Pierre Nepveu : sélection du jury du Grand Prix du livre de Montréal 2020

Photo de Frédéric Khalkhal
Par Frédéric Khalkhal
Pierre Nepveu : sélection du jury du Grand Prix du livre de Montréal 2020
Pierre Nepveu, finaliste du Grand Prix du livre de Montréal. (Photo : courtoisie)

Pierre Nepveu, l’auteur du livre L’espace caressé par ta voix, est finaliste au Grand Prix du livre de Montréal. Ce résidant de Saint-Basile-le-Grand est très honoré d’avoir été sélectionné.

Pierre Nepveu s’est réfugié à Saint-Basile-le-Grand, pas pour fuir Montréal, où il a vécu pendant 40 ans, mais pour vivre avec C., l’initiale « d’un grand amour que j’ai rencontré tardivement dans ma vie », comme il nous le dit, et à qui il a consacré la deuxième partie de son recueil de poésies.

L’espace caressé par ta voix a été choisi parmi tous les genres littéraire s’intéressant à la métropole montréalaise. « J’avoue que cette partie est assez gratifiante pour moi, car Montréal est une grande ville littéraire qui rayonne partout au Québec. » Le lauréat sera connu peu avant le Salon du livre de Montréal, du 12 au 15 novembre, qui se voudra interactif cette année.

L’an dernier, le professeur de littérature à l’Université de Montréal, maintenant à la retraite, présentait son ouvrage au salon. « Je n’ai pas d’événements prévus cette année. Je suis encore à l’écriture d’un essai qui parlera de la réalité actuelle du monde qui m’entoure et de la poésie. » La pandémie empêchant le Salon du livre d’ouvrir ses portes normalement, l’auteur vaque à son travail habituel. « L’écriture, c’est un travail quotidien, un travail de confinement. »

Pour sa petite-fille
La première partie du livre, la plus grande, est dédiée à Lily, sa petite-fille. « Comme tous grands-parents, on s’émerveille devant nos petits-enfants, mais j’ai voulu capter, par la poésie, son éveil au monde, son langage, mais aussi, de façon plus importante, anticiper sur l’avenir de la réalité contemporaine. Bien évidemment, j’ai écrit ce livre avant la pandémie. »

Il voit à travers sa petite-fille une manière de célébrer l’enfance ou encore de transmettre la sagesse dans ce siècle lourd d’incertitudes et d’angoisses, comme le décrit l’auteur. « C’est un monde qui n’est pas tout à fait rassurant, mais pour lequel on peut espérer aussi. Dans la poésie, il y a toujours une forme d’espoir; si l’on est complètement désespéré, on ne pourrait pas écrire de la poésie. »

« Comme tous grands-parents, on s’émerveille devant nos petits-enfants, mais j’ai voulu capter, par la poésie, son éveil au monde, son langage, mais aussi, de façon plus importante, anticiper sur l’avenir de la réalité contemporaine. » – Pierre Nepveu

L’avis d’un professeur poète
L’actualité entourant la polémique à propos d’une professeure à l’Université d’Ottawa, qui a choqué le public étudiant noir lors d’un cour, ne laisse pas indifférent le professeur poète.

« J’ai des positions très nuancées sur ça. Il y a la violence terroriste (décapitation d’un professeur d’histoire en France), mais aussi, il y a la violence verbale à travers les réseaux sociaux. Nous, écrivains, avons une responsabilité de ce côté-là, par rapport au langage qui doit être privilégié. Je suis très sensible au poids des mots. Je pense qu’on a une responsabilité particulière, même si les écrivains ne sont pas toujours entendus. Il faut se battre pour la liberté d’expression. Cela dit, il y a aussi un devoir d’écoute des gens qui se sentent blessés. »

M. Nepveu est très sensible sur la question du racisme dans notre société. « Mes filles ne sont pas nées au Québec. Elles sont nées au Brésil. Elles sont noires et c’est évident, je réagis aussi à travers leur propre expérience. Mon aînée s’est fait refuser un emploi dans une boulangerie à Montréal. La raison était explicite. La patronne lui a dit ‘’J’ai beaucoup de clients qui n’aiment pas voir leur pain manipulé par une personne noire’’. Ce n’est pas des insultes, mais je trouve que c’est éloquent. En tout cas, pour moi, comme écrivain, j’estime qu’on a le devoir d’être sensible à la totalité du réel, pas seulement à un aspect. À un moment donné, il faut défendre des valeurs et c’est très important de le faire avec une certaine souplesse, mais surtout avec une écoute de l’autre. À travers la poésie, c’est aussi le souci de l’autre que l’on a. C’est un élément important. »

La poésie a été une sorte de fil conducteur dans la vie de l’écrivain, qui n’était pourtant pas destiné à une vie littéraire. « Je ne viens pas du tout du milieu de la poésie. Mon père était le directeur d’une compagnie d’assurance. Il n’y avait pas une présence forte de la poésie dans ma famille. C’est arrivé plus tard, par mes lectures. Et comme beaucoup d’ados, j’étais assez solitaire et j’ai trouvé dans la poésie un langage qui permettait d’exprimer mes émotions. La poésie a été le conducteur de toute ma vie, mais cela appartient à quelque chose de plus large. C’est un sentiment d’appartenance à une communauté, une présence au monde, aux êtres… »

À Saint-Basile-le-Grand depuis octobre 2018, le poète « retrouve la proximité de la campagne », qu’il avait lors de son enfance en visitant ses grands-parents, tout en étant proche de Montréal, à qui il a consacré 40 ans.

Le lauréat gagnera une bourse de 15 000 $ délivrée par la Ville de Montréal. Les quatre finalistes, dont fait partie M. Nepveu, remportent d’ores et déjà une bourse de 1 000 $.

Biographie
Pierre Nepveu est né à Montréal en 1946. Il est professeur émérite de l’Université de Montréal, où il a enseigné de 1978 à 2009. Poète, romancier, essayiste, il a publié la plupart de ses recueils de poèmes aux Éditions du Noroît. Outre des essais consacrés à la littérature québécoise et aux littératures des Amériques, comme L’écologie du réel et Intérieurs du Nouveau Monde, il est le coauteur, avec Laurent Mailhot, de l’anthologie La poésie québécoise : Des origines à nos jours. Plusieurs fois lauréat ou finaliste aux prix du gouverneur général, il a reçu en 2005 le prix du Québec Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre littéraire. Il est aussi membre de la Société royale et de l’Ordre du Canada et officier de l’Ordre national du Québec.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires