Des cafétérias qui se font rares dans les écoles

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Par Frank Rodi
Des cafétérias qui se font rares dans les écoles
Les lunchs et les repas achetés dans les marchés d’alimentation et les commerces des environs semblent avoir la cote auprès des jeunes. (Photo : archives)

Dossier Mois de la nutrition

C’est de plus en plus complexe d’offrir les services d’une concession alimentaire dans les écoles secondaires.

Pour ce dossier à propos de la nutrition, le journal Les Versants a voulu se pencher sur le menu offert dans les écoles secondaires de la région. Or, depuis quelques années, les lunchs préparés à la maison et les repas achetés dans les marchés d’alimentation et les commerces des environs semblent avoir davantage la cote auprès des jeunes.

Par exemple, l’École secondaire du Grand-Coteau, à Sainte-Julie, a amorcé l’année scolaire sans les services d’un concessionnaire alimentaire. Plusieurs raisons expliquent la situation. « Après de nombreuses tentatives, aucune entreprise n’a souhaité soumissionner pour notre cafétéria, et ce, pour plusieurs facteurs. En ce sens, notre école fait face à quelques particularités problématiques », explique le directeur de l’École secondaire du Grand-Coteau, Vincent Barouh.

« Il y a de plus en plus d’entreprises servant du prêt-à-manger – et je dis “prêt-à-manger” parce que ce n’est pas nécessairement du fast-food – qui viennent s’installer autour des écoles secondaires. » -Vincent Barouh

La quantité peu élevée de repas vendus au cours des années précédentes serait l’une des raisons. Le nombre d’étudiants qui franchissent les portes de cet établissement en serait une autre. « Il y a une question de volume; ces entreprises alimentaires veulent rentrer dans leurs frais. À 718 jeunes, nous sommes considérés comme une école de petite taille pour ces compagnies », répond Vincent Barouh. Enfin, les commerces de proximité qui proposeraient une gamme variée de repas prêts-à-manger seraient en expansion. « Il y a de plus en plus d’entreprises servant du prêt-à-manger – et je dis “prêt-à-manger” parce que ce n’est pas nécessairement du fast-food – qui viennent s’installer autour des écoles secondaires. C’est un défi pour nous parce que j’aimerais une meilleure rétention de nos élèves dans l’école à l’heure du dîner », commente M. Barouh.

Or, l’offre alimentaire extérieure étant ce qu’elle est, ajoutée à la disparition du service des cafétérias dans certains établissements, comme à Sainte-Julie, mais aussi à Chambly, les jeunes ont plutôt tendance à sortir le midi.

L’École secondaire de Chambly ne dispose plus du service de repas chauds depuis janvier… 2016. La concession alimentaire avait décidé de mettre fin au contrat avec l’établissement à la suite de pertes financières. « Comme bien d’autres écoles d’ailleurs, affirme la directrice, Caroline Gaigeard. En effet, Chambly et Sainte-Julie ne sont pas les seuls cas touchés par cette pénurie. « L’entreprise n’arrivait plus financièrement; elle ne réussissait pas à engranger des profits pour continuer », poursuit la directrice.

Pour expliquer la baisse de la clientèle à la cafétéria, Caroline Gaigeard évoque les chaînes de restauration rapide situées autour de l’école, ainsi que la taxe d’affaires exigée par les municipalités. « Ces frais supplémentaires coûtent cher et font mal aux concessions. »

En attendant, environ la moitié des élèves de Chambly, quelque 300 sur les 660 jeunes inscrits, mangent dans la salle à manger de l’école; plusieurs se servent des micro-ondes, alors que d’autres retournent à la maison le midi.

À Sainte-Julie, le système électrique a été revu afin de bonifier le nombre de micro-ondes dans la salle à manger. « On s’arrange », raconte Vincent Barouh.

Alternatives pour pallier l’absence des cafétérias

Outre l’ajout d’appareils électriques permettant de réchauffer les lunchs des adolescents, les écoles usent de solutions alternatives pour pallier la disparition du service de cafétéria. L’École secondaire de Sainte-Julie propose quatre distributrices : les dîneurs peuvent y acquérir des œufs cuits, des sandwichs, des yogourts, des boissons et autres plateaux tournants. En vertu de la Politique alimentaire à respecter, M. Barouh admet que l’offre, dans ces machines, « n’est pas large ». Il précise : « Ce n’est pas optimal. Elles sont alimentées plusieurs fois par semaine, mais il arrive parfois que certaines soient vides. »

En attendant, le coin-cuisine de la cafétéria « ne sert pas à grand-chose », mais toujours dans l’objectif de pallier le problème de la cafétéria qui ne sert plus, un projet de collaboration est sur le point d’être mis sur pied. « Au retour de la Semaine de relâche, deux membres du personnel et quelques jeunes de l’école formés par le MAPAQ pourraient servir des trucs le matin à un prix ridicule. Nous avons des équipes sportives qui s’entraînent assez tôt; avec ce service, il serait possible de leur servir bagels et rôties avant le début des cours. » Il s’agit d’un essai, sorte de projet-pilote, prévient Vincent Barouh. Si cela s’avérait un succès, peut-être que le projet pourrait être étalé aussi au dîner. « Il faut être créatif, regarder pour d’autres initiatives, d’autres avenues, mais ça demeure très complexe, en raison des normes, des ressources financières et personnelles. L’idéal serait de voir le retour d’une concession alimentaire capable d’offrir un volume intéressant de repas, avec une approche différente pour attirer plus d’étudiants. »

Un projet semblable est sur le point d’être dévoilé à Chambly. Grâce à un partenariat entre l’École secondaire et l’organisme La Corne d’Abondance, le projet La Fabrique à bouffe verra le jour sous peu, bien que les premiers repas aient déjà été servis la semaine dernière. L’objectif est d’offrir des mets chauds aux jeunes à l’heure du midi à la cafétéria. Dans le cadre d’une activité parascolaire, quelques élèves de l’école, une brigade, cuisineront la veille les repas du lendemain. « J’essaie depuis environ deux ans de trouver des moyens, des partenariats avec des commerces, des marchés d’alimentation autour, pour servir des soupes, des sandwiches à l’école, mais sans succès. C’est compliqué, avec le syndicat, le MAPAQ… J’avais mis ça sur la glace, mais avec ce projet, je souhaite ramener et conserver les jeunes à l’école à l’heure du midi », de conclure Mme Gaigeard.

QUESTION AUX LECTEURS :

Comment se débrouillent vos enfants pour les dîners à l’école?

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