L’Ukraine à Saint-Bruno

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Par Frank Rodi
L’Ukraine à Saint-Bruno
Le journal a rencontré Sergey Olishevsky, un Ukrainien d’origine établi à Saint-Bruno. (Photo : Frank Jr Rodi)

C’est de Saint-Bruno-de-Montarville que Sergey Olishevsky et sa femme regardent l’horreur qui se déroule en Ukraine, d’où ils sont originaires.

Ils sont seuls au Québec. Ils craignent pour leurs familles restées dans leur pays envahi par l’armée russe.

Au moment d’écrire ces lignes, Sergey Olishevsky a rempli la documentation pour que sa sœur et son neveu viennent au Canada. Elle est enceinte et attend un deuxième enfant.

« Au début, elle ne voulait pas partir. Mais une semaine après, elle m’a demandé de les accueillir. Même si les villes dans lesquelles nos familles habitent ne sont pas bombardées, c’est dangereux. Il y a une menace de crise humanitaire à venir partout. Ça va être la merde pour plusieurs mois », illustre M. Olishevsky, dont la ville natale est Khorochiv, dans la région de Jytomyr.

« J’aurais aimé donner cette entrevue dans d’autres circonstances. » – Sergey Olishevsky

Le mari de sa sœur, cependant, ne pourrait pas les accompagner. En Ukraine, la mobilisation générale pour les hommes de 18 à 60 ans a été décrétée. Il ne peut pas quitter le pays. Le Montarvillois souhaiterait aussi que ses parents se réfugient ici. « Ils sont très courageux. Mon père a 72 ans. Ma mère vient d’avoir 66 ans. Ils sont plus vieux, ils ont vécu. Ils ne veulent pas quitter leur résidence. »

Des réfugiés

Le 6 mars 2020, Sergey Olishevsky avait rempli des papiers pour accueillir sa famille et lui faire visiter « notre belle province ». Demande qui est restée vaine, en raison de la pandémie. Près de deux ans plus tard, le 2 mars 2022, l’homme a rempli un formulaire, cette fois pour une raison bien différente. « Maintenant, la raison de ma demande, c’est pour qu’ils ne perdent pas la vie. Leur vie est en grand danger, dans les conditions d’action militaire causées par l’invasion de l’armée russe en Ukraine. Ils ne viendraient pas en tant que visiteurs, mais comme réfugiés. »

Choqué. C’est le terme que Sergey Olishevsky utilise pour décrire son sentiment lorsqu’il a vu les premières images provenant d’Ukraine, dans la nuit du 23 au 24 février. « Le président russe nous menace depuis plusieurs années. On sentait les tensions, l’odeur des menaces. J’étais choqué parce que cette fois, personne ne peut le croire. »

« C’est la guerre »

C’est en confinement et épuisé que M. Olishevsky a su, tôt jeudi matin, que son pays était attaqué. Leur jeune garçon avait ramené la COVID-19 de la garderie quelques jours plus tôt. « Nous avons travaillé de la maison pendant deux semaines. Un petit garçon de trois ans et demi exige beaucoup d’attention. J’étais épuisé. Vers 22 h, je me suis endormi. Pendant la nuit, je me suis réveillé quelques fois. Ma femme ne dormait pas. Elle consultait son cellulaire. Quand je me suis réveillé à 6 h, elle m’a dit que c’était la guerre, que plusieurs villes de l’Ukraine avaient été bombardées. J’ai perdu ma langue. Je ne pouvais rien répondre. J’étais paralysé. C’était exactement le scénario que M. Biden a décrit à tout le monde. »

Sergey Olishevsky et sa femme ont immigré au Canada il y a 11 ans. D’abord à Montréal. Le couple s’est ensuite installé à Saint-Bruno en 2018, à la suite de la naissance de son fils. La ville de Saint-Bruno avait été reconnue pour sa qualité de vie. « Nous aimons le ski alpin. C’est une ville très verte. Nous avons décidé que c’était la meilleure option pour que notre fils grandisse », note celui qui détient, avec sa femme, des doctorats en microbiologie.

Avant d’arriver au Canada, ils ont habité et fait leurs études à Kyiv, la capitale de l’Ukraine, « une ville deux fois plus grande que Montréal, d’environ trois millions d’habitants, très belle, très pittoresque, avec une histoire impressionnante de 1600 ans ». Ils sont partis parce qu’ils avaient, entre autres, « épuisé [leur] potentiel scientifique ».

« Nous sommes les Ukrainiens »

« J’aurais aimé donner cette entrevue dans d’autres circonstances, admet-il. Maintenant, tout le monde connaît l’Ukraine. Je sais qu’il y a quelques années, plusieurs personnes ne pouvaient pas dire où ce pays se trouve. Tout le monde nous associait aux Russes. Non, nous sommes les Ukrainiens! Nous devons utiliser chaque opportunité pour parler de cette tragédie. Pour partager ma douleur avec tout le monde. »

En Ukraine, « l’armée russe attaque. Ne laisse que de la terre et des pierres. Transforme les villes et les villages en ruines », déplore-t-il, des sanglots dans la voix.

M. Olishevsky est persuadé que plusieurs participeront à envoyer des dons afin de venir en aide à son peuple. Qu’ils vont « sûrement raconter à leurs enfants que notre monde n’est pas parfait, qu’il y a beaucoup d’injustice, mais qu’il y a des gens qui font tout pour l’améliorer. En ce moment, mon peuple meurt pour la démocratie du monde entier ».

Une famille à rencontrer

Son fils n’a encore jamais vu sa famille élargie d’Ukraine, sauf sur écran. « Il sera un vrai Québécois. Du haut de ses trois ans, il corrige notre français, parfois! Je suis fier que mon fils soit Québécois et Canadien. Mais nous lui expliquons nos origines, ses racines, sa culture. Ce qui se passe là-bas. Il a son drapeau d’Ukraine. Un jour, si tout va bien, il rencontrera sa tante, son cousin, ses grands-parents. Ils viendront passer du bon temps ici. Nous prendrons en charge leur séjour. Puis, mon beau-frère rejoindra sa famille. Ils vont tous contribuer à l’économie du Québec », souhaite M. Olishevsky.

Dernière heure

Avant de mettre sous presse, lundi, M. Olishevsky nous a écrit. Ses parents, sa sœur et son fils de 11 ans sont actuellement à Varsovie, la capitale de la Pologne. Son beau-frère est resté en Ukraine pour rejoindre les forces militaires ukrainiennes. Les membres de la famille de sa femme sont dans leur ville natale, Pyriatyn, en Poltava, parce qu’ils craignent d’aller à l’ouest. « Sur les routes, des troupes russes terrorisent les civils. Ils attendent que les autorités municipales et régionales organisent l’évacuation et des corridors verts pour les civils », annonce le Montarvillois.

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