Que de souvenirs!

Que de souvenirs!

Robert Robert, 94 ans

La famille Robert fait partie des quelques anciennes familles de Saint-Bruno-de-Montarville avec les Carmel, Grisé, Dulude, Deslières. Robert Robert a eu 94 ans le 27 octobre dernier. Il a occupé diverses fonctions sur les plans municipal, scolaire et paroissial. Cependant, on le connaît principalement pour avoir vendu de la terre noire à partir de sa ferme du rang des 25. La Ferme Mont-Bruno lui survivra, car elle est maintenant exploitée par ses deux fils, Robert Jr et Pierre, qui est aussi denturologiste.

Monsieur Robert vit toujours dans sa maison, qu’il a fait construire en 1960, rue Montarville. « Nous tenons à maintenir papa à la maison, comme ce fut le cas pour les autres membres de la famille », affirme sa fille Sylvie, qui, vivant à Montréal la semaine, vient chez son père tous les week-ends. Du lundi au vendredi, une équipe de femmes et d’hommes se remplacent à tour de rôle pour entourer monsieur Robert adéquatement. C’est avec un large sourire qu’il m’accueille dans le salon, assis dans son fauteuil, en face du piano à queue de Sylvie, sur lequel est posée une vingtaine de photos de famille. À sa droite, appuyée contre la cheminée, sa photo préférée : celle du 50e anniversaire de son mariage avec Yvette Laporte. Ainsi entouré de sa famille, il passe ses jours dans la lecture quotidienne de La Presse et du Coopérateur agricole.

Les nombreuses années n’ont pas effacé ses souvenirs. Avec la complicité de sa fille Sylvie, il raconte… Son père, Roméo, marié à Anna Jodoin, de Boucherville, est né à Saint-Bruno, dans la maison ancestrale, celle qui a passé au feu, angle De Mésy et Frontenac Est. Sur les fondations de cette maison une autre a été construite. « Elle a été le berceau de la famille de Roméo et Anna », avance Sylvie. Famille qui comptait six garçons, Philippe, décédé à l’âge de 7 ans, Jacques, Simon, Paul, Jean et Robert, et trois filles, Simone, Jacqueline et Jeannette. Tous sont décédés, à l’exception de Robert et Jeannette, 93 ans, religieuse chez les Sœurs Grises de Montréal. Derrière la maison, sur le site de la place Massey actuelle, se trouvait un lac, maintenant asséché. La terre familiale s’étendait approximativement de l’autoroute 30 jusqu’aux environs de la rue Frontenac.

Robert Robert naît le 27 octobre 1917. La grippe espagnole sévit. À l’âge de deux mois, il est déclaré mort par le Dr Émile Choquette, qui recouvre son visage devenu noir et redescend annoncer la triste nouvelle à la famille. Après un certain temps, Simone entend pleurer. Elle en avise le docteur qui lui répond : « C’est impossible, il est mort. » Il n’en remonte pas moins l’escalier et, à sa grande surprise, l’enfant vit et pleure. Personne n’a jamais pu expliquer le phénomène.

De la première à la cinquième année, Robert Robert fréquente l’école du rang des 25, « l’Académie du trèfle », juste à côté de la croix de chemin. « J’avais Mme Thomas Lalumière comme professeur », se souvient-il. Il terminera ses études en sixième année à l’École du village, « avec sœur Berthe-Émilia », précise-t-il.

Tous les vendredis, ses parents vont vendre leurs produits au marché Bonsecours à Montréal. L’été, ils empruntent le pont Victoria, mais l’hiver, le bruit occasionné par les lisses d’acier de la carriole au contact du fer du pont effraie les chevaux. Avec la carriole, dans laquelle ils déposent des briques chauffées, ils empruntent la route 9 (ancienne 116), puis le chemin de Chambly qui se termine au fleuve, où le pont de glace les mène tout près du marché.

En 1947, après cinq ans de fréquentations, monsieur Robert épouse Yvette Laporte, résidante de Montréal, mais qui vient passer ses étés à Saint-Bruno avec sa famille. « Nous nous sommes rencontrés en 1942, aux p’tites vues du village, organisées par le Cercle de Fermières », raconte-t-il. Le couple s’installe sur la terre achetée d’Anthyme Carmel, en 1945, rang des 25, vers Sainte-Julie. Ce sera la Ferme Mont-Bruno. Robert Robert cultive sa terre, vend de la terre noire, fait de l’excavation et de l’entretien des routes en hiver. Les deux garçons, Robert Jr et Pierre, naissent. En 1959, il décide de faire construire la maison actuelle sur la rue Montarville. « Ce sera plus pratique pour les études des enfants », explique-t-il à sa femme. En 1960, Yvette met au monde Sylvie, assistée du docteur Choquette. Leur fille unique sera organiste à la paroisse Saint-Bruno pendant 38 ans, elle y a débuté à l’âge de 12 ans! Après avoir fait des études musicales au Québec et en France, elle enseigne maintenant la musique au Collège international Marie de France, à Montréal. 

Robert Robert participe à la vie municipale et paroissiale à divers titres. Dans les années 1960, il est inspecteur des bâtiments pour la Ville de Saint-Bruno. De 1958 à 1962, il est conseiller municipal. Il s’implique aussi dans le système scolaire, tout d’abord comme commissaire d’école et, par la suite, comme président de la commission scolaire. Il fusionne alors les deux commissions scolaires, celle du village et celle de la paroisse. Pendant la décennie de 1960, il est marguillier, sous le curé Gilles Gervais. Que de souvenirs s’imposent à son esprit!

En avril 2009, son épouse Yvette décède après 62 ans de mariage. Leurs enfants n’ont aucun descendant, ce qui l’attriste un peu. Cependant, les enfants de son frère Jacques perpétuent la lignée familiale. Robert Robert est satisfait de sa vie et il termine l’entrevue en affirmant : « Je remercie le Bon Dieu de ma belle famille, j’ai des bons enfants. » 

 

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