Les snowbirds, partiront, partiront pas

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Par Frank Rodi
Les snowbirds, partiront, partiront pas
La Montarvilloise Raymonde Fortin voyage jusqu'en Floride chaque année. (Photo : courtoisie)

COVID-19

Selon un récent sondage de CAA-Québec, plus de 90 % des snowbirds se disent inquiets de la gestion de la pandémie de COVID-19 par les Américains. Néanmoins, plus de la moitié de ces voyageurs espèrent toujours aller passer la saison hivernale à la chaleur.

Malgré la peur d’une deuxième vague qui s’installe, la fermeture des frontières et les dangers liés au coronavirus, 54 % des répondants de ce sondage estiment probable qu’ils partiront cet hiver.

 À Saint-Bruno-de-Montarville, ils sont quelques-uns qui, normalement, quitteraient le Québec d’ici quelques semaines pour aller passer l’hiver dans le sud. Mais cette année, la COVID-19 chamboule tout sur son passage, même la routine des snowbirds. C’est le cas entre autres de Raymonde Fortin et de Francine Bergevin, que le journal Les Versants a questionnées sur le sujet.

Raymonde Fortin

Depuis une dizaine d’années, la Montarvilloise Raymonde Fortin s’évade vers le sud pour fuir l’hiver québécois. Son conjoint et elle demeurent sur la côte ouest de la Floride, à Naples, sur le bord du golfe du Mexique. « Un authentique petit coin de paradis où nous trouvons beaucoup plus qu’une météo agréable », décrit Mme Fortin.

Actuellement, le couple réfléchit sur l’idée d’un éventuel retour au sud, et ce, depuis mars dernier, lorsqu’il a été contraint de revenir précipitamment. « Mais plus le temps passe, plus notre enthousiasme diminue, confie Raymonde Fortin. Il est évident que les frontières devraient d’abord être ouvertes, mais il y a beaucoup plus. »

« Nos espoirs s’amenuisent. » -Raymonde Fortin

La voyageuse évoque entre autres le dossier des assurances, « d’une importance primordiale » en raison des coûts pour une hospitalisation aux États-Unis. « Il faut ajouter que l’absence de vaccin présente aussi un facteur majeur qui vient freiner nos projets. De plus, la pitoyable gestion de la pandémie et la désolante performance de Donald Trump à tous égards nous font nous questionner sur la possibilité de retourner passer nos hivers dans le sud », ajoute Mme Fortin.

Avant d’aller se réchauffer au sud des États-Unis, elle et son conjoint passaient des mois en Europe. « Nous serions certes encore tentés de le faire, mais la situation n’est guère plus rassurante de ce côté de l’Atlantique », reconnaît-elle

Francine Bergevin

Pour leur part, Francine Bergevin et son conjoint quittent le Québec pour la majeure partie de la saison froide depuis plus de 10 ans. En Asie et en Océanie pendant quatre ans pour deux ou trois mois. Mais depuis six ans, le duo s’enfuit aux États-Unis; en Arizona, mais surtout en Floride. Francine Bergevin raconte : « Nous avons même acheté une maison à Boynton Beach il y a deux ans. Je crois sincèrement que l’hiver est plus difficile quand on vieillit. J’ai toujours dit qu’on allonge notre vie en allant à la chaleur l’hiver! »

Mais en pleine pandémie qui ne s’estompe pas, les choses ne sont plus les mêmes pour les snowbirds. Francine Bergevin est à même de le constater. En contexte de pandémie et de frontière fermée entre le Canada et les États-Unis, la Montarvilloise admet qu’elle « vit une grande déception, pour deux raisons majeures ». Elle précise sa pensée : « Je vais vivre au froid, je n’ai plus vraiment l’habitude. Et je ne pourrai pas jouer au golf. »

Comme le mentionne Mme Bergevin, ce n’est pas seulement un problème américain. Peu importe la destination, la crise sanitaire mondiale fait en sorte que tout déplacement devient compliqué.
« Au début, je me disais si on ne peut pas aller en Floride, on ira passer trois mois en Espagne ou au Portugal. Cette possibilité ne tient pas la route dans le contexte actuel. On va rester au Québec. Ce sera un hiver plus culturel; plus de lecture, plus de peinture et aussi plus de webinaire. J’ai aussi entamé des démarches pour fournir de l’aide aux devoirs et aux leçons par Facetime à une école primaire et aussi à une école secondaire. Je fais toujours beaucoup de marche, alors j’exploiterai le mont Saint-Bruno. »

Le retour précipité du mois de mars

La pandémie qui a frappé l’Amérique en mars dernier est venue changer les plans du couple de Raymonde Fortin, qui a dû plier bagages et rentrer au Québec plus tôt que prévu. « Nous sommes revenus de Floride trois semaines plus tôt que prévu, devant la menace grandissante de la COVID-19 et du peu de cas qu’en faisaient nos voisins du sud. Notre fils est médecin à Maisonneuve-Rosemont et il nous a appelés le 8 mars pour nous dire que dans les deux semaines à venir, la situation deviendrait absolument intenable aux États-Unis », raconte Raymonde Fortin.

Questionnée par Les Versants, Francine Bergevin se souvient du mois de mars 2020 : « Nous étions en Floride. C’est mon conjoint qui a commencé par dire «Je n’aime pas ce que
j’entends». J’étais plutôt insouciante, je ne voyais pas vraiment la gravité de la situation. On devait revenir en avion le 18 avril; nous sommes revenus en auto le 13 mars. Un trajet un peu spécial de deux jours, sans aucun repas au restaurant, mais un très gros lunch. Les gants de latex pour prendre de l’essence et les lingettes pour désinfecter les chambres d’hôtel. Le 15 mars, on a été enfermés pour deux semaines; des âmes charitables ont fait nos courses. »

Un mince espoir… et les élections

Toutes deux espèrent encore, peut-être, avoir l’occasion d’aller passer quelque temps au soleil du sud d’ici le printemps prochain. Mais, plus le temps passe, et plus l’espoir est mince. « Quoi qu’il en soit, 2020 est hors de question. Encore récemment, si nous anticipions que février, mars et/ou avril 2021 pourraient s’avérer plus propices, actuellement, nos espoirs s’amenuisent. Les résultats de l’élection [américaine] de novembre viendront aussi peser dans la balance », indique Raymonde Fortin. Puis, ce commentaire de la part de Francine Bergevin : « Je veux entretenir un peu l’espoir d’aller en Floride, peut-être en mars et en avril. Comme c’est notre maison, on peut y aller quand on veut. Assurément, on craint la pandémie et aussi le climat politique. D’ailleurs, nous n’irions pas avant l’Inauguration Day, soit l’investiture du président en janvier. »

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