L’Agence spatiale canadienne impliquée dans le télescope James Webb

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Par Frank Rodi
L’Agence spatiale canadienne impliquée dans le télescope James Webb
Le Montarvillois Erick Dupuis. (Photo : archives)

Plusieurs scientifiques canadiens seront parmi les premiers à étudier les données recueillies par le télescope spatial James Webb, dont le lancement est prévu cet automne. Le journal Les Versants a abordé le sujet avec le directeur du développement de l’exploration spatiale au sein de l’Agence spatiale canadienne, le Montarvillois Erick Dupuis.

Cet observatoire spatial permettra d’étudier chaque phase de l’histoire de l’univers.

Le télescope James Webb est le fruit d’une collaboration internationale entre la NASA, l’Agence spatiale canadienne, basée à Saint-Hubert et à quelques minutes de Saint-Bruno-de-Montarville, et l’Agence spatiale européenne. « Avant de dire ce que ce lancement représente pour l’Agence spatiale ou bien pour le pays, j’irais même plus large encore. Ce que ça représente pour l’humanité, c’est important! », commente d’emblée Erick Dupuis.

Le Canada fournit au télescope un instrument scientifique et un détecteur de guidage, deux éléments importants. Le détecteur de guidage de précision permettra au télescope de cibler les objets d’intérêt et de faire la mise au point dessus. « Il faut comprendre qu’une infime erreur de partage de cet instrument devient une erreur gigantesque à l’autre bout », explique Erick Dupuis, qui compare la mesure à l’équivalent d’un cheveu de bébé vu à un kilomètre de distance. L’imageur dans le proche infrarouge et spectrographe sans fente (NIRISS) aidera à étudier plusieurs types de corps célestes tels des exoplanètes et des galaxies lointaines. « C’est l’aboutissement d’années d’efforts », ajoute M. Dupuis.

« Il scrutera les confins de l’univers. » – Erick Dupuis

Le télescope James Webb est le digne successeur de Hubble, en fonction depuis 1990. « James Webb sera le télescope spatial le plus puissant et le plus complexe de tous les temps. Son lancement permettra de l’envoyer vers une destination, le point de Lagrange L2 (une destination à 1,5 million de kilomètres de la Terre), l’autre côté de la Lune. Il scrutera les confins de l’univers », illustre Erick Dupuis, qui évoque « l’observation d’un passé lointain pour mieux comprendre la formation de l’univers, des galaxies, des étoiles… ».

Parmi les observations prévues, on pense aux premières lueurs après le big bang, à la formation des systèmes planétaires aux conditions favorables à la vie ou encore à l’évolution du système solaire. Ce que l’observatoire spatial pourra accomplir est une nouvelle étape dans le domaine de l’astronomie, dans la compréhension de l’univers et de la place que nous y occupons.

Collaboration canadienne

Pour la collaboration canadienne au projet, annoncée le 30 mars, de nombreux scientifiques du pays seront parmi les premiers à étudier les données recueillies avec cet observatoire révolutionnaire. Parmi les demandes sélectionnées, il y a 10 chercheurs principaux, dont Loïc Albert, Olivia Lim et Stefan Pelletier, de l’Université de Montréal, ainsi que Lisa Dang, de l’Université McGill. Puis 72 contributions de cochercheurs basés au Canada seront aussi de l’expérience. « Grâce à nos instruments, le Canada est allé chercher un temps d’observation équivalent à 5 % », note M. Dupuis.

Au total, la NASA a annoncé que 286 demandes de temps d’observation ont été retenues pour la première année d’exploitation. « Ce qui me tient à cœur, poursuit le directeur du développement de l’exploration spatiale de l’Agence spatiale canadienne, c’est l’inspiration que génèrent chez nos jeunes de telles aventures. Si ça peut les motiver à poursuivre leurs études, c’est non seulement bénéfique pour la société, mais aussi pour notre futur. »

Ingenuity s’envole sur Mars

D’autre part, rappelons que la NASA a testé Ingenuity sur Mars. Ingenuity, le petit hélicoptère de la NASA, accompagne le rover Perseverance, dont l’arrivée sur la planète rouge remonte au 18 février dernier. D’abord un premier vol de 39 secondes, à une altitude de 3 mètres. « Un vol absolument magnifique! », s’est-on écrié à la NASA. Puis une deuxième envolée quelques jours plus tard, cette fois d’une durée de 52 secondes. Et d’autres essais ensuite. De son côté, Erick Dupuis parle d’un exploit accompli par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA. « Ça ouvre de nouvelles possibilités, mentionne le Montarvillois. Ceci étant dit, le vol d’un hélicoptère sur Mars est un énorme défi étant donné que l’atmosphère martienne a à peu près 1 % de la densité de l’atmosphère terrestre. Il sera toujours difficile d’y soulever des charges de plus de quelques grammes. »

Il reprend : « Vous savez, pour des projets de la sorte qui font avancer l’humanité, j’aime répéter que l’on bâtit des cathédrales. On pose les pierres à un édifice dont on ne verra jamais l’aboutissement. Ce n’est pas frustrant, au contraire. Il faut comprendre que chaque étape et chaque contribution personnelle font avancer les choses. Voir le travail ainsi, pour les scientifiques, c’est gratifiant », conclut-il.

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