L’ASTROLab contacté par Saint-Bruno

Photo de Frédéric Khalkhal
Par Frédéric Khalkhal
L’ASTROLab contacté par Saint-Bruno
Le Ville de Saint-Bruno a consulté l’ASTROLab du mont Mégantic au sujet de ses lampadaires aux DEL qu’elle a commencé à installer. (Photo : Frédéric Khalkhal)

Pour la première fois, l’ASTROLab a répondu aux questions de la municipalité sur les propriétés de l’éclairage aux DEL.

L’installation des lumières DEL par la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville a été stoppée pour effectuer quelques vérifications.

Sébastien Giguère, responsable de l’éducation au parc national du Mont-Mégantic, ASTROLab du Mont-Mégantic réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic (la première au monde), propose ses services aux municipalités qui désirent s’informer sur les lampadaires aux DEL.

« Selon la norme BNQ, les meilleures pratiques se situent avec des DEL de 1800 à 2000 K, mais elle propose un compromis à 3000 K. » – Sébastien Giguère

Quelques renseignements

« Nous proposons aux Villes une formation payante sur ce qu’il faut savoir sur ces lumières, mais nous répondons également bénévolement à certaines questions que les municipalités peuvent se poser », indique M. Giguère, qui s’est entretenu avec Les Versants .

Le spécialiste n’hésite pas à donner comme exemple Sherbrooke, qui s’est équipée de lumière DEL ambrée en respectant les meilleures pratiques édictées dans la norme québécoise BNQ. Une norme écrite avec la participation de l’ASTROLab. « Sherbrooke utilise des lumières ambrées dans la Ville, mais des lumières blanches à 3000 K dans certains endroits comme pour les passages piétons. Le contraste est intéressant en termes de sécurité. »

Premier contact

Quant au cas de Saint-Bruno-de-Montarville, M. Giguère le connaît bien pour en avoir parlé récemment avec la Ville par vidéoconférence. « Ce n’était pas une formation qui a été demandée. J’ai simplement répondu à leurs interrogations. Par contre, c’était la première fois qu’une telle demande de la Ville a été faite, contrairement à ce que laissait entendre la Ville de Saint-Bruno. Il semblait qu’on utilisait le nom de l’ASTROLab pas de manière appropriée. »

M. Giguère a ainsi abordé avec la municipalité les cinq critères qu’il était important de regarder dans un plan d’éclairage. « Les besoins, l’intensité, l’orientation, la couleur et la durée. Selon la norme BNQ, les meilleures pratiques se situent avec des DEL de 1800 à 2000 K, mais elle propose un compromis à 3000 K. C’est moins pire que des 4000 K. » Le choix est toujours fait en fonction de la lumière bleue que projette le lampadaire. « C’est le pire ennemi, car c’est elle qui a le plus d’impact sur le cycle circadien et qui se diffuse le plus dans l’atmosphère. Mais elle a certain avantage, comme celui d’améliorer la détectabilité des cibles mouvantes comme dans les entrées des hôpitaux, dans les stations essences… Certaines Villes aux États-Unis ont reculé avec l’installation de DEL 4000 K sur leur côté esthétique. Elle donnait une ambiance de prison dans les rues. »

Les vieilles lumières au sodium diffusent 8 % de lumière bleue, les DEL 3000 K, 20 %. « C’est clairement un recul. Dans la réserve, nous avons des DEL ambrées qui diffusent 2 % de lumière bleue avec des DEL de 1800 et 2000 K, c’est moins que les lampes au sodium. »

L’éblouissement

À Saint-Bruno, les premières DEL dans certaines zones, comme sur le chemin des Hirondelles, avaient une puissance de 84 watts. « C’est vraiment intense. Avoir une intensité de 20 à 30 watts, c’est exemplaire si les DEL sont bien dirigées. Le wattage a une influence sur l’éblouissement, mais ce n’est pas l’unique facteur. À Saint-Bruno, il semble y avoir un enjeu particulier sur le modèle des DEL utilisées. » Autre problématique, c’est que la lumière bleue est captée plus facilement par le cristallin de l’œil et surtout sur celui des personnes âgées, ce qui peut poser un problème d’éblouissement supplémentaire.

Après la discussion que M. Giguère a eue avec la Ville, « il semblerait qu’il n’y ait pas eu d’analyse photométrique pour installer les lampadaires. Ce travail est assez dispendieux. » La Ville nous indique qu’elle a cependant bien effectué cette analyse afin de bien disposer les lampadaires. Cepednant, au moment de la rédaction de l’article, cette dernière n’avait toujours pas remis l’analyse photométrique au journal.

Certaines Villes ont procédé à des achats regroupés comme Saint-Basile-le-Grand. « Cela représente beaucoup d’avantages, mais il y a aussi des inconvénients. L’appel d’offres a été octroyé par l’entreprise Energère, mais cette dernière ne propose pas de solution qui répond aux meilleures pratiques de la norme BNQ. Il y a un point de vue environnemental intéressant d’utiliser la lumière DEL, mais l’argument fondamental aujourd’hui est de sauver de l’argent pour les municipalités. Il y a des gens bien intentionnés, mais c’est un sujet complexe pour les municipalités.

Déjà des plaintes

Plusieurs personnes se sont déjà plaintes des nouvelles installations qui produisent « un halo de lumière éblouissant. C’est dangereux. C’est comme si une voiture nous mettait les lumières hautes », avance une citoyenne. Un autre s’interroge toujours de la volonté absolue d’avoir de la lumière blanche plutôt que de la lumière ambrée. « Est-ce que ça posait un problème de ne pas avoir de la lumière blanche avant? Il y a des Villes qui utilisent de la lumière ambrée, pourquoi pas ici? »

Nous avons constaté par nous-mêmes la différence qu’il peut y avoir dans ces différents éclairages. Au croisement du rang des Vingt et du boulevard Trinité, il est possible de voir l’éclairage à DEL de Saint-Bruno et de Saint-Basile ainsi que les anciennes ampoules jaunes. Le constat est flagrant, les lumières de Saint-Bruno sont bien plus éblouissantes que chez les deux autres.

La lumière bleue

Les effets des lumières DEL ont fait l’objet de plusieurs études et d’autres sont en cours. La limite, haute en termes de luminosité, a été fixée à 3000 K par la Toronto Public Health. Plus récemment, l’agence publique française responsable de la sécurité sanitaire (ANSES) a émis une série de recommandations afin de limiter l’exposition de la population à la lumière riche en bleu. L’agence rappelle l’importance de privilégier des éclairages domestiques de type « blanc chaud », une température de couleur inférieure à 3000 K.

Le problème des ampoules DEL, c’est qu’elles produisent de la lumière bleue ayant pour effet d’inhiber la sécrétion chez l’humain de la mélatonine, favorable au sommeil. Ainsi, selon plusieurs études, y être exposé trop longtemps la nuit peut entraîner des troubles du sommeil et impliquer des problèmes de santé. Les écrans d’ordinateur équipés de lumière DEL sont déconseillés avant le sommeil, surtout pour les enfants, qui ont un œil filtrant moins bien la lumière bleue.

Le maire fait une différence entre les lumières DEL à la maison et celles dans les rues. « Nous restons attentifs aux études qui sont faites sur le sujet. Mais il faut faire attention entre la lumière que l’on utilise chez soi et dans les rues. On ne passe pas la nuit en dessous des lampadaires. L’éclairage entre 1800 et 3000 K semble avoir les mêmes effets. Si d’autres études disent le contraire, alors on m’a indiqué qu’il était toujours possible d’y mettre des filtres. »

Quant aux filtres, l’ANSES met en garde les utilisateurs contre l’efficacité très variable des filtres pour écrans et autres verres de lunettes « antilumière bleue ».

Une lampe DEL, ou diode électroluminescente, est un dispositif à semi-conducteur (diode) qui permet la transformation d’un courant électrique en rayonnement lumineux.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des