Guerre, paix et justice

Guerre, paix et justice

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » – Carl Von Clausewitz

« La guerre est donnée; la paix il faut la faire. C’est ce qui donne raison aux pacifiques, sans donner tort aux militaires. » – André Comte-Sponville

 

Nous avons tous été frappés par les horreurs commises par le groupe armé « État islamique » (EI) qui sévit depuis plusieurs mois en Syrie et en Irak. Ce qui se passe actuellement en Irak n’est certainement pas étranger à la guerre illégale menée les États-Unis dès 2003 sur ce territoire. Mais au-delà des considérations géopolitiques et historiques qui pourraient nous aider à comprendre ce qui se produit actuellement au Moyen-Orient, la question de la justification morale de la guerre peut être soulevée. En effet, on peut en toute légitimité s’interroger sur la possibilité qu’une intervention militaire soit justifiée et la philosophie s’intéresse à cette question depuis longtemps.

Grossièrement, nous pouvons dire que trois thèses s’affrontent lorsqu’il est question de la guerre : le pacifisme, le réalisme et la théorie de la guerre juste (TGJ).

Le pacifisme soutient que toutes les guerres sont mauvaises d’un point de vue moral et qu’en aucun cas on ne peut les justifier. Le réalisme soutient plutôt que le politique, dans lequel s’inscrit la guerre, ne relève pas du champ de la morale. Les fins poursuivies par les États s’inscrivent dans la simple logique de la défense de leurs intérêts. Finalement, la théorie de la guerre juste soutient que la guerre, bien que terrible et jamais souhaitable, peut parfois être justifiée.

Des philosophes s’interrogent depuis longtemps sur la guerre et le droit international. Que ce soit Saint-Thomas d’Aquin, Machiavel, Grotius, Hobbes, Pufendorf, l’Abbé de Saint-Pierre ou Kant, tous ont écrit sur ces questions cruciales. Plus récemment, c’est le philosophe américain Michael Walzer qui a remis au jeu cette approche suite à la publication de son ouvrage Guerres justes et injustes (1977).

Pour Walzer, la guerre est toujours soumise à un double jugement : on doit déterminer si elle est légitime, mais on doit aussi évaluer la conduite des militaires durant le conflit armé. Pour déterminer si la guerre est légitime, on réfère généralement au droit d’un État à la légitime défense. Plus récemment, le droit d’ingérence pour des raisons humanitaires s’est aussi développé pour justifier certaines interventions (le génocide du Rwanda en 1994 aurait pu être évité selon certains si des armées étaient intervenues). Quant à la conduite des troupes au cours d’un conflit, l’immunité des non-combattants et la proportionnalité de la riposte sont les deux principaux critères d’analyse.

La TGJ est souvent critiquée en raison de l’instrumentalisation qu’en font les États à des fins propagandistes. Hitler, par exemple, a défendu le caractère juste de l’intervention en Pologne, de même que Poutine lors de l’annexion illégale de la Crimée à la Russie plus tôt cette année. Ce qui fait dire à certains que la première victime de la guerre c’est la vérité.

Dans le cas de l’EI, ne pas intervenir c’est accepter que des crimes de guerre et des atrocités se produiront à nouveau. À l’inverse, une intervention militaire massive aura nécessairement des répercussions et personne ne peut en prévoir l’issue. Il faut aussi se demander si la guerre est le type d’intervention qui est le plus susceptible d’améliorer la situation. Entre l’inaction et l’entrée en guerre, il y a parfois d’autres actions plus pertinentes à envisager.

La paix est toujours souhaitable et elle devrait être l’objectif de tous les États. Cependant, le pacifisme est démuni face à la violence de ceux qui ne l’ont pas adopté et peut provoquer un mal pire que celui qu’il cherche à combattre en s’opposant à toute guerre. La guerre est une situation limite pour les humains qui y sont confrontés et c’est pourquoi elle ne devrait jamais être prise à la légère.

Suggestions de lecture

Michael Walzer, Guerres justes et injustes, Folio essais, Gallimard, Paris, 2006.

Christian Nadeau et Julie Saada, Guerre juste et injuste – Histoire, théories et critiques, PUF, Paris, 2009.

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