Pas de caméras corporelles pour les policiers pour l’instant

Pas de caméras corporelles pour les policiers pour l’instant
Fady Dagher, directeur du SPAL. (Photo : archives)

Alors que l’affaire Mamadi Camara vient tout juste de se dérouler à Montréal et que le port de caméras corporelles aurait peut-être empêché la situation de survenir, leur instauration dans les corps de police de la région n’arrivera pas de sitôt.

Un texte de Gabriel Provost

Au service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), les caméras corporelles ne sont pas, du moins pour le moment, envisagées pour l’ensemble des policiers.

Le directeur du SPAL, Fady Dagher, croit que ce type de caméras est certes, une option à envisager, mais pas forcément celle qui donnera les meilleurs résultats par rapport à l’investissement qui sera nécessaire à l’instauration d’un tel système.
« Une fois que la technologie et l’approche sont concluantes, oui c’est envisageable. En investissant dans la technologie pour gagner la confiance de la population et sécuriser les policiers dans leurs interventions, les deux côtés sont bien servis. Mais je veux éviter que la technologie remplace les changements de culture qui sont nécessaires dans les corps de police », explique-t-il. « Vous allez voir les images. Je ne sais pas si les images vont changer les comportements, mais je peux vous dire une chose : l’approche systémique qu’on met en place au SPAL, autant individuelle qu’au niveau des critères de promotion et tout, ça je peux vous dire que ça va être payant. »

M. Dagher affirme que les projets qu’il veut instaurer dans son corps de police changent déjà la relation qu’ont les agents avec leur communauté. Mais ces changements ne sont pas à coût nul. L’un des projets pilotes vise notamment à ce que des agents soient assignés à des familles spécifiques, qui présentent de grands facteurs de vulnérabilité. « On a demandé 2,8 millions de dollars sur deux ans, puis 1,4 million renouvelable sur cinq ans par la suite. Mais j’ai de la difficulté à avoir les sommes d’argent nécessaires. » Il imagine que la technologie des caméras corporelles « coûterait une fortune », ce qui mettrait forcément en péril les projets envisagés pour son service de police.

« Je veux éviter que la technologie remplace les changements de culture qui sont nécessaires dans les corps de police. » – Fady Dagher, directeur du SPAL

Le profilage racial
Questionné précisément à propos de l’affaire Mamadi Camara par plusieurs médias, M. Dagher a préféré ne pas émettre de commentaire, entre autres parce que l’affaire est toujours sous enquête du SPVM et qu’il « préfère demeurer très prudent sur la question. »

Le chef de police mentionne néanmoins que l’une des avenues pour réduire au maximum la discrimination envers les communautés est que les policiers doivent apprendre à les connaître afin d’éviter de les traiter différemment. Le projet Immersion, lors duquel 30 agents ont eu l’occasion de vivre pendant cinq semaines dans les différentes communautés du territoire de Longueuil, visait à montrer ces réalités différentes aux agents. Plusieurs autres formations sont envisagées.

« Les policiers ont saisi les enjeux. Ça ne veut pas dire qu’ils les ont épousés, mais ils les ont compris, ce qui leur permet de mieux intervenir plus tard », dit Fady Dagher. Et en réponse aux militants qui appellent à retirer le financement aux corps policiers, l’homme leur dit: « avant de parler de defunding the police, regardez-moi aller : je suis en train de faire une réforme de la police à l’interne. »

Pas envisagée à la Régie
À la Régie intermunicipale de police de la Vallée-du-Richelieu, le capitaine Francis Lepage mentionne que l’utilisation de caméras corporelles n’a « jamais été envisagée à mon niveau. Je peux imaginer que la logistique serait assez importante pour l’enregistrement et la retenue de données. Sur le long terme, peut-être que tous les corps de police vont avoir ce type d’équipement, mais pour l’instant je vois difficilement comment ça pourrait être mis en place. »

M. Lepage croit également qu’il pourrait y avoir des enjeux au niveau éthique vis-à-vis l’usage de ce type de caméras. « Disons qu’un policier doit intervenir en urgence et par mégarde oublie d’ouvrir la caméra avant son intervention, cela pourrait s’avérer problématique par la suite pour lui si on le soupçonne d’avoir oublié volontairement, par exemple. » Il faudrait évaluer si ce système peut aider pour des interventions ou des situations, mais en ce moment ce n’est pas le cas.

 

 

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