Gérard Filion:la vie publique à Saint-Bruno et la Commission Parent (Deuxième partie)

Gérard Filion:la vie publique à Saint-Bruno et la Commission Parent (Deuxième partie)

« Installé à Saint-Bruno depuis à peine deux ans, et au Devoir comme directeur depuis peu, Gérard Filion reçoit par la poste un pli cacheté… » Ainsi se terminait la première partie de l’histoire de Gérard Filion. Ce pli cacheté, reçu en 1947, le convoque à une assemblée des commissaires d’école de Saint-Bruno. Impossible de se désister et il deviendra commissaire. Il vient de se mettre « Les pieds dans les plats… pédagogiques », comme il le dit dans ses mémoires, « Fais ce que peux ». Cette fonction sera la première marche qui le mènera à la Commission royale d’enquête sur l’éducation, communément appelée « la Commission Parent ». Et ce n’est pas tout, la mairie de Saint-Bruno l’attend!

Les commissions scolaires

En 1945, la famille Filion s’installe à Saint-Bruno. Deux ans plus tard, quelle n’est pas la surprise de monsieur Filion de recevoir ce pli cacheté qui le convoque à une assemblée des commissaires d’école de Saint-Bruno! Il a l’obligation d’y assister et s’il refuse sans raison valable d’exercer une fonction, il est passible d’amende! Il devient commissaire d’école, tandis que le président de la commission scolaire locale est le curé Gilles Gervais. Comme à l’époque le curé est souvent président de la commission scolaire, c’est une pratique courante de tenir généralement les réunions mensuelles au presbytère, raconte Gérard Filion dans ses mémoires. Le curé Gervais est connu dans tout le canton pour la qualité de sa cave à vin, qui compte quelques milliers de bouteilles, de fabrication domestique. Ce fait suscite encore de nos jours l’évocation de très bons souvenirs pour plusieurs citoyens de la municipalité. Gérard Filion écrit : « Une fois le bien-être intellectuel et la santé morale des enfants assurés, les délibérations sérieuses se poursuivaient dans la cave. Heureusement que les murs sont discrets… » Mais toute bonne chose a une fin. 

À Saint-Bruno, la population grandit et la commission scolaire de la campagne demande l’annexion. Cette fusion ne se fait pas sans heurts et représente beaucoup de travail. La charge devient trop lourde pour le curé, qui démissionne. Gérard Filion est élu président de la municipalité scolaire de Saint-Bruno-de-Montarville.

Le projet de régionalisation de l’enseignement secondaire est dans l’air, porté par l’Association des commissions scolaires du diocèse de Saint-Jean, dont M. Filion est, là aussi, président. Ceci le conduira à la vice-présidence de la Fédération provinciale. Après plusieurs années d’efforts et la venue d’un nouveau gouvernement, en 1962 se tient la première réunion de la première Commission scolaire régionale, celle de Chambly, dont Gérard Filion deviendra le président.

Vers la fin des années cinquante, il avait beaucoup écrit, surtout dans le Devoir, sur les questions scolaires. Il avait aussi publié, en 1960, une brochure intitulée Les Confidences d’un commissaire d’école, tirée à 15 000 exemplaires. Un succès!

En 1963, faute de temps, il doit quitter le réseau des commissions scolaires, car il est à mettre sur pied la Société générale de financement. Six mois après son départ, il apprendra par les journaux que l’école nouvellement construite portera désormais son nom. « Trop tard pour protester », écrit-il.

La Commission Parent

Toutes ces activités autour de l’éducation ne manquèrent pas d’attirer l’attention de Paul Gérin-Lajoie, ministre de la Jeunesse. En mars 1961, ce dernier invite Gérard Filion à faire partie de la Commission royale sur l’enseignement. Monseigneur Alphonse-Marie Parent, ancien recteur de l’université Laval, en est le président, tandis que M. Filion occupera la vice-présidence. Le rapport paraîtra en cinq volumes. Après le premier, sa participation aux travaux sera beaucoup moins assidue, car il est à créer la SGF. La Commission Parent a créé le ministère de l’Éducation, dont le titulaire sera Paul Gérin-Lajoie, ainsi que le Conseil supérieur de l’éducation, écartant ainsi le clergé de la direction pédagogique du système scolaire québécois. Elle a redéfini complètement les structures et les programmes de l’éducation afin de la rendre accessible à tous, souhaitant, à long terme, la gratuité scolaire jusqu’à l’université. Les travaux se terminent en 1964.

La mairie

À la mi-janvier de 1960, Marcel Dulude et autres notables viennent voir Gérard Filion et le supplient presque de se présenter à la mairie. Il finit par accepter et le premier février, il se retrouve maire de Saint-Bruno. Depuis une dizaine d’années, Saint-Bruno connaît une explosion démographique. Profitant du désordre et de la confusion, les spéculateurs et constructeurs développent d’une façon anarchique. « Il était urgent de mettre un terme au vandalisme d’un des plus beaux coins de la région montréalaise », écrit M. Filion. Il se familiarise rapidement avec la Loi des cités et villes. Dès le début du mandat, de gros problèmes d’égouts surviennent. Ça déborde de partout! Les résidants téléphonent à la maison à toute heure. Inondation d’un quartier. Le nouveau maire s’empresse d’embaucher un directeur général incorruptible. À la première réunion du conseil, il annonce un premier train de réformes. « Dorénavant, seule la ville sera responsable de l’ouverture de rues et de l’installation de tous les services… » C’est la panique chez les spéculateurs.

Il fait adopter une douzaine de règlements : zonage, urbanisme, construction, police, circulation, et le reste. Au cours des huit années pendant lesquelles il est au pouvoir, il s’applique à « construire un réseau d’aqueducs et un système d’égouts, rendre les rues carrossables, aménager des parcs, tout en exerçant une surveillance budgétaire sévère ». Et il fonde une bibliothèque. De plus, en 1961, à l’occasion des fêtes du 250e anniversaire de la seigneurie de Montarville, il accueille le gouverneur général Georges-Philéas Vanier et son épouse, madame Pauline Vanier. Gérard Filion tire sa révérence comme maire en 1968, dans la dernière année de son troisième mandat. 

Rencontrés au hasard, plusieurs anciens Montarvillois louangent son administration, disant qu’il a « sorti Saint-Bruno de la campagne pour en faire une ville bien organisée ».

(À suivre) – Gérard Filion parmi les siens

 

 

Sources

Fais ce que peux, en guise de mémoires, par Gérard Filion

« De 1947 à 1956 – Fais ce que peux Et sévit le duo d’enfer, Filion et Laurendeau», par Gilles Lesage, Le Devoir, 9 janvier 2010

 

 

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