Pierre Karl Péladeau s’entretient avec Les Versants
De passage à Saint-Bruno-de-Montarville, Pierre-Karl Péladeau, chef du Parti québécois (PQ), s’est arrêté dans les locaux du journal Les Versants pour parler des priorités de son parti.
Pourquoi faire un arrêt à Saint-Bruno-de-Montarville?
Cette visite se déroule dans plusieurs cadres. Lorsqu’on est chef de l’opposition officielle, on a une élection parlementaire à entreprendre, mais je suis également chef du PQ, alors on a aussi une action politique à mener. Il m’apparaît essentiel que nous venions à la rencontre des citoyens, de ceux et celles qui participent à l’enrichissement collectif. Ce matin, nous avons eu l’occasion, Dave Turcotte et moi, de visiter un centre de formation à Saint-Bruno, car le Parti québécois, depuis qu’il est dans l’opposition, combat le régime de l’austérité auquel nous a assujettis le gouvernement libéral sous de faux prétextes. Il nous a dit que le déficit budgétaire serait de 7 milliards, chose qui ne s’est jamais produite. C’était juste un effet d’annonce pour mieux justifier l’engagement politique qui est le leur, celui du régime de l’austérité.
Il y a un élément qui nous apparaît extrêmement problématique, celui des coupes imposées dans notre système d’éducation. S’il y a quelque chose que la collectivité québécoise a été en mesure de réaliser depuis les six dernières décennies, c’est bien ce grand projet, ce défi de nous engager pour faire en sorte que l’éducation puisse être disponible et accessible au plus grand nombre. Hors, il se trouve que dorénavant, le gouvernement libéral considère, et vous vous souviendrez de cette formule, ou lapsus, de dire qu’il était maladroit d’investir en éducation. Ce n’est nul autre que le titulaire du ministère de l’Éducation qui l’a dit la semaine dernière en chambre, alors oui, c’est extrêmement gênant. Le Parti québécois a toujours été progressiste, il a toujours cru en l’égalité des chances. La meilleure façon de la réaliser, c’est de faire en sorte de rendre l’éducation le plus disponible, le plus accessible possible, et c’est dans la foulée de ces grands citoyens qui ont eu le privilège de diriger le Parti québécois que je m’inscris personnellement. C’est aussi la raison de mon engagement en politique, car j’ai eu le bénéfice de pouvoir avoir accès à l’éducation et de faire en sorte de poursuivre ces gestes d’affirmation que les Québécois se sont donnés depuis les dernières décennies.
L’éducation, une priorité comme la souveraineté?
Certainement, nous avons fait des pas de géant. C’est parce qu’une collectivité a la possibilité d’avoir cette connaissance pour pouvoir s’affirmer et avoir les outils nécessaires pour y arriver qu’elle est en mesure de mieux apprécier les tenants et les aboutissants d’une question aussi importante que celle de la souveraineté. Sinon, nous l’avons vu en 1980 et en 1995 ici au Québec, nous le voyons aussi dans d’autres pays comme l’Écosse et la Catalogne, ce sont toujours les mêmes arguments qui vont être mis de l’avant par les opposants, ce sont des arguments d’inquiétude, de crainte, de peur. On cherche ce qui ne fait pas appel malheureusement à la raison, mais plus à l’émotion. Je ne dis pas que l’émotion n’est pas importante, mais elle doit être équilibrée avec la rationalité.
Pendant la campagne électorale qui m’a amené a être le représentant des électeurs de Saint-Jérôme, on nous a ressorti la fameuse problématique de la pension de vieillesse qui fait resurgir cette inquiétude, cette crainte, tandis que nous devrions avoir le discours rationnel de dire : « Vous savez, les pensions de vieillesse, elles n’appartiennent pas au fédéral, elles appartiennent aux Québécois qui ont contribué aux fonds qui sont utilisés pour payer les pensions : par leurs impôts et leurs taxes, ils envoient encore aujourd’hui 48 milliards à Ottawa. » Donc, faire croire que c’est l’argent du fédéral, bien évidemment, c’est tout à fait inapproprié.
Dans la circonscription de Montarville, le Parti québécois semble moins flamboyant qu’auparavant. Que comptez-vous faire pour redonner des couleurs à votre parti?
C’est un travail de longue haleine. C’est la raison pour laquelle lorsque j’ai fait campagne à la direction du Parti québécois, j’ai souhaité que nous puissions mettre en place un Institut sur la souveraineté pour bien expliquer en quoi elle consiste. Là aussi, durant la campagne électorale, on a associé immédiatement la souveraineté au référendum; or, il se trouve que le référendum n’est qu’une modalité d’accession d’une nation à un pays. Il faut prendre le temps de dire en quoi consiste cette souveraineté. Je dis souvent qu’il y a une bonne et une mauvaise nouvelle, la mauvaise nouvelle, c’est que nous avons perdu les élections, et la bonne nouvelle, c’est que nous avons perdu les élections. Nous avons donc trois ans devant nous pour parler de la souveraineté, pour expliquer en quoi elle consiste, en quoi elle va enrichir les Québécois, alors que le fédéralisme canadien depuis des décennies l’appauvrit. On souhaite autre chose et je suis convaincu que les Québécois ont davantage de talent et de créativité, tout comme ils ont de l’énergie et de la détermination, pour recevoir ce que nous voyons constamment du côté des adversaires de l’indépendance, c’est-à-dire un chèque de péréquation ou un chèque d’assurance-emploi. Le gouvernement fédéral a décidé d’investir 100 milliards, dont 43 milliards pour la construction de bateaux et le reste pour la maintenance durant les prochaines années. Alors que le Québec participe à cet effort, avec les 48 milliards de taxes qu’on envoie à Ottawa, nous aurons, en contrepartie, un bateau dans le chantier maritime de Lévis qui n’est pas la construction d’un nouveau bateau, mais la modification d’un bateau qui vient d’Allemagne. Il y en aura pour 2 milliards, sur 100 : je trouve que le compte n’y est pas, et les exemples sont extrêmement nombreux. C’est ce que nous allons exposer dans les années qui viennent pour expliquer les bénéfices de l’indépendance afin de récupérer nos impôts et de les réinvestir là ou nous croyons qu’ils doivent être investis, en fonction des valeurs et des priorités qui sont celles du peuple québécois. Plutôt que d’investir dans les sables bitumineux en Alberta ou encore dans le sauvetage de Chrysler et GM en Ontario, il faudrait qu’on puisse utiliser ces fonds pour le développement de notre économie, pour le développement de notre système d’éducation et de santé, et notre développement économique.
Pourquoi s’être départi des journaux régionaux du groupe Sun Media qui informaient les gens de l’actualité régionale?
Il faudrait poser la question à d’autres que moi, parce que comme vous le savez, je ne suis plus responsable de quelques activités que ce soit. J’ai remis ma démission de tous mes postes électifs le jour ou je me suis présenté, le 9 mars 2014. Que cela soit au poste d’administration de Québecor, d’Hydro-Québec ou encore de la Fondation de l’entrepreneurship dans laquelle j’étais engagé depuis de nombreuses années.
Que répondez-vous aux gens qui disent qu’il pourrait y avoir un conflit d’intérêts entre vos anciennes activités et votre vie politique ?
Je n’ai pas à être assujetti à cette mesure. J’ai pris la décision en octobre 2014 de confier mes actions à une fiducie sans droit de regard si j’étais choisi par les militants et militantes du Parti québécois comme chef du Parti québécois. Alors, fidèle à ce que j’ai dit, j’effectue ce que j’a
i mentionné. Donc, je fais ce que j’ai dit et je dis ce que je fais.
Est-ce que la jeunesse pour le Parti québécois, c’est quelque chose de fondamental?
Vous avez raison de le souligner. Oui, on doit être suffisamment courageux intellectuellement pour constater qu’il y a une désaffection du côté des jeunes en ce qui concerne l’indépendance. Est-ce qu’on doit conclure que ce sera éternel? Évidemment, vous pouvez penser que je crois l’inverse, parce que nous aurons l’occasion de parler de l’indépendance dans les années qui viennent. Nous n’en avons pas suffisamment parlé durant les dernières décennies. Il y a eu comme une espèce de traumatisme à la suite de la défaite du référendum de 1995, où l’on sait que le fédéral n’a pas souhaité ou n’a pas voulu être assujetti aux lois du Québec en ce qui concerne les dépenses ayant donné lieu au scandale des commandites, ce qui a fait l’objet d’une commission d’enquête.
Maintenant, moi, je suis fermement engagé, je crois qu’il n’y avait aucune ambiguïté lors de mon option politique et mon sens de l’engagement de la réaliser.
Comment voyez-vous le Québec dans 10 ans?
Indépendant. Je vois le Québec être un pays.


