Documentaire : « Résistance » un outil pour briser les murs de la police

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Par Frédéric Khalkhal
Documentaire : « Résistance » un outil pour briser les murs de la police
Le documentaire de Charles Gervais, réalisateur du film Résistance : la police face au mur, sera diffusé jusqu’au 3 septembre à la Cinémathèque de Montréal. (Photo : courtoisie)

Le documentaire de Charles Gervais Résistance: la police face au mur, est une intrusion inusitée dans les murs du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Une police qui apporte de nouvelles solutions à la prévention du crime dans un monde où l’on n’aime pas forcément le changement.

« Plus tu t’opposes à moi, plus tu m’excites. » Cette citation prise hors contexte, venant du chef du SPAL, pourrait effrayer, mais dans la bouche de Fady Dagher c’est tout l’inverse. « Fady Dagher, comme les gens qui ont accepté avec lui de refuser le statu quo ce sont des héros. C’est assez surprenant de voir une homme comme lui, qui pourrait tout aussi bien être le directeur du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), diriger la police de Longueuil. Il pourrait avoir une tout autre carrière, mais dès le début, il a réussi à faire sa place dans la police sans pour autant entrer dans le moule. Ça fait du bien d’avoir des gens aussi inspirants dans ce milieu », d’indiquer au journal Charles Gervais, le réalisateur du documentaire.

Résistance, programmé avant la pandémie à la Cinémathèque québécoise à Montréal, sera finalement diffusé les 28, 29, 30 et 31 août ainsi que les 1, 2 et 3 septembre. « Cela sera la première projection de la Cinémathèque depuis sa fermeture. Il est aussi possible de retrouver le documentaire sur la plateforme CRAVE où il marche bien. »

Trois ans de travail
Le résultat du travail de Charles Gervais est désormais visible par le public, mais le travail en amont n’a pas été de tout repos. Il s’est longtemps accroché au projet, passant outre l’insatisfaction de certains policiers de le voir filmer au feu de l’action. « Depuis que nous avons eu l’idée, trois ans se sont écoulés. Même si le directeur du SPAL nous a rapidement donné les autorisation, à l’interne la résistance à été dure. C’est ce qui a d’ailleurs inspiré le nom de ce documentaire. On a mis beaucoup de temps à tourner. »

Selon le synopsis « Lorsque Fady Dagher a été nommé directeur du service de police de l’agglomération de Longueuil en décembre 2016, son ambition était de changer la culture qu’entretiennent ses collègues face au phénomène des gangs de rue et des proxénètes. Avec de précieux collaborateurs, il crée alors Mobilis 3, un projet de lutte contre l’exploitation sexuelle. Grâce à un accès privilégié à différents intervenants du corps policier, Résistance : la police face au mur propose des témoignages éloquents et une immersion intensive dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui travaillent à repenser tout un système pour notre société. »

« Ça fait du bien d’avoir des gens aussi inspirant dans la police. » – Charles Gervais

Un extra-terrestre
« M. Dagher est un personnage. C’est un extra-terrestre dans le monde de la police. Le documentaire a ciblé la problématique de la prostitution pour illustrer le changement de méthode que le directeur souhaite adopter par ses troupes, mais cela aurait pu s’adapter à beaucoup d’autres problématiques. »

Résistance montre bien comment le SPAL tente désormais de prévenir le crime plutôt que de le sanctionner coûte que coûte, de venir en aide ici aux prostituées plutôt que d’épingler un proxénète qui sera rapidement remplacé, et toujours sans oublier d’appliquer la loi.

Un agent explique d’ailleurs, pendant l’heure que dure le film, comment, avec ces nouvelles méthodes de travail, le SPAL a pu arrêter une série de vols de plus en plus fréquente à Saint-Bruno-de-Montarville. En allant rencontrer la personne ciblée, mais contre laquelle aucune preuve n’avait pu être recueillie, ils ont réussi à passer le bon message au délinquant qui s’est repris en main tout en arrêtant ses méfaits.

Des pratiques scrutées à la loupe
Charles Gervais ne cache pas que les initiatives du chef de police de Longueuil sont regardées de près par d’autres corps policiers et même par le gouvernement. « Des gens ne sont pas en accord avec ce que fait Fady Dagher, mais d’un autre côté, le système qu’il souhaite mettre en place est très étudié notamment avec la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. »

En vertu d’une motion adoptée le 14 juin 2019 par l’Assemblée nationale, une commission spéciale a été créée afin d’établir un portrait de l’exploitation sexuelle des mineurs au Québec, y compris les conséquences sur le passage à la vie adulte. Une commission largement inspirée par le travail de M. Dagher.

Le chef de police est conscient que pour faire passer son message, ce dernier doit être audible. Ainsi, il n’hésite pas a accepté toutes les invitations des médias pour en parler. Avoir accepté le tournage de ce documentaire en fait parti. « Il a compris comment fonctionne les médias et il les utilise à bon escient. Son objectif est de faire changer les choses dans la police », de conclure M. Gervais.

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