Pour un accès à l’intérieur

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Par Frank Rodi
Pour un accès à l’intérieur
Les hospitalisations à l’Hôpital Pierre-Boucher sont à la baisse. (Photo : Frank Jr Rodi)

Réseau de la santé

Dans une lettre ouverte publiée mardi dernier, divers médias sollicitent un meilleur accès aux hôpitaux et aux CHSLD en ces temps de pandémie. Le but de leur requête est de mieux témoigner des conséquences de la COVID-19 par des photos, des reportages, des entrevues.

De nombreux médias du Québec demandent aux CIUSSS et au ministère de la Santé d’accorder aux journalistes, aux photographes et aux caméramans l’autorisation de s’immiscer à l’intérieur du réseau de la santé.

La missive s’amorce avec un rappel du printemps dernier, alors que l’Italie affrontait le coronavirus. « Au mois de mars 2020, la planète entière a compris l’ampleur de la crise sanitaire en développement en voyant les images dramatiques qui nous provenaient d’Italie. Des photos et des vidéos montraient des patients entassés dans les hôpitaux, couchés sur le ventre ou intubés, ainsi que des médecins désemparés, qui témoignaient de leur détresse devant la caméra », peut-on lire dans la lettre.

« On va probablement arriver avec une solution à court terme. » – Dr Horacio Arruda

Les signataires mentionnent que ces images ont permis d’attirer l’attention sur la gravité de la situation en plus d’inciter la population à accepter le confinement printanier. Mais au Québec, « de telles images sont rarissimes, car le gouvernement et les autorités de santé publique ferment les portes des établissements de santé aux médias. Une restriction comme on en voit très peu ailleurs dans le monde ».

Plus souvent qu’autrement, les médias se butent à un refus lorsqu’ils demandent d’entrer dans les CHSLD et les hôpitaux afin de témoigner de la réalité des patients et du personnel du réseau de la santé. « Ce refus des CIUSSS et du ministère de la Santé est d’autant plus étonnant que les directions d’hôpitaux sont souvent d’accord pour accueillir les médias. Le personnel soignant est lui aussi favorable à l’ouverture des portes de son lieu de travail. »

Les signataires estiment que cette absence d’images peut aussi en pousser certains à minimiser la gravité de la situation ou encore à relâcher les mesures de confinement. « D’où l’importance de recueillir les témoignages des médecins, des infirmières et des préposés. D’où l’importance également d’entendre et de voir les patients qui l’acceptent, afin de montrer la dure réalité qui se vit derrière des portes qui sont actuellement closes », martèlent les médias.

Ceux-ci reconnaissent les risques liés à la COVID-19 qui existent à l’intérieur de ces lieux, mais précisent qu’ils respectent les règles sanitaires depuis le début de la pandémie et qu’ils continueraient à les suivre dans un contexte hospitalier. La lettre se termine ainsi : « Nous, qui représentons les grands médias du Québec, demandons donc au gouvernement du Québec et aux autorités de santé publique, au nom du droit du public à l’information, d’ouvrir aux journalistes les portes des établissements où se livre une véritable guerre qui nous concerne tous. »

Accès refusé

À sa demande pour entrer à l’intérieur de l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil, le journal Les Versants s’est fait répondre : « Ce ne sont pas les établissements de santé et de services sociaux qui décident si des journalistes peuvent ou non entrer dans leurs installations. Dr Arruda a annoncé qu’il se pencherait sur des balises qui pourraient encadrer d’éventuelles visites médiatiques dans les installations du réseau. C’est donc à suivre. »

En effet, en point de presse le 26 janvier, le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, s’est dit interpellé par la demande des médias. Il assure qu’il essaiera de trouver un moyen pour permettre aux journalistes d’avoir accès à l’intérieur des lieux de santé. « On va probablement arriver avec une solution à court terme », de répondre Dr Arruda.

En attendant l’autorisation d’entrer à l’intérieur des CHSLD et des hôpitaux, le journal dresse un bilan de la situation dans les hôpitaux du CISSS de la Montérégie-Est.

Les hospitalisations

Il y a 45 patients infectés de la COVID-19 à l’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil. L’Hôpital Honoré-Mercier, à Saint-Hyacinthe, en accueille 26 au moment d’écrire ces lignes. Ces deux hôpitaux ont des unités d’hospitalisation étanches dédiées à la COVID-19. Elles permettent de réunir les patients qui en sont atteints et ainsi de diminuer les risques de contamination au sein de l’installation.

Si l’on compare avec les données fournies par le CISSS de la Montérégie-Est il y a deux semaines, nous remarquons une baisse des hospitalisations, du moins à l’hôpital de Longueuil. Le nombre de patients infectés est passé de 54 à 45. « Nous pouvons parler d’une légère baisse des hospitalisations à l’Hôpital Pierre-Boucher », affirme le conseiller aux relations médias et ministérielles du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est, Hugo Bourgoin. Celles-ci ont par contre augmenté à l’Hôpital Honoré-Mercier, passant de 24 à 26.

Employés atteints

La COVID-19 s’attaque également au personnel des centres hospitaliers. C’est l’une des raisons pour lesquelles le réseau est affaibli. Du côté du personnel de la santé, il y a 13 employés de Pierre-Boucher qui sont atteints du coronavirus. L’Hôpital Honoré-Mercier doit se débrouiller avec 21 travailleurs en moins. Un employé qui reçoit un diagnostic de COVID-19 est retiré du travail et placé en isolement. Mais rappelons que les employés infectés ne proviennent pas tous du domaine clinique; certains œuvrent au secteur administratif.

Nous constatons aussi une diminution dans les cas impliquant du personnel de la santé. Il y a deux semaines, 32 employés de Pierre-Boucher étaient infectés et 22 autres d’Honoré-Mercier étaient isolés.

Hôpital Charles-Le Moyne

À Greenfield Park, l’Hôpital Charles-Le Moyne, un des établissements du CISSS de la Montérégie-Centre, offre actuellement une capacité hospitalière de 150 % de lits de soins intensifs et de lits hors soins intensifs COVID-19 afin de répondre aux besoins croissants de la population. « Nos lits de soins intensifs sont actuellement occupés à 114 %, et nos lits d’hospitalisation COVID réguliers sont occupés à près de 100 % », évoque la conseillère cadre aux relations avec les médias du CISSS de la Montérégie-Centre, Martine Lesage.

L’Hôpital Charles-Le Moyne accueille des patients infectés à la COVID-19 qui nécessitent une hospitalisation, de même que ceux qui ont besoin de soins intensifs. Le Centre Saint-Lambert admet des patients gériatriques atteints du coronavirus.

QUESTION AUX LECTEURS :

Pourquoi les médias devraient-ils avoir accès aux hôpitaux et aux CHSLD?

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