Emmanuel Lauzon sur le décrochage

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Par Frank Rodi
Emmanuel Lauzon sur le décrochage
L’auteur Emmanuel Lauzon. (Photo : Blanches Bulles Photographe)

Lâchez pas, les gars!

L’auteur Emmanuel Lauzon contribue à Lâchez pas, les gars!, un livre dans lequel on voit d’anciens décrocheurs qui ont su réussir dans la vie. Témoignage.

Le récit d’Emmanuel Lauzon, intitulé La revanche du cancre, trouve sa place dans le collectif Lâchez pas, les gars! parmi une douzaine d’autres. Notamment les témoignages de l’ex-joueur du Canadien de Montréal Steve Bégin, du ténor Marc Hervieux, de l’humoriste Mathieu Cyr, de l’entrepreneur Alexandre Taillefer, de l’éditorialiste en chef de La Presse François Cardinal…

« Je ne suis pas un spécialiste, je n’ai pas étudié en sciences de l’éducation. Il n’y a pas de recette ni de solution miracle. Mais un paquet de facteurs peut expliquer la situation. » -Emmanuel Lauzon

Pour le jeune décrocheur devenu auteur, cette collaboration est « un honneur accompagné d’une surprise ». Rappelons que Lâchez pas, les gars! a été publié aux éditions La Presse en septembre dernier sous la direction de François Cardinal.

Cause noble

Le Montarvillois d’origine admet qu’il ne connaît pas personnellement François Cardinal. « Pour moi, cette invitation est venue de nulle part. Je ne sais même pas comment ils m’ont repéré! C’est Pascal Genêt, l’éditeur délégué, qui m’a trouvé et qui m’a approché, en février dernier. J’ai accepté d’emblée, parce que la cause est noble et qu’elle me touche personnellement », mentionne Emmanuel Lauzon, en entrevue téléphonique avec Les Versants, à la suite d’une conférence à Québec dans un centre de formation pour adultes.

Une cause personnelle, en effet. Emmanuel Lauzon a décroché de l’école secondaire à l’âge de 16 ans. Il avait alors triplé sa 2e secondaire. À cette époque de sa vie, l’école et les études étaient synonymes d’ennuis et d’échecs. À l’âge de 7 ans, un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) lui a été diagnostiqué. Malgré plein de bonne volonté, il n’arrivait pas à “fitter” dans le moule. Quelques années plus tard, la rencontre d’un
« intervenant social marginal » dans lequel le jeune homme se reconnaît lui donne envie de raccrocher et de poursuivre le parcours.

Situation de décrochage

Selon une analyse de l’Institut du Québec réalisée en 2018, la différence entre les garçons et les filles dans les taux de réussite du programme de deuxième cycle du secondaire sur une période de cinq ans au Canada oscille entre 1 et 5 % d’une province à l’autre. Au Québec, l’écart est de 14 %. François Cardinal qualifie cette différence de canyon. Plus précisément, 71 % des filles réussissent dans les temps, alors que chez les garçons, le taux est de 57 %.

Quand on lui demande ce qu’il pense de cette situation particulière au Québec, l’écrivain préfère se garder une certaine réserve. Emmanuel Lauzon indique : « C’est très touchy. Je ne suis pas un spécialiste, je n’ai pas étudié en sciences de l’éducation. C’est la raison pour laquelle je me garde des réserves. Il n’y a pas de recette ni de solution miracle. Mais un paquet de facteurs peut expliquer la situation. »

Il évoque entre autres le manque d’activités physiques, la structure des classes, le moule très rigide du système scolaire, les horaires… « Je trouve inconcevable, pour des adolescents, de commencer l’école à 8 h le matin », avance celui qui a rédigé les romans de la collection Tabou La rage de vivre, TAGuée et Toxik aux éditions De Mortagne.

Il poursuit : « Il peut s’agir d’autres facteurs aussi, par exemple la pression de terminer son secondaire dans les temps prévus à cet effet-là. La pression sociale et économique de rapidement amener des gens sur le marché du travail. Les enseignants font un travail incroyable, mais des professeurs plus tolérants, compréhensifs, capables d’adapter leur enseignement, ça peut aussi aider. »

Emmanuel Lauzon a un conseil à donner aux jeunes qui pensent à décrocher ou qui l’ont déjà fait. Il leur demande de se poser la question suivante : « Est-ce moi qui suis mal adapté au système, ou le système qui ne dispose pas suffisamment de ressources pour s’adapter à moi et à mes particularités? Tes difficultés et tes échecs scolaires n’ont pas nécessairement rapport avec ton potentiel, ton intelligence ou tes capacités. Tu ne ‘’fittes’’ pas dans le même moule que la majorité. »

QUESTION AUX LECTEURS :

Quel conseil donnez-vous aux jeunes qui veulent décrocher?

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