Saint-Basile : l’histoire d’un orme centenaire
La Ville de Saint-Basile-le-Grand va se prévaloir du pouvoir accordé par la loi 31 dans le dossier du projet de développement immobilier mixte du 45, montée Robert. Parmi les gains qu’obtient la Ville en agissant ainsi, notons la revitalisation du bois provenant de l’orme qui sera retiré du site.
« Cet arbre-là a été planté entre 1829 et 1867 », soutient Bruno Labrosse.
Le Grandbasilois s’adressait alors aux membres du conseil municipal de Saint-Basie-le-Grand en fin de séance du conseil, le 8 septembre. Selon l’histoire de M. Labrosse, l’orme a été planté lors de « l’ouverture de la première école de rang à Saint-Basile-le-Grand, en 1829. Il n’a pas été planté par les Lambert, mais par la famille Gaboriau, dit Lapalme ».
Plus tôt dans la soirée, les élus avaient autorisé la réalisation d’un projet de développement immobilier mixte au 45, montée Robert. « Oui, ils vont l’abattre et le remplacer, mais avant d’avoir le même panache que cet arbre, ça va prendre 100 ans. Au lieu de raser cet orme et de faire du stationnement, est-ce qu’on pourrait le garder? », insiste M. Labrosse.
Parmi les conditions que se doit de respecter le promoteur dans la réalisation de son projet, notons la revalorisation du bois provenant de l’abattage des arbres qui se trouvent sur le futur chantier. Au sein des arbres qui sont encore sur le terrain, il y a un orme qui a été planté à cet endroit il y aurait bien des années.
Bruno Labrosse est l’un des auteurs sur le patrimoine et l’histoire de Saint-Basile-le-Grand. Il est géographe de formation. D’après lui, l’orme qui trône au centre de ce qui était auparavant un stationnement ne devrait pas être sacrifié pour faire place au futur développement immobilier de la famille Lambert.
« Donc, avant de demander l’autorisation pour l’abattre et le convertir en banc de bois, peut-être s’informer s’ils ont le droit de l’abattre. Parce qu’il est inscrit à l’inventaire des arbres du ministère de l’Environnement du Québec », mentionne Bruno Labrosse en s’adressant au conseil municipal de Saint-Basile-le-Grand.
La Ville ne trouve pas
À la suite de l’intervention de M. Labrosse, la mairesse de Saint-Basile, Kim Méthot, a indiqué que la Municipalité ferait des recherches à propos de l’arbre. « Nous allons en faire l’évaluation [de l’orme]. »
En entrevue, Mme Méthot déclare au journal que dans la version initiale du projet de développement, l’arbre était sauvegardé. Mais pas dans la version actuelle. « Avec du stationnement souterrain, de le sauver en surface aurait été une chose, mais il aurait fallu couper des racines en profondeur. Ça aurait nui à l’arbre de façon irréversible. La solution, c’était de le retirer », dit-elle.
De son côté, la Ville répond qu’elle ne détient « aucune information additionnelle » à propos de cet orme dans ses dossiers actifs. « Nous ne pouvons toutefois pas confirmer, à ce stade, qu’aucun document ne se trouve dans l’ensemble de nos archives », répond la porte-parole de Saint-Basile-le-Grand, Annabel Rousseau.
Ni dans un quelconque inventaire des arbres. « Après vérification de nos dossiers et des informations dont nous disposons, nous n’avons trouvé aucune trace indiquant que cet arbre serait inscrit à un inventaire de ce genre. Nous demeurons disponibles pour examiner toute information pertinente à ce sujet qui nous serait communiquée », ajoute Mme Rousseau.
« Il n’existe pas d’inventaire provincial des arbres individuels géré par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). L’inventaire écoforestier réalisé par le MRNF vise plutôt à caractériser les forêts publiques et privées du Québec méridional. Cet inventaire est réalisé à une échelle qui ne nécessite pas le recensement de chacun des arbres présents sur le territoire. Par ailleurs, les zones urbanisées, comme le secteur à Saint-Basile-le-Grand, sont exclues du territoire couvert par cet inventaire », nous répond le porte-parole du MRNF, Sylvain Carrier.
Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand
Le journal a aussi questionné la Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand à propos de cet arbre centenaire. Selon son président, Richard Pelletier, la date autour de 1830 semble peu crédible. « Près de 200 ans pour cet orme me semble beaucoup trop. De plus, il n’existe aucun document attestant de la présence de cet arbre. Rien, dans aucun document, ne fait mention de l’arbre, sauf dans le passé récent. Un spécialiste pourrait peut-être faire des relevés, mais je ne spéculerais pas sur le résultat », explique M. Pelletier.
La Société d’histoire possède quelques photos prises entre 1988 et 1991 qui montrent le feuillu sur le terrain de la famille Lapalme, à la limite de celui des Lambert. « La véritable question n’est pas tant de savoir l’âge précis de cet arbre.
Il s’agit plutôt de connaitre son état de santé et son espérance de vie. Dans le cas d’un bâtiment, l’âge apporte de la valeur, considérant qu’on peut le restaurer pour le conserver. Dans le cas d’un arbre, il est plus difficile d’arrêter le temps. Sa véritable valeur tient à son espérance de vie. Je n’ai pas la réponse pour notre bel orme. Un spécialiste indépendant pourrait nous éclairer davantage », estime Richard Pelletier.
« Une belle histoire… »
Pour le président de la Société d’histoire de Saint-Basile, il y a aussi une petite contradiction dans l’histoire récitée par M. Labrosse. « L’arbre aurait été planté sur le terrain de l’école – ce qui, selon moi, n’est pas le cas – par les Lapalme… qui n’étaient donc plus propriétaires! Les photos semblent indiquer que l’arbre était sur la propriété des Lapalme, et non pas sur celle de l’école, qui est devenue propriété des Lambert. Éventuellement, les Marchés Lambert ont acheté la maison des Lapalme. De toute façon, le fait de savoir qui l’a planté me semble peu utile au débat. Une belle histoire… »
Enfin, du côté du promoteur, le directeur – gestion et développement du parc immobilier des Immeubles G.Y. Lambert, Guillaume Lambert, confirme que l’arbre se trouve dans l’emprise du bâtiment projeté. D’où la décision de l’abattre pour réaliser le projet. « Je ne dispose pas d’information quant à l’origine de sa plantation ni à savoir s’il était déjà présent avant la construction des habitations. Mais un rapport réalisé par un ingénieur forestier indique que l’arbre présente des signes de la maladie hollandaise de l’orme. L’ingénieur forestier précise que, bien que l’arbre puisse survivre encore quelques années, sa survie est considérée comme étant à court terme en foresterie urbaine », indique Guillaume Lambert.


