L’Ukraine se rencontre à Saint-Bruno

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Par Frédéric Khalkhal
L’Ukraine se rencontre à Saint-Bruno
L’ACR a eu l’idée de regrouper une trentaine d’Ukrainiens de la région pour faire connaissance. (Photo : Frédéric Khalkhal)

L’Action communautaire pour les réfugiés de Saint-Bruno / Saint-Basile a servi d’entremetteur, samedi, pour faire se rencontrer les Ukrainiens arrivés récemment dans la région.

Les regards en disaient long en voyant les premiers arrivants de la journée s’asseoir à la table des invités. L’Action communautaire pour les réfugiés de Saint-Bruno / Saint-Basile (ACR) avait pris l’initiative de rassembler un maximum d’Ukrainiens arrivés récemment dans la région pour qu’ils se rencontrent entre eux, pour qu’ils se sentent moins seuls dans leur douleur.

Le plan était de se rassembler samedi, autour d’un pique-nique aux abords de l’église de Saint-Bruno, mais la pluie s’est invitée au rendez-vous et le sous-sol de l’église a été l’endroit de repli.

Prêt à rester
Il a fallu une petite demi-heure pour voir la salle se remplir de la trentaine d’Ukrainiens arrivés depuis peu à Saint-Bruno, ou dans d’autres villes voisines, toujours accompagnés de leur famille d’accueil au Québec. « Ils ont hésité à venir, car ils avaient peur de replonger dans le passé de la guerre en revoyant d’autres Ukrainiens ayant vécu la même chose », nous explique la belle-fille d’Olena, 62 ans, et Sergil, 73 ans, les parents de sa conjointe venus directement de Sumy, une ville à 30 km de la frontière russe. Sumy a connu les assauts des troupes de Vladimir Poutine dès le début de la guerre. « Les combats ont commencé à Sumy le 24 février. La mère d’Olena y est encore, à 83 ans, et souhaite y rester. Olena et sergil se sentent coupables d’être ici, au Québec. Ils ont appris qu’ils ont perdu leurs deux chiens et savent que leurs quatre chats sont dans la nature. C’est très dur pour eux. »

Quand on pose la question au couple, s’il désire passer désormais leur vie au Québec, les deux répondent avant toute chose qu’ils souhaitent « remercier Stéphanie et Jean-François – un couple de Saint-Bruno-de-Montarville – qui nous ont accueillis comme si nous étions leur famille. Ils nous ont logé, ils ont meublé l’appartement dans lequel on loge désormais. Stéphanie, c’est comme ma fille », explique avec beaucoup de gratitude Olena. Ce qu’ils souhaitent, ce serait voir la guerre se terminer, mais ils n’y croient pas. « Nous allons refaire notre vie ici, au Québec. Plus rien n’est sûr en Ukraine. Si la guerre s’arrête, qui dit qu’elle ne reprendra pas plus tard? »

Leur fille habite aux États-Unis et, avec sa conjointe de Saint-Bruno, elle a estimé que Sergil et Olena seraient mieux installés au Canada. « Je leur ai acheté un appartement à Saint-Bruno, et Stéphanie et Jean-François ont été d’une générosité incroyable en les accueillant et en aidant mes beaux-parents. Ils les ont équipés en totalité, alors que nous étions aux États-Unis. Quand nous sommes arrivées à Saint-Bruno, nous avons été très émues de voir toute cette générosité. Ils font désormais partie de la famille », explique-t-elle.
En aménageant dans leur nouvel appartement, le couple a profité de cette tranquillité retrouvée pour refaire toute la pelouse et planter des fleurs tout autour. « Ce qui m’a le plus impressionné en arrivant à Saint-Bruno c’est toute cette verdure », se rappelle Sergil. Une végétation qui a du mal à se faire remarquer sous les bombardements à Sumy.

« J’étais fatiguée d’aller au sous-sol pour nous protéger. Alors, je suis venue au Canada. » – Tanya

La jeunesse loin de Kyiv
Tanya a moins d’une trentaine d’années. Elle est venue seule au Canada et au Québec pour être accueillie les bras ouverts par Jean-Philippe Ménard et Marie-Josée Casaban, de Longueuil. « Au début, on participait à un groupe sur Facebook pour aider les Ukrainiens qui arrivaient. Puis on a vu que Tanya cherchait un endroit où loger. On s’est dit que ce n’était pas possible de laisser cette jeune fille seule. Alors, on est entrés en contact avec le site 4ukraine.ca. Il y a eu un contrôle de sécurité, pour savoir qui nous étions, et nous avons ensuite accueilli chez nous Tanya le 18 mai. Elle est adorable. Nous lui servons de béquille, si elle a besoin de nous. »
Comme tous les Ukrainiens, Tanya arrive au Canada en laissant derrière elle famille et souvenirs. « Je vivais à Kyiv avec toute ma famille. Nous nous étions réfugiés en Pologne avec ma mère, qui a voulu retourner à Kyiv. Mais il n’y a pas de place au calme dans cette ville. J’étais fatiguée d’aller au sous-sol pour nous protéger. Alors, je suis venue au Canada. C’est le premier pays auquel j’ai pensé », explique la jeune femme en anglais. Elle commencera, à l’automne, des cours de francisation. Elle a déjà trouvé un emploi à Montréal, elle qui a un master en management.

En attendant, une chose la marque depuis qu’elle est arrivée : « la paperasse » pour régulariser sa situation. Mais la famille Ménard n’est jamais loin.
M. Ménard indique que dans le groupe Facebook des familles d’accueil de la Montérégie, il y a environ 290 personnes qui sont prêtes à héberger des Ukrainiens dans la région et qu’une centaine ont déjà reçu cette aide au logement.

Campagne de financement
Guy Gagnon, membre de l’ACR, se réjouissait d’avoir pu organiser cette journée. « Il y a beaucoup de familles d’accueil aujourd’hui pour les Ukrainiens. On veut être présents pour les soutenir et leur donner accès à notre réseau, que l’on a eu l’occasion de construire au moment de l’accueil des réfugiés syriens. On accueille aujourd’hui une trentaine d’Ukrainiens, mais on sait que plusieurs autres familles arriveront à Saint-Bruno. Jusqu’à présent, on peut compter sur une générosité incroyable des citoyens. En février, nous acheminions en Ukraine un camion de biens essentiels rempli de dons et nous avions récolté 4000 $. »

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, et parce que les besoins sont encore immenses, l’ACR a lancé une campagne de financement. Il est possible de faire un don par chèque, payable à la Paroisse Saint-Bruno, avec la mention UKRAINE en bas du chèque. Il est possible de faire parvenir sa contribution au 1668, Montarville, Saint-Bruno-de-Montarville, J3V 4P8. Il est possible aussi d’effectuer un transfert électronique à l’adresse suivante : www.unitesaintbasilesaintsbruno.org.

Pour la Ville de Saint-Bruno, Marc-André Paquette, du district 8, représentait la Municipalité, venu avec ses enfants. Du côté de Saint-Basile-le-Grand c’est Martin Leprohon, conseiller du district 2, qui s’était déplacé. Enfin, Stéphane Bergeron, député fédéral de Montarville, était représenté par Pascal Guilbault, son attaché parlementaire.
Pour traduire les discours de soutien des politiques aux nouveaux arrivants, Sergey Olishevsky, habitant la ville depuis 12 ans, s’est proposé, lui qui a fait aussi venir une partie de sa famille, comme nous le mentionnions en mai. Le journal l’avait rencontré pour l’occasion.
Après les premiers échanges autour d’un verre de vin et de plats québécois, la glace s’est finalement brisée, les numéros de téléphone se sont échangés, et ni Olena ni Sergil ne regrettaient d’être venus.

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