Les traiteurs « bûchent » pour Noël

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Les traiteurs « bûchent » pour Noël
Avant l’annulation des rassemblements de Noël par le gouvernement, les sœurs Langlois croulaient sous les commandes.

La nouvelle est tombée jeudi passé : Les rassemblements de Noël sont annulés, et avec eux, de nombreuses commandes qui avaient été faites auprès des traiteurs, le sont également. Le journal a sondé le marché pour en mesurer l’impact sur les services de traiteurs de la région, qui ont déjà lancé leur production.

Les pâtisseries et boulangeries interrogées se déclaraient débordées en cette période de préparation pour Noël. Elle rapportaient à l’unanimité que malgré la pandémie, et depuis l’annonce du gouvernement autorisant les célébrations, elles maintenaient un nombre très satisfaisant de ventes qui ne ferait qu’augmenter. Force a été de constater qu’en quelques jours, tout peut changer, puisqu’elles semblent avoir déchanté depuis.

Un avant et un après

Dès le 1er novembre, les traiteurs de la région se lançaient dans la production de gâteaux de six à huit portions. Le journal s’était entretenu avec la cheffe Marie-Ève Langlois et sa sœur, Vanessa Langlois, pour qui les commandes de bûches déferlaient à la suite du lancement de leur nouveau service de confection de gâteaux à Sainte-Julie. Très vite, Marie-Ève était victime de son succès et disait « adieu aux fins de semaine jusqu’à Noël ». Aujourd’hui, avec la plus récente annonce gouvernementale, les deux sœurs admettent qu’elles redoutent une baisse des commandes. « On n’a pas eu d’appel hier soir. On va pouvoir mesurer l’impact de la nouvelle au cours des prochains jours et semaines, mais on se demande ce qui va se passer. Notre impression est que les gens vont quand même prendre les bûches et aller en apporter à leurs proches, ou en acheter pour eux-mêmes. On se dit que c’est ce qu’il nous reste, de pouvoir gâter sa petite famille. »

« La moitié de nos clients annulent leurs commandes. » – Roxane Kobloth

Des annulations en série

Certains expliquent qu’avec la débandade des derniers jours, les clients ont annulé la plupart des quelques commandes sur lesquelles ils comptaient. C’est le cas du Vignoble Kobloth à Saint-Bruno, qui offre un service de traiteur et des produits du terroir. Roxane Kobloth se désole de constater que déjà avant l’annonce, la moitié de ses clients ont annulé leurs réservations. « On a eu plusieurs commandes de clients, dont Loto-Québec Célébration, puis ils ont annulé à la dernière minute. La moitié de nos clients annulent leurs commandes. » Elle indique que sinon, les commandes viennent surtout des petites entreprises. « On a élaboré un menu de Noël en livraison pour des mini-groupes et des repas thématiques pour le temps des fêtes. » L’entreprise compte notamment sur le démarchage qu’elle fait auprès des épiceries.

De gros à petit

Constatant un engouement pour les petites pâtisseries, les traiteurs et pâtissiers ont plutôt adapté leur offre à la demande pour les petites confiseries, proposant plutôt des portions individuelles pour les amateurs de paniers cadeaux, qui cette année leur apportent plus de succès que leurs spécialités des Noëls passés.

Du côté de Bonbon Collections, on affirme que « suite à l’annonce du gouvernement pour les fêtes, les commandes affluaient ». Son directeur général et co-fondateur, Geoffrey Vande Weerdt, explique que c’est toujours achalandé en novembre et décembre, mais qu’avec la COVID, on commandait beaucoup moins de grands gâteaux pour une douzaine de personnes, même lorsque les rassemblements de Noël étaient encore permis. « Il faut dire que nous avons plus le profil d’une usine de production que celui d’un commerce local. Ce sont les petites pâtisseries qui constituent le volume de nos ventes. » Il confirme l’intérêt marqué pour les pâtisseries de moins grande envergure, car elles s’offrent facilement et n’ont pas à être réservées pour de grandes occasions. Depuis l’annonce du gouvernement, l’entreprise mise sur la promotion des produits qui se glissent facilement dans les bas de Noël.

Les commerçants espèrent qu’à défaut de s’approvisionner en boustifaille de banquet pour une dizaine de personnes, on voudra se rabattre sur de « petites gâteries et surprises » que l’on pourra laisser devant la porte de nos êtres chers.

Ni hausse, ni baisse

Chez Pains et Saveurs, àSaint-Bruno, on offre  le prêt-à-manger, et on dit avoit été « très occupés » mais n’avoir remarqué ni baisse ni hausse des ventes par rapport aux années passées. La copropriétaire, Yolanda Gallo, estime qu’il est trop tôt pour dire si la tendance s’est accentuée ou a diminué avec la pandémie. « Tout le monde s’y prend en général à la dernière minute. Pour l’instant c’est normal, on s’attendait à cet achalandage de la période des fêtes. »

À la Boulangerie Pâtisserie Bec Sucre de Saint-Basile, « on travaille très fort, comme à chaque année pendant le temps des fêtes ». On n’y souffre pas non plus d’une baisse d’intérêt pour les produits qui serait liée à la crise sanitaire.

Sauvés par le « corpo » ?

Vanessa Langlois explique qu’elle et sa sœur ont remarqué une explosion des demandes corporatives. « On veut des produits gourmants, des cadeaux corporatifs pour gâter ses employés, tout le monde en veut pour la semaine du 14 décembre. » Le marché corporatif serait probablement ce qui pourrait sauver la mise aux traiteurs, alors que les mariages, réceptions, marchés de Noël, salons d’exposition et grosses fêtes de famille, qui habituellement représentent une partie significative de leur chiffre d’affaires, sont abolis par les mesures anti-COVID-19.

À la Chocolaterie Heyez de Saint-Bruno, on prépare aussi beaucoup de produits pour le milieu corporatif.

Noël en famille

Des familles du territoire ont confié au journal que même sans l’annonce du gouvernement, elles comptaient éviter les rassemblements à plusieurs maisonnées. Une minorité d’entre elles confessent qu’elles auront du mal à changer leur programme et à éviter de se réunir avec les proches habituellement éloignés. Une maman grandbasiloise qui vient d’avoir son premier enfant n’entend, quant à elle, pas priver son fils d’un premier Noël en compagnie du reste des proches. « On va recevoir mon beau-frère et ses  trois enfants les 23 et 24 décembre. On va aussi aller chez mes parents avec ma sœur, ses enfants et mon oncle ! C’est le premier Noël de mon fils et on voit déjà mes parents quelques fois par semaine, alors je ne me priverai pas pour Noël. »

Noël au pays

Selon les résultats d’un sondage publiés par la Société de recherche-conseil intégrée CROP, ce sont 60 % des Québécois qui prévoyaient déjà ne pas se réunir en dehors des membres de leur foyer, entre le 19 et le 24 novembre. Les résultats d’un récent sondage mené par la firme Léger, publiés le 1er décembre dernier, révèlent que 71 % des Canadiens ont révisé leurs plans pour le congé des fêtes en raison de la pandémie, que 45 % des Canadiens craindraient d’être exposés à la COVID-19 lors des rassemblements en zone où ils sont autorisés, et 60 % d’entre eux seraient en faveur de l’abolition totale des rassemblements réunissant des personnes qui ne sont pas du même foyer.

Question aux lecteurs :

Comment comptez-vous passer Noël ?

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