Le deuil, selon Valérie Carreau

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Par Frank Rodi
Le deuil, selon Valérie Carreau
L’auteure de Saint-Bruno-de-Montarville Valérie Carreau. (Photo : Justine Latour)

Le nouveau livre de Valérie Carreau, Nos morts, oscille entre le récit et le roman, bascule entre l’autobiographie et la fiction. Pour l’écrivaine de Saint-Bruno-de-Montarville, ce fut l’occasion d’aborder sa crainte de la mort et la place du deuil dans le temps et la mémoire.

D’abord, il faut savoir qu’en 2006, Valérie Carreau a vécu la douloureuse épreuve de ceux qui perdent un nouveau-né. Laurence est décédée des suites d’une maladie cardiaque. Jamais elle n’a quitté l’hôpital où elle est venue au monde.

« Je me suis intéressée à comment se vit le deuil dans la durée, après 20, 30, 70 ans… Les gens morts restent-ils en vie pour nous, ou bien nous disparaissons, tous? » -Valérie Carreau

Pour expliquer la genèse de Nos morts, Valérie Carreau raconte que neuf ans après le décès de son enfant, elle a essayé, à partir de ses écrits personnels de l’époque, des faits et des dates, de « recomposer l’histoire de la courte vie de Laurence, afin de raviver mes souvenirs ».

« Laurence avait quitté notre monde depuis neuf ans, elle avait déjà commencé à s’effacer de la réalité, et le fait de penser qu’elle s’effaçait maintenant de ma mémoire — la mémoire de sa mère — m’a fait réaliser que j’allais disparaître un jour de la mémoire des autres, et que j’emporterais alors Laurence avec moi dans l’oubli », peut-on lire sur la quatrième de couverture. Une idée terrible, selon la femme, qui décide d’aller à la rencontre de gens, de connaissances, d’amis, qui ont comme elle vécu le trépas d’un proche. « Après le temps qui passe, ce n’est plus douloureux. J’ai intégré cela il y a 10 ans environ. Le souvenir se transforme; qu’advient-il des visages après 20 ans, de la voix de la personne disparue? », se questionne la Montarvilloise.

En entrevue avec Les Versants, la jeune femme soutient qu’au-delà de son désir de parler de Laurence, ce récit a été rédigé afin de lui permettre d’aborder sa crainte de la mort. Une peur qui remonte bien plus loin que le décès de sa fille : « Ce n’est pas l’élément déclencheur, mentionne Valérie Carreau. Ce sont des questionnements que je me pose depuis plus longtemps, à savoir le sens de la vie… »

Un devoir de maîtrise

Valérie Carreau travaille actuellement sur sa maîtrise en littérature. Elle était à la recherche d’un sujet, une problématique pour sa maîtrise : « Je me suis intéressée à comment se vit le deuil dans la durée, après 20, 30, 70 ans… Les gens morts restent-ils en vie pour nous, ou bien nous disparaissons, tous? » Dans son récit, l’écrivaine se penche aussi sur la mémoire liée à la mort, ce qu’on laisse au moment de notre décès, le legs, la mémoire du disparu. « Le roman est la partie création de ma maîtrise sur l’écriture et le deuil », indique-t-elle.

L’auteure insère une partie fiction à la fin de son récit en évoquant ce « lieu », un endroit qui lui permet de déposer ses morts quelque part et de leur assurer une « certaine façon de survivre ».

Quand on demande à celle qui a écrit le roman Une mère exceptionnelle si la rédaction de sa plus récente œuvre lui a permis de vaincre sa crainte, Valérie Carreau estime que cela n’est pas réglé à 100 %. « C’est une démarche qui aurait pu être faite sans avoir perdu Laurence; elle aurait été cependant différente. Par contre, j’ai appris que plus on en parle, moins il y a de mystère, et plus on apprivoise cette crainte. Bien que ce ne soit pas encore tout à fait réglé, je suis davantage en paix avec moi-même qu’avant l’écriture de Nos morts », constate- t-elle.

L’importance de l’écriture

C’est à partir de ses journaux intimes, qu’elle remplit depuis l’âge de neuf ans, que Valérie Carreau a réussi à mettre en page Nos morts. Notamment grâce au journal qu’elle avait mis dans ses bagages lorsqu’elle s’est dirigée vers l’hôpital pour donner naissance à Laurence. « Finalement, ce cahier m’aura servi pendant les trois semaines passées à l’hôpital au chevet de mon enfant », dira celle qui est aujourd’hui maman de deux autres jeunes filles, venues au monde après leur sœur Laurence. Chaque année, en famille, ils soulignent son anniversaire près d’un pommier dans la cour. « Dans mes journaux, j’inscris les moments importants de ma vie; mes réflexions, mes projets en cours, mes notes… J’ai toujours fait ça. Mettre les choses par écrit, ça permet d’organiser sa pensée, cerner ce que je ressens. » L’une de ses filles, inspirée de sa mère, noircit aussi des pages de ses journaux.

Valérie Carreau a une formation en journalisme et a déjà été pigiste. Par contre, la création l’intéressait davantage que le travail de journaliste. Un jour, elle a pris part à un concours de nouvelles dans le journal Voir. Elle a continué l’écriture à temps partiel et grâce à une subvention du programme Jeunes volontaires, elle a terminé le recueil de nouvelles La huitième gorgée. Ses trois titres ont été publiés aux éditions Marchands de feuilles.

QUESTION AUX LECTEURS :

Quelle est votre plus grande crainte?

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