« Mon année Salinger » un film du Montarvillois Philippe Falardeau en salle pour le 5 mars

Photo de Frédéric Khalkhal
Par Frédéric Khalkhal
« Mon année Salinger »  un film du Montarvillois Philippe Falardeau en salle pour le 5 mars
Philippe Falardeau demeure depuis septembre à Saint-Bruno-de-Montarville. (Photo : courtoisie - Julie Artacho)

Philippe Falardeau a posé ses valises à Saint-Bruno-de-Montarville en septembre 2020 d’où il pourra mesurer le succès de la sortie Mon année Salinger, un film mettant en vedette Sigourney Weaver et Margaret Qualley. La sortie du film est programmé pour

le 5 mars. Entretien avec le cinéaste

Je ne savais pas que vous habitiez Saint-Bruno-de-Montarville?

Moi non plus jusqu’il y a peu de temps. C’est une décision qu’on a prise rapidement. On a trouvé une maison en juilllet et en septembre on aménageait. La COVID aidant on a quitté la Ville. Moi je suis un gars qui a habité longtemps sur le plateau Mont-Royal à Montréal. Donc oui maintenant je suis Montarvillois. Cela fait 4 mois. On s’est acheté une maison qui me fait penser beaucoup dans l’endroit ou j’ai grandi dans l’Outaouais en 1958. J’ai l’impression de revenir en enfance.

Comment en êtes-vous arrivé à vouloir adapter au cinéma le livre autobiographie de Joanna Rakoff?

Comme tous les sujets de film, c’est une réaction qu’on a par rapport à ce qu’on voit, ce qu’on vit, ce qu’on lit. J’ai lu ce livre que je m’étais acheté pour les fêtes et j’ai été touché par ce moment de la vie où on n’est pas sûr de ce qu’on veut faire. On a des rêves mais on n’a pas l’impression qu’on puisse se les permettre et puis on navigue, jeune adulte, sans oser faire ce qu’on a envie de faire. Puis un moment donné on doit prendre des décisions qui vont affecter le reste de notre vie. Moi en lisant les mémoires de Joanna Rakoff, je me suis revu même si j’ai vécu les choses de manière différente. Je ne suis pas du monde littéraire et je suis un gars, mais j’ai trouvé qu’elle avait réussi à saisir ce moment charnière de notre vie qui est fascinant et riche et beau. Quand on le vit on est dedans et on ne se rend pas compte à quel point il s’agit des plus belles années de notre vie. Plus tard, on s’en rend compte.

Le film baigne dans le monde de la littérature, quel est votre lien avec ce dernier?

Mon lien est venu très tardivement. J’ai eu beaucoup de difficulté à me concentrer et à lire des livres quand j’étais plus jeunes. J’ai lu le minimum syndical à l’école. À l’université je lisais beaucoup, mais comme j’ai fait sciences politiques c’était beaucoup plus des traités, des essais de la philosophie. J’ai eu ma part comme tout le monde, en tant que jeune adulte de Boris Vian, Romain Gary, Gabriel García Márquez. C’est plutôt dans la trentaine que j’ai commencé à me rendre compte de tout le retard que j’avais. Aujourd’hui, je préfère lire des livres plutôt que de regarder des films. J’adore regarder des films quand même, mais je lis beaucoup.

Comment avez-vous travaillé avec Joanna Rakoff pour adapter à l’écran, avec certaine liberté, sa vie?

Au début, je faisait lire à Mme Rakoff les différentes version du scénario. Elle ne participait pas à l’écriture en tant que tel. À un moment donné, elle m’a dit qu’elle trouvait les scènes plus engageante et qu’elle voulait en oir plus. Je me suis rendu compte alors qu’elle savait ce que c’était l’adaptation cinématographique. Elle m’encourageait à m’émanciper du carcan narratif et cela m’a un peu libéré. Je n’avais pas besoin de son aval, car quand on adapte un livre on sort parfois du livre, mais j’avais besoin d’avoir son aval moral. Il n’aurait pas fallu que je lui fasse faire quelque chose qu’elle n’aurait pas fait dans la vie ou qui n’aurait aucun sens pour elle. Ce n’est pas un roman que j’adaptais, c’est sa vie.

Sigourney Weaver et Margaret Qualley dans Mon année Salinger. (Photo : courtoisie – Micro-Scope)

Cela a été difficile de convaincre les actrices ?

Les convaincre non, les trouver oui. Quand on fait un film en français au Québec c’est relativement facile de rejoindre les comédiens et de les intéresser à nos projets. On peut aussi avoir le financement sans confirmer les acteurs. En anglais, parce que c’est un marché international, le financement est tributaire de quel acteur a signé. Ils ont beaucoup plus de pouvoir, donc plus d’argents, donc plus d’agents, d’avocats… Donc c’est plus difficile d’entrer en contact avec eux. Maintenant, quand j’ai pu me déplacer et rencontrer Margaret pour le rôle de Joanna et la même chose pour Sigourney un peu plus tard à New York et que le contact était fait, cela a été facile car elles avaient déjà lu le scénario et étaient intéressées.

Comment s’est passé la rencontre avec Sigourney Weaver?

J’ai quand même rencontré une star de cinéma. J’étais excité. Mais une fois la première demi heure passée, nous étions deux personnes de cinéma qui parlions le même langage. On est entré rapidement dans le vif du sujet et on a travaillé. Quand on commence un projet comme celui-là, on fait une liste d’actrices qui ont un sens au niveau de l’âge du profil. Ensuite on fait une offre en conséquence pour attirer l’attention. Pour Joanna on a trouvé assez facilement. Pour Margaret ça a été plus long. Sigourney connaissait ce monde littéraire décrit dans le livre. Elle était contente d’interpréter ça, elle est allée visiter la vieille agence.

C’est un troisième film en anglais on y prend goût ?

Honnêtement, cela ne se passe pas à ce niveau là. Je ne pouvais pas transposer l’histoire du livre qui se déroule à New York à Montréal. Et même si je l’avais transposé complètement, quels acteurs francophones québécois auraient le même aura? C’est impossible. Je devais rester à New York. Je vous dirais que je ne me réveille pas un matin en me disant tiens j’ai envie de faire un film en anglais avec des acteurs d’Hollywood. Ce n’est pas ça qui se passe. Après le projet, j’ai eu vraiment envie de faire quelque chose au Québec et d’ailleurs on prépare une série dramatique télé écrite par Florence Longpré qu’on va tourner cet été. C’est le groupe Québecor qui a ça. C’est une idée originale que j’ai eu il y a plusieurs années et que je n’ai jamais eu la force d’écrire. Finalement j’ai rencontré Florence et on prépare la série. Justement aujourd’hui j’auditionnais des comédiens par ZOOM. Cela se passera dans le milieu agricole québécois. C’est à la fois drôle, dramatique et chaotique, mais je ne peux pas en dire plus.

Le film sort le 5 mars, alors que les salles de cinéma ne sont pas ouverte à 100 % avec la pandémie, vous êtes inquiet ?

Cela m’attriste, mais cela ne m’inquiète pas dans la mesure ou j’accepte mon sort comme celui de tout le monde. Ce n’est pas quelque chose qui m’arrive à moi particulièrement. Cela dit, on a la chance quand même de continuer de faire notre travail et que nos films soient vus. Je crois que quand la première vague a frappé, les gens étaient bien contents de voir des films sur les plateformes numériques. Tout d’un coup, le cinéma est passé d’un divertissement à un service essentiel pour qu’on ne devienne pas fou. Je pense qu’il l’a toujours été, mais qu’on s’est rendu compte de sa valeur et de son pouvoir encore plus avec la pandémie. Alors j’accepte mon sort et je crois qu’il est temps qu’un an plus tard, ce film là soit disponible. C’est sûr que j’aurai aimé une sortie en salle normale, mais dans le contexte actuel, je dois juste me compter chanceux qu’il soit diffusé.

Pouvez-vous nous raconter le cheminement de ce film?

Il a eu sa première mondiale à Berlin, il y a exactement 1 an, en février 2020. J’ai fait la présentation dans une salle de 2200 personnes. Cette semaine là il y a près de 4000 personnes qui voit le film à Berlin. Je reviens ici et l’univers ferme. Donc la sortie qui était prévue tôt à l’automne a été reportée à Octobre, puis à décembre, puis indéfiniment. Finalement on a décidé de le sortir au Canada en mars car le distributeur américain de toute manière souhaite le sortir en mars dans certaines salles et sur vidéo sur demande. J’imagine qu’au début on pourra le voir sur Crave et ensuite il devrait migrer sur d’autres plateformes.

C’est l’avenir du cinéma les plateformes de diffusion ?

Non. Bien malin celui qui va prévenir l’avenir du cinéma. On avait prédit que le cinéma disparaîtrait avec l’arrivée de la télé. Ce n’est pas arrivée. C’est la transformation du cinéma perpétuel. Je préfère voir des films sur grand écran, mais je ne pense pas que tout le public pense ça. Il va y avoir une coexistence des deux pour un certain temps. Il ne faut pas l’oublier, et on ne le dit pas assez souvent, mais le streaming est devenu très performant. Même si à la maison le plus beau format est le Blu- ray. Le streaming c’est jamais aussi beau que le Blu-ray et c’est jamais aussi beau que le grand écran. Donc je pense qu’il va y avoir une partie de la population qui va vouloir voir des films dans ces formats là. Il va toujours y avoir un public.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires