fut un lieu de rencontres pour les bibliophiles de tous genres pendant plusieurs années. Malgré le capharnaüm et les piles de manuels étalées un peu partout sur le sol, ce libraire pouvait vous dénicher la perle rare que vous cherchiez en un clin d’œil.

« Ça ne m’étonne pas de voir des librairies fermer partout au Québec. » -Frédéric Fortin

À Sainte-Julie, « il y a déjà eu une librairie pendant une courte période sur la rue Principale, près de l’église, avance la coordonnatrice du Service des communications et relations avec les citoyens, Julie Martin. Mais nous ne savons pas si on y vendait des livres neufs ou d’occasion. Le commerce s’appelait ‘’Le goût de lire’’. »

Les organismes vendent des livres d’occasion

À la lumière de nos recherches, ce sont aujourd’hui les organismes communautaires qui profitent de la vente de livres d’occasion auprès des lecteurs. C’est d’ailleurs ce que confirment les municipalités. « Concernant la vente de livres usagés, la Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand et la fabrique organisent toutes deux annuellement une vente de livres d’occasion, répond la directrice du Service des communications et des relations avec les citoyens à Saint-Basile-le-Grand, Stéphanie Plamondon. Ces deux événements sont toujours attendus de la population. » La plus récente vente de la Société d’histoire a connu un grand succès cet été; plus de 10 000 livres ont été sélectionnés et classés, plus de 6 000 d’entre eux ont trouvé preneurs. Un record. L’implication d’un organisme se retrouve aussi à Sainte-Julie. « Des livres d’occasion sont disponibles à la boutique de la Maison de l’Entraide », affirme Julie Martin, qui ne manque pas de rappeler que la bibliothèque municipale effectue une vente de volumes d’occasion chaque premier vendredi du mois.

Une rare librairie d’occasion à… Beloeil

Dans la région, il faut se rendre à Beloeil pour tomber sur un tel commerce du livre usagé. Frédéric Fortin gère la boutique Les trésors du futur, où le passionné de lecture pourra dénicher ce qu’il cherche parmi quelque 45 000 titres. « Une librairie d’occasion, c’est l’endroit idéal pour les amoureux de lecture qui pensent intelligemment. C’est économique, c’est écologique et c’est aussi, parfois, la seule place où trouver certains titres », d’observer Frédéric Fortin.

Depuis sa création, il y a près de dix ans, cette boutique se spécialise uniquement dans la vente de livres. « De nos jours, les librairies sont devenues des épiceries et des magasins de jouets de toutes sortes, déplore-t-il. Ici, le livre est maître! »

D’après ses dires, environ 40 % de la clientèle qui franchit les portes de la librairie arrive de Saint-Basile, Saint-Bruno, Chambly, Carignan, Sainte-Julie et des environs. Aussi, il constate qu’à peu près 20 % des fréquentations sur le site Internet de la bouquinerie émanent d’usagers des villes mentionnées plus haut. « C’est intéressant parce que plusieurs de ces gens faisaient jadis partie de la clientèle des bouquineries de Montréal, mais ils ont en grande majorité été charmés par la quantité, la diversité et la qualité des livres offerts dans ma librairie. Sans parler de l’aspect économique, pas à négliger lors de l’achat de livres. »

Un marché difficile

Or, contrairement aux livres qu’il vend, Frédéric Fortin ne se compte pas d’histoires. Il avoue que le marché est difficile. « Ça ne m’étonne pas de voir des librairies fermer partout au Québec, même à Montréal, où plusieurs joueurs majeurs ont décidé de mettre la clé dans la porte après parfois 25 ou 30 ans d’opération. Les temps sont difficiles : le prix des livres neufs est à la hausse et la compétition est féroce, car ce n’est plus le commerce à côté qui est dangereux, mais les géants comme Amazon. »

Il déplore aussi les ventes de livres organisées par les organismes communautaires : « C’est difficile, quasiment impossible, de compétitionner avec des places qui ne payent ni loyer, ni employé, ni inventaire et qui vendent le produit pour des peanuts! »

Quand on lui demande sur quel type de livres se rabattent les lecteurs, Frédéric Fortin répond qu’il s’agit d’une donnée variée, « ça dépend des jours et des clients ». Il précise : « Les romans de toutes sortes, dont les grands classiques de la littérature, sont très populaires, les livres pour enfants aussi. Beaucoup regardent pour les guides de voyage, les dictionnaires. Les livres de recettes sont encore très demandés, tout comme les livres de croissance personnelle. Pour les classiques de la littérature, certains sont très difficiles à trouver en librairie traditionnelle; [la librairie d’occasion] est l’endroit idéal pour découvrir de petits trésors. »

Malgré tout, il n’en demeure pas moins que Frédéric Fortin aime son boulot. « Ma paie, c’est la satisfaction de mes clients et le lien qui nous unit. Je n’ai jamais considéré mon travail comme un travail, mais bien comme une passion, une raison de vivre. Ma mission a toujours été de faire découvrir la lecture et de l’encourager auprès des gens. Les livres ont changé ma vie, j’ai décidé d’y consacrer ma vie. »

QUESTION AUX LECTEURS :

Achetez-vous vos livres neufs ou d’occasion?

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