Le point de vue de Renée Beaulieu

Le point de vue de Renée Beaulieu

La réalisatrice et scénariste Renée Beaulieu, de Saint-Basile-le-Grand.

Crédit photo : Marie-Ève Rompré

Cinéma québécois

Le film Les salopes ou le sucre naturel de la peau prend l’affiche en salles aujourd’hui, 2 novembre. À la caméra, au scénario, à la production et au montage, la Grandbasiloise Renée Beaulieu.

Diplômée en scénarisation de l’Institut national de l’image et du son (INIS), et Ph. D. en études cinématographiques, Renée Beaulieu s’est servi d’un constat pour la prémisse de son film Les salopes ou le sucre naturel de la peau. « Mes études en scénarisation cinématographique et au doctorat m’ont permis de réaliser que la femme n’était pas présentée adéquatement dans le cinéma québécois ni dans le cinéma en général », mentionne Renée Beaulieu, jointe au téléphone par Les Versants.

Selon elle, les rôles principaux sont campés majoritairement par des hommes au cinéma populaire. « La présence des femmes est, quant à elle, surtout recherchée pour leurs atouts physiques. Elles sont alors jeunes et généralement, sans enfant. J’ai voulu faire un film qui renverserait ces stéréotypes », explique-t-elle à propos de sa vision de réalisatrice.

« Mes études […] m’ont permis de réaliser que la femme n’était pas présentée adéquatement dans le cinéma québécois ni dans le cinéma en général. » – Renée Beaulieu

À travers son scénario, amorcé en 2011, Renée Beaulieu a souhaité faire de la femme et sa sexualité le sujet de son long-métrage, et non l’objet. En tant que réalisatrice, elle s’était donné le défi de filmer la sexualité des femmes selon leur regard.

En résulte un personnage principal féminin assumé en Marie-Claire, une chercheuse en dermatologie, mère, mature, intellectuelle, indépendante financièrement, attirante et qui prend plaisir à la sexualité pour son propre bénéfice. C’est la comédienne Brigitte Poupart qui a décroché le rôle, et les scènes intimes qui accompagnent son personnage. « J’avais besoin et je voulais pour mon film une comédienne qui aurait l’audace d’endosser ce rôle. Brigitte Poupart a été un choix déterminant. »

Aussi de la distribution, le comédien Normand D’Amour, qui avait tenu le rôle principal, en 2015, dans le premier film de Renée Beaulieu, Le Garagiste. « J’ai été très reconnaissante de sa participation dans Le Garagiste. Je tenais à lui donner un rôle. C’est un bon acteur, avec lequel il est facile de travailler. C’était approprié de le rentrer dans la distribution », affirme la cinéaste.

Quand on lui demande à qui s’adresse son film, la Grandbasiloie répond qu’il concerne un public général, pour tous les adultes. « Je ne visais pas seulement les femmes. C’est vraiment pour les hommes aussi. » Mais Les salopes ou le sucre naturel de la peau est-il une critique adressée au milieu du cinéma? « Oui, entre autres, mais pas exclusivement. Je demande aux cinéastes de porter un regard différent. Il faut aussi que les femmes expriment leur point de vue, parce qu’en ce moment, il y a d’énormes différences », de poursuivre la seule réalisatrice québécoise représentée au Festival international du film de Toronto 2018 en cinéma de fiction.

Elle soutient que dans son corpus sur le cinéma populaire québécois, établi de 1985 (Le déclin de l’empire américain) à 2013 (Louis Cyr), seules deux femmes tenaient un rôle principal. « Parmi les 26 films les plus vus durant ces années, à deux reprises, ce sont des femmes qui ont eu un rôle important, et encore, il ne s’agissait pas de femmes fortes : Alys Robi et Jeanne dans Incendies.

Pharmacienne diplômée, elle a scénarisé, réalisé et produit plusieurs courts-métrages, écrit aussi pour la télévision, le théâtre et publié des nouvelles et de la poésie. Elle enseigne la scénarisation et la production cinématographique à l’Université de Montréal. « Je suis fière d’avoir été jusqu’au bout de mon projet. J’avais fait des choix radicaux, difficiles à assumer, à porter, mais qui m’ont permis un tournage challengeant. Ça m’a plu d’aller là où je souhaitais. Le film semble bien reçu par la critique… cela facilite ma fierté davantage! »

QUESTION AUX LECTEURS :
Irez-vous voir le nouveau film de Renée Beaulieu?

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