Entretien avec Sylvain Brouillette, directeur général démissionnaire de Saint-Bruno : « C’est la faute d’un seul homme. »

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Par Frédéric Khalkhal
Entretien avec Sylvain Brouillette, directeur général démissionnaire de Saint-Bruno : « C’est la faute d’un seul homme. »
Sylvain Brouillette, directeur général de Saint-Bruno-de-Montarville, a déposé sa démission. (Photo : archives)

Le journal Les Versants a rencontré Sylvain Brouillette, directeur général démissionnaire de Saint-Bruno-de-Montarville jeudi, alors qu’il venait d’annoncer sa décision de quitter ses fonctions aux employés de la Ville.

Quand quitterez-vous vos fonctions?

Je serai en place officiellement jusqu’au 20 novembre prochain. Les quatre prochaines semaines, je vais amorcer un plan de transition. Je dois m’asseoir avec Roger Robitaille, le directeur général adjoint, qui avait déjà assuré l’intérim entre moi et mon prédécesseur M. Hébert, et en discuter.
J’occuperai une fonction importante au niveau du gouvernement du Québec à Montréal. Je pourrais cependant venir aider la Municipalité de soir ou même pendant les week-ends avec mon collègue. Le but premier est, par respect et la confiance que j’ai eu avec les gens de Saint-Bruno, de ne pas les laisser tomber et de me rendre disponible même sans frais.

Depuis que je suis en poste comme directeur général, j’ai été approché à plusieurs reprises, mais mon intention était de rester. Je voulais terminer possiblement ma carrière professionnelle avec l’équipe qui est en place. Je voulais respecter mon contrat. On a une équipe de gestion très expérimentée. Certains ont plus de 60 ans mais demeure toujours en poste. On développe un attachement à cette municipalité. C’était vraiment mon but premier lorsque j’ai accepté ce défi.
Malheureusement, il y a des éléments déclencheurs qui ont fait qu’il y a eu des prises de bec entre moi et Martin Murray (le maire de Saint-Bruno). Certains employés ont dû être témoins de ça. Je trouvais ça vraiment déplorable. Même si certaines personnes me disaient de rester, car dans un an il y aura une nouvelle équipe municipale, je suis malheureusement arrivé à la conclusion qu’un an c’est beaucoup quand on a 56 ans. Si j’avais eu 40 ans, j’aurais peut-être accepté d’affronter la tempête. La décision, je l’ai prise il y a un peu plus d’une semaine.

J’ai toujours voulu que mes employés soient heureux de venir le lendemain au travail, mais ce que je veux m’assurer pour les autres, je ne le faisais pas pour moi. Quand je venais ici, je me demandais quel conflit j’allais être encore obligé de gérer à l’égard de la relation entre moi et M. Murray. Je peux vous dire que j’avais réussi au niveau de l’équipe de direction d’avoir une équipe vraiment stable. Je me disais que j’étais sur la bonne voie.

J’ai donné deux mandats importants à la firme RCGT pour élaborer un plan de relance économique de la municipalité. J’ai également encouragé l’embauche de nouveaux postes stratégiques à la municipalité alors que cela faisait dix ans qu’il n’y en avait pas eu. C’était important de livrer ça.
Régler les conditions de travail de nos cadres, je m’en suis fait une priorité. Je suis prêt dans les deux prochaines semaines, si le conseil le veux bien, à en faire une présentation et des recommandations pour le contrat de travail de nos cadres. La convention collective de nos cols bleus, j’y travaille fort même si beaucoup d’éléments ont été réglés sur la table de négociation. Il reste encore quelques éléments financiers à régler, mais nous sommes sur la bonne voie. C’était mon objectif cette année. Je suis très sensible au bien être de mes employés, mais je ne peux pas y arriver seul. Je ne peut y arriver qu’avec le premier magistrat de la Ville. Malheureusement, nous n’avions pas la même vision, ni le même caractère.

Votre décision de démissionner est la cause d’un seul homme?
Oui. Je me suis investi beaucoup. Jamais je n’ai eu aucun indicateur que mon travail n’était pas à la hauteur des attentes du conseil. Au contraire, cela semblait aller assez bien. Malheureusement, il faut connaître le rôle de chacun dans une Municipalité. Le maire est vraiment le chef politique et le directeur général le chef administratif. Quand le chef politique s’ingère dans des dossiers de l’administration, tente directement de communiquer avec des employés à l’insu du directeur général, c’est très difficile de proposer une gestion performante. Cela a créé des malaises auprès des employés. J’ai souvent pris le temps de m’asseoir avec M. Murray et de lui rappeler l’impact d’un maire qui entre dans le bureau d’un employé. Il est très difficile pour lui de dire au premier magistrat de la Ville, je ne veux rien savoir de vous. J’ai été obligé à plusieurs reprises de recadrer tout cela. ‘’S’il vous plaît, restez dans votre sphère politique et je vais m’occuper de l’administration’’, mais c’est très difficile pour M. Murray.

Est-ce que votre décision est irrévocable?
Oui. Cela a été une décision tellement difficile pour moi. Quand j’ai apposé mon nom au bas d’une entente et d’un projet avec une instance gouvernementale, je savais très bien que je ne retournerai pas en arrière. Mais, j’ai développé un amour pour le monde de la gestion municipale. Je ne ferme pas la porte un jour à un retour éventuel dans le monde de la politique municipale. Il faut cependant qu’il y ait des choses qui changent vraiment. Si un jour j’ai à revenir dans le monde de la politique municipale, c’est clair que ma priorité serait deux éléments essentiels : la relation entre le maire et son conseil, et la relation que j’aurai avec le maire. Pourtant mon prédécesseur m’avait averti, mais je voulais me faire une tête. Il est certain que je n’accepterai pas un mandat les yeux fermés pour accepter un mandat de directeur général. Je m’assurerai vraiment dans un premier temps de la relation d’un maire avec son conseil. Aujourd’hui, avec ce que je vois, M. Murray va finir son mandat. C’est lui qui prendra la décision de changer ou non sa façon de faire de la gestion, cela lui appartient, moi j’ai fait ce que j’ai pu.

Les conseillers s’organisent pour demander éventuellement une tutelle. Si Québec est saisi, forcément vous aurez à témoigner. Direz-vous alors que les conditions sont réunies pour une tutelle à Saint-Bruno?
Je ne peux pas vous répondre ce matin. Il faut prendre un temps d’arrêt pour y réfléchir. Est-ce qu’on a tous les éléments actuellement à Saint-Bruno pour déclencher une tutelle? Je n’ai pas de réponse ce matin. Je sais par contre que je vais revenir dans des dossiers importants et je ne me défilerai jamais. On a beaucoup de poursuites en ce moment comme celui du crématorium, et il y en aura d’autres, mais j’assumerai mes responsabilités pour ces dossiers et je serai là jusqu’au bout.

Le nombre de départ au sein de l’administration Montarvilloise depuis 2013, une vingtaine, est-ce beaucoup?
Quand cela va bien dans un travail, personne ne va chercher un autre travail. Quand on est heureux dans notre domaine, on ne magasine pas un autre emploi.
C’est beaucoup de départs. Je regarde l’environnement et les conditions de travail qui sont offerts à Saint-Bruno. Il y a dans l’ensemble de très bonnes conditions de travail. Quand le côté humain va bien, on ne quitte pas. Il y a des gens formidable qui ont une mémoire organisationnelle de la municipalité qu’il n’est pas possible de remplacer. J’ai sensibilisé le maire à plusieurs reprises sur cet aspect pour prendre soin de nos gens en plus en temps de pandémie. La vie de tout le monde a changé. Ce sont deux tiers des employés de la Ville qui sont en télétravail. On en a encore pour un petit bout de temps, c’est difficile psychologiquement. Au niveau administratif et politique, il faut se réajuster. Il faut faire notre travail, mais ralentir pour s’adapter aux nouvelles réalités.

Il faut que le conseil municipal, le maire aussi, soit conscient de tout cela. On sort plein de dossiers, on augmente le PTI (Programme triennal d’immobilisations), on ajoute une patinoire. S’il vous plaît!

Les publications dans un blog contre vous ont-elles été un moment déclencheur dans votre décision?
On parle du blog d’Alain Dubois. Je ne suis pas quelqu’un qui suit les blogs. Je ne participe à aucun d’eux. À la demande du conseil municipal, les publications de ce blog ont été retirées de la revue de presse de la Ville, car ils ont considéré que cela ne représentait pas la vraie vie locale. Mais cette directive venait du conseil municipal. Le conseil municipal considère que cette publication était partisane, c’est clair. Il y a même un onglet dans ce blog qui est dédié à l’avis du maire. On voit dans cette publication une orientation claire. Depuis que j’ai fait une divulgation auprès de la Commission municipale du Québec (CMQ) à l’encontre d’une élue du Parti montarvillois en ne faisant que mon travail, comme par hasard, depuis ce jour-là, on a commencé à attaquer mon intégrité. Ce blog est même allé aussi loin que d’attaquer la crédibilité de l’ancien directeur général M. Hébert, qui a quitté Saint-Bruno depuis deux ans et qui est depuis complètement indépendant de Saint-Bruno-de-Montarville. Jamais je n’ai eu de squelettes dans le placard. Ici, on mélange les problèmes d’une organisation policière comme le SPVM (Service de police de la Ville de Montréal), qui a eu des problèmes alors que je n’étais même plus là. Et on commence à ressortir des photos de moi d’il y a 10 ans en uniforme qui n’ont aucun rapport.

Vous vous êtes senti diffamé?
Bien sûr !

Allez-vous porter plainte?
Je suis en réflexion présentement. J’ai tellement de respect pour les services policiers. Quant on attaque l’intégrité d’un service de la qualité du SPVM, avec tous les enjeux qu’ils ont. Pour quelqu’un qui fait ça dans son sous-sol, c’est vraiment gratuit. Si je communique avec eux ils risquent de regarder le dossier sérieusement.

Y a-t-il un lien pour vous entre le Parti montarvillois et le blog?
C’est clair. Je vois les articles dans le journal Les Versants, qui produisent des articles neutres. Mes décisions étaient bonnes ou mauvaises, mais on reflétait la vérité des décisions que je prenais. Ici, on plaidera le hasard, mais je prends une décision qui touche à une membre d’un parti associé possiblement à un blog et là ma carrière est étalée et on joue sur mes compétences de gestion, ma qualité de gestion. Ce qu’on me dit ce matin c’est que le maire aurait rectifié certains propos de ce blog… Il y a plein de mensonges dans tout ça. On indiquait que M. Murray n’était pas présent lors du processus de mon embauche. Il était bien présent. Il y avait le maire, M. Hébert, la firme Raymond Chabot, il y avait même un expert de Québec pour me faire passer des tests, ensuite M. Bédard a été inclus. Mais dire que M. Murray n’était pas dans le processus… C’est là qu’on voit la qualité de la publication.

Dans quel état d’esprit vous quittez?
Triste pour l’ensemble des employés. J’ai beaucoup de respect pour eux. Les employés vont me manquer. Par contre je me dis que je quitte en me disant que je me suis investi à 100 %. Je n’aurais pas pu faire plus. J’ai une pensé aussi pour les gens qui sont à Saint-Bruno et qui s’attendent à une saine administration. J’espère que mon départ corrigera la situation. Comme être humain, c’était de l’annoncer au conseil mercredi soir et encore plus jeudi soir à mes employés qui a été le plus dur. Je n’ai pas pris cette décision de manière impulsive, mais un élément déclencheur m’a fait dire que là c’est assez.

C’était quoi?
Une conversation sur le Paillasson où je voulais simplement transmettre de l’information et non pas la manipuler. Il y a eu alors une discussion assez musclée sur ce qu’on devait dire dans ce dossier. Alors encore là on se sert du Paillasson pour m’attaquer. S’il y a quelqu’un qui veut bien avoir des logements sociaux, c’est bien moi. J’essaie de trouver des solutions, les miennes ne sont pas les choix du maire, mais moi je suis un homme de solutions. On a eu un argument qui m’a fait dire que je ne criais après personne et que je n’acceptais pas que l’on crie après moi, on n’a pas à hausser le ton. Un moment donné je me suis dit où je suis rendu dans ma vie pour avoir des discussions de ce niveau-là. Je suis quelqu’un qui accepte l’autorité. J’ai fait une carrière paramilitaire. Je ne suis pas toujours en accord avec la décision prise par le conseil municipal, mais lorsque la décision est prise je me rallie et je mets tous les efforts avec mon équipe pour livrer la marchandise. Mais je ne peux pas travailler comme une pauvre couleuvre pour pouvoir faire des choses.

Vous ne regrettez rien de cette année et demi?
Honnêtement je n’ai aucun regret. Je sors grandi aujourd’hui. Par contre, pour moi c’est un échec. J’ai travaillé dans des environnements très difficiles et j’ai toujours réussi avec mes équipes de gestion à trouver des solutions pour améliorer la situation. En arrivant, je me suis dit que j’allais réussir à améliorer les choses. J’aurais aimé livrer beaucoup plus aux gens d’ici. J’ai même envisagé m’acheter une maison à Saint-Bruno. J’aime Saint-Bruno-de-Montarville. Ici, c’était ma petite famille.

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