Marie-Chantal Plante se retire

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Par Frank Rodi
Marie-Chantal Plante se retire
L’auteure grandbasiloise Marie-Chantal Plante. (Photo : archives)

Domaine littéraire

Après avoir publié huit romans aux éditions AdA, l’auteure Marie-Chantal Plante se retire. En entrevue avec Les Versants, la Grandbasiloise explique sa décision.

Sur une période de moins de quatre ans, Marie-Chantal Plante nous aura donné huit romans, dont la trilogie jeunesse Elliott, chasseur d’ombres (2015-2017) et un autre trio de livres avec la série pour adolescents Esthética (2018-2019).

De cette saga, la plus récente, Marie-Chantal Plante ne tire que du positif. « C’est ce dont je suis le plus fière. Parce que je visais un lectorat plus âgé, j’ai eu l’opportunité de pousser davantage certains thèmes, comme la superficialité, de développer mes personnages plus en profondeur, d’explorer leurs émotions et leurs motivations… », constate celle qui rédige des récits fantastiques. Esthética raconte l’histoire d’un monde où l’apparence a pris une telle importance qu’elle détermine la vie des individus dès leur naissance. L’organisation sociale repose sur la superficialité : le champ d’études, la carrière, le quartier de résidence, l’accès aux endroits publics… tous dictés par l’apparence. Peut-on accorder autant de poids à l’image, sans y laisser ce qui fait de nous des êtres humains?, se demande l’écrivaine.

Or, elle tire sa révérence du monde littéraire. Elle s’explique : « J’ai été au bout de mon rêve et j’ai réussi ce que j’avais à réaliser. J’ai atteint la partie faisable de ce que je souhaitais. Je suis fière de ce que j’ai écrit, mais maintenant, c’est le bon temps de partir », commente Marie-Chantal Plante, à qui nous devons aussi les aventures de Théo le héros.

« Il y a un côté toxique à l’écriture. » – Marie-Chantal Plante

La romancière admet qu’elle a eu une période de réflexion avant de prendre sa décision. « C’est un long processus de réflexion, ça n’a donc rien d’un coup de tête. Plus je vieillis et plus je cherche la sérénité. Si l’écriture m’apportait du plaisir, elle comportait aussi son lot important de stress. J’ai fini par en venir à la conclusion que le prix à payer n’était plus compensé par les bénéfices. »

Par rapport aux salons du livre, elle déplore le déroulement de ces événements. « Je trouve ça difficile d’être assise là toute seule, à attendre que les lecteurs viennent me voir. » Elle souligne que beaucoup d’auteurs se « battent » pour se distinguer pendant ces rendez-vous, où il faut se vendre et écouler des livres. « Je ne suis pas une vendeuse, observe-t-elle. Je n’ai pas besoin de ce stress dans ma vie; je n’ai pas envie de cette aventure-là! »

L’Association québécoise des Salons du livre dénombre une dizaine de rendez-vous annuels, dont ceux de Montréal, Québec, de la Côte-Nord, de l’Estrie et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le temps investi dans les salons du livre, elle souhaite maintenant le consacrer à ses proches. « Aujourd’hui, je préfère prendre ce temps pour le passer en famille et auprès de mon conjoint, faire des activités avec mes proches », mentionne-t-elle, avant d’ajouter que si elle vivait de son écriture, elle « n’aurait pas ce problème ».

La Grandbasiloise dénonce un autre aspect du monde littéraire : « Il y a un côté toxique à l’écriture. C’est un hobby, une activité très solitaire; un domaine sympathique, mais très compétitif. Beaucoup de bouquins se retrouvent sur le marché; c’est difficile de se distinguer dans cette masse. La comparaison entre chacun d’entre nous n’est jamais bien loin, surtout sur les réseaux sociaux, avec la reconnaissance, le nombre de ventes, les prix obtenus… » Elle poursuit : « Mon problème est plutôt de concilier la vie de famille, le travail et l’écriture. Équilibrer les trois, sans avoir l’impression d’en négliger un, représentait un gros défi. Sans doute aurait-ce été plus facile si j’avais pu vivre de mon écriture, mais rares sont les écrivains qui y parviennent… Quant à la toxicité qui provient de la compétition, où chacun essaie simplement de trouver sa place, l’effet qu’elle avait sur moi était plus dû à mon caractère qu’à tout autre facteur externe. Me comparer aux autres auteurs me gâchait le plaisir que j’aurais dû retirer d’avoir réalisé le rêve d’être publiée. »

Cette semaine, l’écrivaine est au Salon du livre de Montréal, en séances de dédicaces du kiosque AdA, ce vendredi 22 novembre (de 18 h à 22 h), le samedi 23 novembre (de 9 h à 11 h et de 13 h à 17 h), ainsi que le dimanche 24 novembre (de 11 h à 16 h).

Un peu plus d’une semaine après, elle prendra part au 9e Grand Salon des auteurs jeunesse québécois de l’École Jacques-Rocheleau, dans son patelin de Saint-Basile-le-Grand. Elle y sera pour les deux jours que dure l’événement, les 4 et 5 décembre, et proposera une animation aux enfants en classe. « Mes derniers salons », dit-elle.

« Avoir eu le bonheur d’être publiée, de participer à des salons et de recevoir des commentaires de lecteurs m’a indéniablement transformée. Je ne regrette aucun instant de cette aventure, même si certains passages ont été éprouvants. Je passe à autre chose, mais j’ai le sentiment du devoir accompli. Je devais explorer ce volet créatif de ma personnalité, et c’est fait. Je suis immensément reconnaissante aux éditions AdA, un bon tremplin pour les nouveaux auteurs, de m’avoir ouvert les portes de ce monde », conclut-elle.

QUESTION AUX LECTEURS :

Que pensez-vous de la décision de Marie-Chantal Plante?

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