Lulu Hughes sur disque 

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Par Frank Rodi
Lulu Hughes sur disque 
Après 12 ans d'absence, Lulu Hughes revient sur disque. (Photo : (Photo : Laurence Labat))

Lulu Hughes revient sur disque 12 ans après son précédent effort. La chanteuse de Saint-Bruno-de- Montarville vient de faire paraître Built Near the Water, un quatrième album en carrière et son projet le plus personnel. 

Pour Lulu Hughes, ce nouvel opus est l’occasion de repartir à zéro. « J’ai été 12 ans sans faire d’album. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. La maladie, la mortalité, la pandémie… Ce nouveau disque représente le renouveau, la renaissance », commente d’emblée Lulu Hughes. 

Depuis sa dernière parution, Lulu Hughes & the Montreal All City Big Band (2010), l’artiste a fait face à bien des combats personnels. À trois reprises, elle a reçu un diagnostic de cancer. Puis sa mère est décédée d’un cancer incurable.  

« Ce nouveau disque représente le renouveau, la renaissance. » – Lulu Hughes   

En entrevue, elle confie qu’avec le temps, durant cette longue pause, le doute s’était emparé d’elle. La crainte aussi. « Je n’étais pas sûre de revenir. Avant de faire l’album, je n’étais pas certaine d’avoir encore ça en moi. Je me demandais si j’allais retrouver la capacité d’écrire. J’avais peur d’avoir perdu ma plume. J’avais peur de ne pas être en mesure de livrer la marchandise », confie-t-elle. 

Le public, lui, souhaitait son retour sur disque. Les gens abordaient la chanteuse en ce sens. Souhaitaient entendre de nouvelles chansons. « Ça me fatiguait. Puis, à un moment, j’ai juste arrêté de penser, arrêté d’avoir peur. Je me suis donné un coup de pied au cul et me suis lancée! Au final, j’ai retrouvé la passion. La réponse est bonne et ça fait du bien! »

Built Near the Water

Au sommet de son art, l’auteure-compositrice-interprète propose un opus de 10 plages lumineuses et inspirantes, et ce, malgré tout ce qu’elle vient de traverser. « J’étais rendue là. Je ne suis plus dans tout ça : la dépression, la maladie… je suis sortie guérie. Je n’avais pas le goût d’aller dans des affaires trop lourdes. Je suis sereine et dans un très bon état d’esprit », affirme-t-elle. La palette musicale de Built Near the Water ratisse large et fait un clin d’œil aux diverses influences de Lulu Hugues et à ses racines, du rock au soul en passant par la pop et le country.  

Le disque, qui s’écoute bien d’un bout à l’autre et à plusieurs reprises, est disponible exclusivement sur le site de l’artiste (luluhughes.ca), en formats coffret CD, coffret vinyle et version numérique. « On ne fait pas d’argent avec ça. Mais pas du tout. C’est bien beau joindre la planète, mais il y a beaucoup d’injustice avec les plateformes numériques. C’est ridicule. Si l’on veut vivre de notre affaire, il faut commencer quelque part et le faire de nous-même », plaide Lulu Hughes, qui dit faire confiance à son fanbase. « On devrait pouvoir couvrir les frais de l’album. » Cette nouvelle production permet de renouer avec le timbre de voix de cette artiste qui participe parfois à En direct de l’univers ou encore à Belle et Bum. Ici, elle s’est entourée d’un groupe de collaborateurs chevronnés pour donner vie à ses textes et à ses musiques. Son frère et complice Rick Hughes, chanteur du groupe Sword, entre autres. Parmi les 10 nouvelles chansons, I Miss You et If ont été composées il y a quelque temps, en 2006-2007. « Il y a longtemps que je les avais dans ma poche. » 

Sa mère, un monument

Deux autres pièces, Who’s Gonna Love Me, qui ouvre l’album, et Somebody Up There, qui le termine, permettent à Lulu Hughes d’évoquer le souvenir de sa mère disparue. Sur la première, elle traite avec émotion de sa relation privilégiée avec cette femme qui lui a fait découvrir la musique. « C’était une femme extraordinaire. Un gros monument. Une chanteuse. C’est grâce à elle si ses enfants sont devenus des artistes. Elle nous a permis, nous a encouragés à aller là. Je voulais lui rendre hommage », raconte la Montarvilloise. Le sujet est aussi évoqué dans Somebody Up There, une pièce signée par Rick Hughes et interprétée en duo par Lulu et Rick.    

Les amateurs reconnaîtront aussi une reprise des Bee Gees, How Can You Mend a Broken Heart. C’est la première plage qui a été enregistrée pour le disque. Quand on lui demande pourquoi avoir choisi ce succès, la femme répond que ça représente l’état dans lequel elle se trouvait quand elle a accompagné sa mère durant son cancer. En français, le titre veut dire « Comment peux-tu réparer un cœur brisé? ». Elle précise : « Ce n’était pas facile. C’était surtout beaucoup de peine. Je me sentais ainsi, j’avais envie de réparer mon cœur. C’est aussi une chanson que l’on a écoutée avec nos parents, à l’époque. »

Dans la très belle Flames, sur laquelle la guitare rappelle Chris de Burgh et le début de Spanish Train, la mère de famille parle de sa vision du monde; un appel à la solidarité et à l’entraide, faisant écho aux événements depuis mars 2020. 

Lulu Hughes souhaite partir en tournée avec son nouvel opus. Un spectacle de 90 minutes avec ses nouvelles pièces, des reprises et des titres de ses albums précédents. Le 23 mars 2019, l’artiste se produisait au Centre Marcel-Dulude, à Saint-Bruno, avec Lulu Sings Janis, un hommage à Janis Joplin. Le diffuseur Roger Lacoste, aujourd’hui à la retraite, des Productions du 16, avait réservé cet événement dans la programmation 2018-2019. Un beau souvenir, puisque « c’est l’fun, jouer dans son patelin! ». Pourrait-on la revoir au cours de sa future tournée? « C’est sûr et certain que j’aimerais ça! Mais encore faut-il que la Ville achète le show. Saint-Bruno, c’est comme les irréductibles Gaulois. Ils font ce qu’ils veulent. Ils sont indépendants. Ils ne font pas partie du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ). Ça change la donne… » Le message est lancé.   

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