Pierre Bernardin : un survivant de la COVID-19

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Par Frédéric Khalkhal
Pierre Bernardin : un survivant de la COVID-19
¨ierre Bernardin est un survivant de la COVID-19 après 51 jours passé à l’hôpital. (Photo : Frédéric Khalkhal)

C’est un homme en pleine forme qu’a rencontré le journal Les Versants à l’hôtel de ville de Sainte-Julie. À 64 ans, Pierre Bernardin, le directeur général de la Municipalité, a été près de figurer dans la liste macabre des victimes de la COVID-19.

« Je suis la preuve vivante que la COVID-19 est bien réelle. Il faut continuer à faire attention. Si les gens ne le font pas pour eux, qu’ils le fassent pour leur entourage. »

Le directeur général de Sainte-Julie a accepté de raconter son histoire au journal Les Versants pour témoigner de la virulence que peut avoir ce virus et pour montrer qu’il n’y a pas que les personnes à risque qui sont sujettes à des complications.

En mars 2020, M. Bernardin revient d’un voyage de ski en France avec 21 personnes. « Il n’y avait aucune mesure mise en place dans la station de ski, pas de gel, pas de mesures de distanciation et je n’avais pas conscience qu’à la montagne, au frais, je pouvais risquer quelque chose. »

À son retour au Québec, ses amis ont commencé à ressentir les premiers symptômes de la COVID-19. « Avec ma femme, nous avons été les derniers à ressentir les effets du virus. Cela a commencé par de la fièvre, la perte du goût, de l’odorat, pour ensuite tomber dans une détresse respiratoire. C’est à ce moment qu’on m’a accepté aux urgences et que j’ai été mis dans le coma. Nous avons tous attrapé la COVID-19, mais j’ai été le plus affecté. Aucune personne des 21 qui participaient au voyage n’a été touchée de la même façon. »

En rentrant au Québec, la Direction de la santé publique n’obligeait pas encore toutes les personnes revenant de l’étranger à être en isolement pendant 14 jours. C’est de sa propre initiative que le directeur général, voyant ses amis affectés, s’est placé en isolement volontaire. « Une chance que je ne suis pas entré dans le bâtiment de l’hôtel de ville. Il est évident que des gens travaillant à la Ville auraient été touchés. »

Plus de 51 jours d’hospitalisation
M. Bernardin ne souhaite à personne ces 51 journées d’hospitalisation pendant lesquelles les médecins ont craint à deux reprises pour sa vie. Dans son lit d’hôpital, il a été 14 jours dans le coma et 28 jours aux soins intensifs. « En sortant, il a fallu que je réapprenne à tout faire : marcher, respirer, manger. J’avais perdu 35 livres de masse musculaire. Je n’arrivais même pas à tenir une cuillère pour manger. Mes poumons, mes reins, mon foie ont été touchés et j’ai subi quatre traitement de dialyse. Aujourd’hui, ma capacité pulmonaire est à 80 % et cela devrait être de mieux en mieux, mais je ne serai plus jamais à 100 %. »

Il n’a repris ses fonctions à l’hôtel de ville que le 16 septembre. Six mois après avoir contracté la maladie, le goût et l’odorat ne sont toujours pas revenus. « Ce sont pour l’instant mes deux seules séquelles. La semaine dernière, j’ai eu le goût d’une sauce spaghetti et l’odeur des croissants. Cela commence à revenir. J’ai récupéré quasiment toute ma masse musculaire grâce aux services de santé qui ont mis en place un programme spécial de physiothérapie par visioconférence. »

De retour au travail
C’est un homme rayonnant qu’il a été possible de rencontrer au lendemain de son retour au travail et heureux de retrouver son équipe. « Quand je me suis réveillé du coma, je me suis promis deux choses, celles de prendre ma retraite et de me retirer bien loin de tout, aux Îles de la Madeleine. Mais cet été, je tournais en rond en passant mon temps à me demander comment j’allais l’occuper. Impossible de penser à la retraite. »

Les occupants de l’hôtel de ville lui ont réservé un accueil à la hauteur du respect qu’ils portent à l’homme. « Àmon retour, j’ai trouvé 80 mots dans mon bureau pour me souhaiter la bienvenue, des ballons… Tout le monde a été bienveillant sans jamais me mettre de la pression. Une semaine avant mon départ, nous venions de nommer notre directrice générale adjointe, qui a pu prendre la relève pendant mon absence. L’équipe de talents qui est en place à Sainte-Julie a fait que les affaires de la Ville n’ont pris aucun retard pendant mon absence. »

Avant la fin de sa convalescence, M. Bernardin avoue ne pas avoir pu s’empêcher de se mettre à jour dans quelques dossiers avant de reprendre en main l’administration julievilloise officiellement.

Favorable au télétravail
Il attachera sûrement une importance particulière à la sécurité des occupants de la mairie de Sainte-Julie. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande s’il se considère immunisé désormais contre la maladie, il préfère « prendre toutes les mesures de sécurité au cas où. Je suis les directives de la santé publique. Je porte mon masque, je respecte les distances et je me lave les mains ».

Comme beaucoup de municipalités, Sainte-Julie a largement favorisé le télétravail pour ses employés lorsque cela était possible. Dans le futur, la mesure pourrait perdurer. « Il a fallu adapter nos méthodes de travail par rapport à la COVID-19 et le télétravail peut être une opération gagnant-gagnant entre un employé et son employeur même après le virus. »

Après l’épreuve qu’il vient de subir pendant six mois, il indique avoir peur de voir des manifestations contre le port du masque. « On peut manifester, mais sans mettre la santé des autres en danger. »

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