L’album passé inaperçu de Caroline Auger

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Par Frank Rodi
L’album passé inaperçu  de Caroline Auger
La Montarvilloise Caroline Auger a aussi écrit deux romans, dont Les sacrifiées de Lomé. (Photo : archives)

Une courtepointe pour Chehab

Le plus récent livre de Caroline Auger, Une courtepointe pour Chehab, est presque passé inaperçu lors de sa parution, en mars dernier. L’album jeunesse est aujourd’hui en nomination pour le prix Mélèze 2021.

Une courtepointe pour Chehab, un album jeunesse illustré par Jean-Luc Trudel, a été publié chez Bayard jeunesse. Le bouquin a atterri chez les libraires le 9 mars. Moins d’une semaine avant que le Québec ne soit mis sur pause en raison de la COVID-19. Un lancement était aussi prévu. « Disons que mon livre est tombé dans la craque, vraiment! Il n’a pas reçu la visibilité ni la promotion qu’il mérite. Je crois que ça vaut la peine de lui donner un coup de pouce. Renaud-Bray lui avait attribué son Coup de cœur », mentionne Caroline Auger, à qui l’on doit aussi les romans Les sacrifiées de Lomé (2018) et Les hyènes rôdent toujours (2017).

« Je crois que ça vaut la peine de lui donner un coup de pouce. Renaud-Bray lui avait attribué son Coup de cœur. » -Caroline Auger

L’histoire

Après avoir fui la guerre, Chehab et son père ont emménagé dans leur pays d’accueil. La jeune fille appréhende sa première journée d’école. Avec son toutou Uruk, un chameau philosophe qui la conseille, Chehab se sent en confiance. Mais en classe, l’enfant ne comprend pas ce que disent les autres écoliers. Leur curiosité à son égard et leurs rires la poussent à s’enfuir. À son retour, elle découvre une grande courtepointe composée des visages et des noms de chacun de ses petits camarades. Et en plein centre, un seul carton à compléter : le sien. « C’est important pour moi que ce livre soit lu, parce que ça parle d’empathie et de la capacité à se mettre à la place des autres. Il y a aussi un lien avec le contexte actuel; il y a des tensions culturelles. Ça ne doit pas être facile, être immigrant », plaide Caroline Auger, qui a abordé le sujet avec sa fille, ses neveux et, par la suite, d’autres enfants. « Pour qu’ils soient plus avertis. »

Pour transcrire en mots Une courtepointe pour Chehab, Caroline Auger s’est inspirée de son expérience personnelle – une famille venue d’ailleurs qui a immigré ici, à Saint-Bruno – afin d’évoquer « en douceur » l’intégration des immigrants. « Ça demande beaucoup d’efforts de se mettre à la place de l’autre, dans la peau de l’autre. Juste pour essayer d’apprendre notre langue si complexe. »

Confinement et enseignement

Quand on lui demande pourquoi avoir attendu tout ce temps pour se manifester afin de promouvoir son bouquin, la Montarvilloise répond que la pandémie en est la principale raison. « Ma carrière principale, c’est l’enseignement. Je suis enseignante au secondaire. C’est ce qui occupe le plus mon temps. J’ai dû m’adapter aux cours en ligne pour joindre mes élèves, mais aussi suivre mes enfants dans leur apprentissage. Ce n’est que récemment que je me suis dit que je devais m’occuper de mes albums. C’est un livre qui doit exister, sinon c’est triste », précise Caroline Auger.

D’ailleurs, malgré trois titres à son actif et une certaine reconnaissance du milieu, Caroline Auger ne se considère pas encore comme une écrivaine. Elle est d’abord maman et professeure. « L’écriture est un passe-temps », dira-t-elle. C’est-à-dire que pour compléter ses histoires, elle rédige surtout l’été pendant les vacances scolaires, la fin de semaine et lors de congés. Il lui a fallu environ trois ans pour qu’Une courtepointe pour Chehab aboutisse.

Quand on lui demande pourquoi elle écrit, la mère de famille répond que c’est une question de passion. « Pour certaines de mes amies, c’est la course, pour moi, c’est l’écriture. Je partage cette passion avec ma fille; nous aimons nous faire lire nos histoires. »

Votre fille vous a-t-elle aidée à écrire l’histoire de Chehab? À cette question, Caroline Auger ajoute : « Indirectement, oui, elle m’a aidée. Ma fille est une bonne lectrice, une bonne juge, aussi. Elle écrit également. Cette passion de l’écriture, qui fait partie de moi, je la lui ai transmise. »

Finaliste au prix Mélèze

Une courtepointe pour Chehab est en nomination au prix Mélèze 2021 parmi neuf autres parutions. « Je suis très touchée, parce que c’est un bel album », commente-t-elle. Les honneurs collent à la peau de Caroline Auger. Pour chacun de ses titres, l’auteure est considérée pour une distinction. Son bouquin Les sacrifiées de Lomé a d’ailleurs décroché le prix des enseignants de français (ANEL-AQPF) pour l’année 2019 dans la catégorie 13-18 ans. « [Ce prix] m’a touchée, car il venait de mes pairs, les enseignants de français », évoque la lauréate. Puis son premier roman, Les hyènes rôdent toujours, a été finaliste au prix Cécile-Gagnon, récompensant les premières œuvres de la relève en littérature pour la jeunesse, ainsi qu’au prix Bernadette-Renaud, primant des œuvres de fiction pour la jeunesse. C’est presque devenue une tradition…
« J’aimerais ça, bien que je n’écrive pas pour être primée!, dit-elle en entrevue avec Les Versants. Mais c’est flatteur, encore plus quand ça vient du milieu littéraire, parce que l’on travaille fort. Les reconnaissances ne sont pas faciles à obtenir pour les écrivains. »

Le prix Mélèze couvre les courts miniromans et les documentaires avec un maximum de 100 pages ou les livres d’images plus avancés, un texte plus gros avec des images, un vocabulaire et des temps de verbe plus simples. C’est l’Association des bibliothèques de l’Ontario, par son programme Forêt de la lecture, qui souhaite mettre de l’avant le plaisir de la lecture pour tous les âges. La partie francophone comprend trois catégories, dont celle du prix Mélèze (jeunes de 8 ans et plus), qui proposent les meilleurs crus de la littérature jeunesse canadienne. Les lauréats seront annoncés au printemps 2021 à l’occasion du Festival de la lecture.

Mentionnons que Louis Émond, l’écrivain jeunesse de Saint-Bruno-de-Montarville, a déjà vu son album illustré La belle histoire d’une vieille chose parmi les finalistes au prix Tamarac Express 2018 (aujourd’hui le prix Mélèze).

Quant à la suite de sa carrière littéraire, Mme Auger précise: « J’ai un roman qui devrait sortir au printemps et qui se nommera Le cartel du poisson. Ce sera un policier, chez Bayard. J’ai aussi plusieurs autres récits inachevés, qui n’attendent que l’été pour être terminés! »

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