Des espèces menacées sur notre territoire

Photo de Frank Rodi
Par Frank Rodi
Des espèces menacées sur notre territoire
Une photo de flore printanière, qui se fait toujours plus rare sur le mont Saint-Bruno. (Photo : Tanya Handa)

Déclin de la biodiversité

Un rapport de l’ONU concernant l’environnement affirme que la biodiversité est en déclin et que si aucune action n’est engagée, ce sont près d’un million d’espèces qui sont menacées de disparaître. Certaines nichent au mont Saint-Bruno.

Au début du mois de mai, l’ONU a publié un rapport citant qu’un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction. Le Québec compterait quelques-unes de ces espèces animales et végétales, dont la tortue luth, la tortue mouchetée, la paruline azurée, la salamandre sombre des montagnes…

Du côté de la Fondation du Mont-Saint-Bruno, on « reconnaît l’importance de ce rapport émis par les experts de la communauté internationale, soulignant cette perte de diversité massive à l’échelle planétaire ». D’ailleurs, la présidente de la Fondation du Mont-Saint-Bruno, Chantal de Montigny, évoque une « situation catastrophique ». Contactée par Les Versants, elle insiste: « Les membres de notre Fondation ressentent le besoin d’agir, puisque notre société ne le fait pas suffisamment. Il faut préserver et gérer de façon durable nos forêts, qu’elles soient dans un parc de conservation ou urbaines. La Fondation du Mont-Saint-Bruno a choisi la mobilisation et la sensibilisation comme moyens d’action. Nous croyons qu’il faut éduquer et mettre plus d’énergie et de ressources pour la conservation des milieux naturels. »

« La paruline azurée était beaucoup plus abondante sur notre territoire il y a 20 ans, mais a subi de forts déclins. » – Tanya Handa et Bryan Osborne

La paruline azurée en déclin

Parmi la liste d’espèces menacées sur le territoire de la province, notons la paruline azurée, un passereau insectivore appartenant à la famille des Parulidés et qui séjourne dans la strate supérieure des forêts de feuillus matures. On la retrouve au mont Saint-Bruno. Ou doit-on plutôt dire on la retrouvait au mont Saint-Bruno? « La paruline azurée était beaucoup plus abondante sur notre territoire il y a 20 ans, mais a subi de forts déclins », mentionnent Tanya Handa et Bryan Osborne, respectivement administratrice à la Fondation, biologiste et professeure à l’UQAM, ainsi que vice-président à la Fondation et géologue.

Un constat similaire que dresse la responsable du Service de la conservation et de l’éducation à la Sépaq, Nathalie Rivard, si elle se fie aux inventaires annuels qui sont effectués : « La seule espèce animale qui nous concerne et qui se retrouve dans la liste est la paruline azurée. Nous l’avons entendue [à défaut de l’avoir aperçue] une seule fois. Elle était de passage il y a deux ans, mais impossible de confirmer sa nidification dans le parc. C’est un oiseau qui a tendance à bouger, qui migre. »

Nathalie Rivard estime que c’est « toujours inquiétant d’apprendre que des espèces soient menacées ». Elle ajoute qu’en ce sens, la Sépaq travaille afin de les protéger, qu’elles soient animales ou végétales, en aménageant, par exemple, des étangs : « C’est une façon de favoriser, d’améliorer et de protéger leur habitat ou leur milieu. » C’est le cas de la phégoptère à hexagones, une plante qu’on retrouve à Saint-Bruno-de-Montarville, ou encore de la rainette faux-grillon, une espèce vulnérable.

Disparition d’organismes dans les sols

Mais il y a bien davantage… « Une énorme diversité d’organismes vit dans nos sols. [Cependant], nous n’avons même pas réussi à décrire la majorité de cette diversité, qui disparaît à une vitesse inquiétante, mais joue un rôle primordial pour assurer des fonctions-clés à l’échelle planétaire », d’expliquer Tanya Handa et Bryan Osborne, deux membres du Comité scientifique de la Fondation du Mont-Saint-Bruno. De ces organismes vivants dans les sols, on parle entre autres de millepattes, cloportes, vers de terre, nématodes, collemboles, acariens, protistes… Tanya Handa ajoute : « On estime qu’un quart de la diversité planétaire vit dans nos sols, et nous avons décrit uniquement 20 à 30 % de ces espèces actuellement. »

Dans son édition du 15 mai, le journal Les Versants annonçait une plantation de 4 000 arbres [aujourd’hui réduite à 2 100] à Saint-Basile-le-Grand. Une initiative du programme Demain la forêt, de l’organisme à but non lucratif Tous les jours. Nature-Action Québec a aussi fait l’acquisition d’un terrain de deux hectares aux abords de la Défense nationale, ce qui augmente la superficie des aires protégées de la Ceinture verte du Grand Montréal. Enfin, le 24 mai, une activité de plantation de plus de 1 500 arbres était lancée à Sainte-Julie, dans le cadre d’un grand projet de reboisement social, dirigé par l’organisme Arbre-Évolution et la Municipalité. Le genre de gestes que semble approuver le directeur général de Saint-Basile-le-Grand, Jean-Marie Beaupré, qui a déjà déclaré en assemblée ordinaire : « Si on ne fait rien, c’est un million d’espèces qui seront menacées d’extinction. Il faut faire des efforts, comme celui d’adhérer à ce programme de plantation d’arbres. »

Des espèces exotiques

La Fondation du Mont-Saint-Bruno poursuit, évoquant cette fois des espèces plus exotiques : « Le rapport souligne particulièrement le rôle d’espèces exotiques envahissantes que nous trouvons également sur notre territoire, telles que la présence croissante du roseau commun et le nerprun, qui envahissent nos milieux humides, et l’agrile du frêne, qui a tué une partie de notre forêt urbaine. »

En raison d’une pression trop élevée du cerf de Virginie, la Fondation du Mont-Saint-Bruno estime aussi que la flore printanière, abondante auparavant à l’intérieur du parc, disparaît rapidement. « Elle est en réduction massive », nous dit-on. Bryan Osborne confirme les informations sur la surpopulation des cerfs de Virginie dans le parc. « En 2018, on a dénombré 148 cerfs. On estime une densité de 14.1 à 16.6 cerfs par km2, ce qui est largement au-dessus de 4 à 6 cerfs par km2 qu’on suggère pour maintenir des populations viables des espèces de plantes. »

Une note d’espoir

La Fondation réitère à la population qu’il y a toujours une autre avenue, une alternative. « C’est possible d’inverser cette courbe de perte de biodiversité avec une volonté collective. Nous pouvons agir pour favoriser la conservation et la restauration de nos milieux naturels. La Fondation œuvre en ce sens avec des projets de plantations d’arbres et arbustes dans nos communautés et de nombreuses activités de sensibilisation pour rappeler aux citoyens et aux élus l’importance de la biodiversité et sa conservation. »

QUESTION AUX LECTEURS : Que pensez-vous de la situation environnementale?

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des