Encore et toujours, le combien avant le comment

Par martinrenaud
Encore et toujours, le combien avant le comment
Le directeur général de la Maison des jeunes La Butte, Martin Renaud. (Photo : archives)

Combien d’activités avez-vous réalisées? Combien avez-vous eu de participants? Quel âge avaient-ils? Quelle était la répartition des genres? Quel est le nombre total d’heures que cela représente? Avez-vous dépensé tout l’argent alloué? Avez-vous des sommes à nous retourner? Veuillez garder vos pièces justificatives pendant cinq ans… Voulez-vous un graphique avec ça?

Dans une chronique antérieure, j’avais abordé l’enjeu du financement des organismes communautaires. Cette fois, j’aimerais partager avec vous celui relié aux processus de redditions de comptes de certains bailleurs de fonds. Ça fait longtemps que je remplis des demandes de subvention et ça fait tout aussi longtemps que je fais de la reddition de comptes. J’ai appris à construire un argumentaire, à le travailler et à remplir adéquatement les formulaires qui y sont associés. Au fil des ans, j’ai aussi développé mes habiletés à structurer un cadre de gestion qui est adapté à chaque bailleur de fonds. C’est très important; on parle d’argent qui nous est confié, alors il faut être engagé, transparent et honnête.

L’évaluation, c’est le moment où l’on compare le plan de match à ce qui s’est réellement passé. Pour les chiffres, rien de plus facile. J’ai dit 24, j’ai eu 25. Je visais 50, j’ai eu 47. On avait 10 000 $, on a dépensé 10 000 $… Yes, objectif atteint! Malheureusement, pas nécessairement. D’un point de vue quantifiable, oui, mais est-ce que l’essentiel de l’objectif général, l’ultime désir de mon organisme et la raison d’être de notre mission a été atteint? Est-ce que j’ai finalement amélioré la qualité de vie de quelqu’un à travers mes indicateurs chiffrés?

« C’est important, les chiffres, c’est vrai. C’est du tangible, du roc. L’argent, c’est sérieux aussi; on dit que les bons comptes font les bons amis. » -Martin Renaud

Dans le dernier mois, j’ai complété trois redditions de comptes : une avec le gouvernement fédéral, une avec une instance régionale de concertation et une autre avec un Centre intégré de santé et de services sociaux. Dans les trois formulaires, on me fait faire les mathématiques habituelles. Pas de problème, ça va me faire plaisir. J’ai de beaux chiffres et de belles données à partager. Mais, comme d’habitude, aucune question du genre : « Parlez-nous d’une réussite que vous avez vécue avec vos participants. » Ou encore : « Faites des liens entre l’un de vos objectifs spécifiques et une réalisation de votre projet. » Une bonne question aurait finalement pu être : « Êtes-vous en mesure de nous fournir un indicateur qualitatif, tels des photos, une vidéo ou un témoignage? »

On a eu un super beau projet cet été. On a reçu une subvention de 17 000 $ pour améliorer nos espaces de jardins communautaires. Le projet s’appelait Cultiver ses connaissances pour récolter des compétences. Premièrement, on a eu plus de jeunes que l’on espérait pour participer à tous nos ateliers et activités proposés. On a fait plus d’actions que prévu et on a utilisé moins d’argent, ce qui signifie que nous en retournerons la différence. Voilà pour les chiffres. Un formulaire Excel de trois pages pour entrer mes données.

Maintenant, voici la réalité de nos résultats : On a eu du fun! On a attiré plein de nouveaux jeunes et la majorité fréquentent maintenant la Maison des jeunes en dehors du projet. Avec les participants, on a appris beaucoup de choses sur la culture maraîchère, de la préparation d’un terrain, en passant par l’entretien, jusqu’aux récoltes et à la transformation de nos légumes pour faire des ateliers de cuisine. Je pourrais même dire que certaines de nos actions ont aidé quelques jeunes à cheminer dans leur développement vers l’autonomie culinaire.

Par exemple, avec les jeunes, on a fait des salades avec nos légumes, du pesto avec notre basilic, des patates (nos patates!) ainsi qu’un dessert dans la braise lors d’un séjour de camping. Une autre belle réussite est celle où les jeunes ont mis plusieurs heures de travail pour améliorer les espaces de culture de notre partenaire au projet, l’Action pour un environnement sain (APES), sur le terrain du parc des Trinitaires.

Aussi, on a développé de beaux liens avec certains parents depuis le mois de juin. Le projet a permis aux jeunes de briser l’isolement et de renouer avec leurs habiletés sociales après des mois de confinement. De belles amitiés ont, depuis, été créées. Mais désolé, je n’ai pas de chiffres pour décrire le crescendo de plaisir au fil des semaines… à part des dizaines de photos contenant une marée de sourires (sous les masques, parfois, bien entendu). Finalement, je ne peux pas éviter de remercier (parce que des remerciements aussi, ça peut faire office de témoignage d’appréciation du rendement) la Ville de Saint-Basile-le-Grand pour l’aide et le soutien; notamment le service d’horticulture avec qui on a eu du plaisir à planter des arbres et qui nous a procuré de judicieux conseils.

C’est important, les chiffres, c’est vrai. C’est du tangible, du roc. L’argent, c’est sérieux aussi; on dit que les bons comptes font les bons amis. Toutefois, dans mon livre à moi, si tu veux savoir si tu as vraiment atteint la cible, le vécu du participant doit être observable et davantage mis en valeur dans une évaluation. Le « comment » est tout aussi important que le « combien ».

À ce sujet, le cabinet de comptables avec lequel La Butte fait affaire a un slogan que j’aime beaucoup : Les relations ≥ les chiffres. Comme client, mon cœur est gagné parce que j’ai le sentiment de respect et de confiance et que je me sens bien accompagné avec eux. Ça a une valeur, ça aussi! Ils savent bien compter en plus, c’est fantastique!

Je suis d’avis qu’au bout du compte, le focus devrait être moins prenant à savoir si la quantité est de qualité, mais si la qualité se retrouve davantage en quantité!

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