Les élus de minuit moins une

Par Marianne Julien
Les élus de minuit moins une

Le 21 mars dernier avait lieu le Sommet municipal – Résilience Climat de l’Union des municipalités (UMQ), où les dirigeants des villes ont discuté de leurs responsabilités face aux changements climatiques.
La mairesse de Sainte-Julie et présidente du Comité sur les changements climatiques de l’UMQ, Suzanne Roy, résume ce Sommet avec les mots de Catherine Potvin, professeure du département de biologie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en changements climatiques et en forêt tropicale : « Nous sommes la génération du minuit moins une en termes de changements climatiques. »
Elle explique : « On réalise maintenant que le temps est compté et on le constate parce qu’on n’a jamais vu cette participation et cette réaction aux derniers Sommets. Les gens ont vraiment compris l’urgence d’agir et qu’il faut être porteur du changement dans nos villes. »
Le Sommet s’est d’ailleurs tenu quelques jours après la Marche pour le climat, où environ 150 000 jeunes ont parcouru les rues de Montréal, ainsi que celles d’autres villes, comme Saint-Basile-le-Grand. « Nos enfants nous disent quelque chose, on a le devoir d’agir maintenant pour leur avenir. »
Aujourd’hui, plusieurs villes sont touchées par les changements climatiques, telles que Gatineau, qui a subi des inondations majeures, une canicule et une tornade seulement en 2018, ou Matane, dont la population vit les conséquences de l’érosion des côtes.

« Avec l’hiver qui vient de passer, on ne peut plus dire que les changements climatiques n’ont pas d’impacts sur nos opérations quotidiennes. » – Suzanne Roy

« Avec l’hiver qui vient de passer, on ne peut plus dire que les changements climatiques n’ont pas d’impacts sur nos opérations quotidiennes, que ce soit le déneigement ou l’état de nos infrastructures », ajoute la mairesse.
Prévoir l’imprévisible
Au Sommet, il a été question de résilience, c’est-à-dire la capacité des municipalités à faire face aux conséquences des changements climatiques. « Les villes ont l’obligation de se mobiliser, de mettre en place des plans d’intervention face aux changements climatiques, souligne Suzanne Roy. Il faut être résilients par rapport à ce que le climat va nous faire endurer, que ce soit la chaleur, la glace, les inondations, etc. »
On demande donc aux élus de prévoir l’imprévisible. « On va faire face à des variations et des mouvements extrêmes, il nous faut donc mettre les outils en place pour on ne sait quoi encore, corrobore le maire de Saint-Bruno, Martin Murray. Mais il faut aussi être conscients qu’on ne peut pas tout prévoir. »
À Gatineau, on a aussi fait appel à la responsabilité des élus pour mettre en place des mesures d’atténuation, afin que les actions et les façons de vivre aient une empreinte moins importante sur l’environnement. Comme beaucoup des gaz à effet de serre sont générés par le transport, Suzanne Roy estime qu’il faut prioriser la mobilité active, l’électrification des transports et de la machinerie, ainsi que la qualité de l’eau potable et de l’air.
Le maire de Saint-Bruno est d’ailleurs allé présenter la Politique de ville nourricière au rassemblement d’élus afin d’en inspirer certains à favoriser une économie circulaire moins dommageable pour l’environnement.
En troisième lieu, l’UMQ a tenu à souligner le rôle de sensibilisateur auprès de la population qu’endossent les villes. « Nous devons travailler à mobiliser les gens et leur donner envie de changer leurs habitudes de vie avec nous », de dire la mairesse de Sainte-Julie.
Martin Murray croit effectivement que c’est sur le long terme, que c’est sur la modification des habitudes de vie qu’il faut agir : « Il faut faire des changements qui perdurent, des changements profonds et la solution est en chacun de nous, dans notre mode de vie. Et on devra accompagner nos citoyens dans ces changements, il faudra penser à leur capacité. »
Première ligne de défense
D’après Suzanne Roy, les municipalités sont en première ligne lorsqu’il est question d’adaptation aux changements climatiques; toutefois, l’aide financière des gouvernements supérieurs est requise. Selon une étude sur les coûts d’adaptation au changement climatique de Groupe Agéco, la facture liée à l’adaptation aux changements climatiques pourrait atteindre quatre milliards de dollars pour l’ensemble des municipalités.
« Chaque inondation qu’on va éviter parce qu’on va avoir modifié les infrastructures, c’est des compensations que les gouvernements n’auront pas à débourser. Ce n’est jamais bien sexy, la prévention, ça ne se calcule à peu près pas, mais dans la vraie vie, cela représente des économies », soutient la mairesse.
Il n’est donc pas attendu que les municipalités y arrivent seules, mais bien avec la collaboration de leur population et des paliers supérieurs.

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