Une tendance à prolonger les histoires

Littérature jeunesse

Est-ce que les romans déclinés en différents tomes sont une tendance actuelle en littérature jeunesse? C’est la question que le journal Les Versants a posée à certaines personnes qui gravitent dans le milieu.
Prenons les bouquins de la romancière Marie-Chantal Plante, à qui l’on doit la trilogie Elliott, chasseur d’ombres, parue en 2015 et 2017. Avec Théo le Héros, la Grandbasiloise vient de publier les deux premiers tomes d’une nouvelle série pour lecteurs de 8 ans et plus. Deux autres volumes sont prévus pour compléter l’histoire de Théo. Simultanément, elle rédige le troisième et dernier titre d’une autre saga, dystopique celle-là, en Esthética. Les romans de Marie-Chantal Plante sont tous publiés aux éditions AdA.
Une autre auteure de Saint-Basile-le-Grand, Claudine Bellemarre, présentait en 2016 son roman Kevin Nix et la dimension 1,11 mètre, le premier tome d’une longue saga. Depuis, un deuxième recueil a été publié et en visitant son site Internet, on apprend qu’un troisième est en préparation. L’écrivaine avait prévu plusieurs suites à son histoire.
Il y a un an, c’était au tour de Rébecca Mathieu de proposer Coup de patin, un nouveau roman jeunesse détaillé en deux tomes, Première période et Deuxième période, paru aussi aux éditions AdA. Une Troisième période serait envisagée.

« Oui, c’est une tendance, surtout pour la littérature jeunesse. » -Matthieu Fortin

Une tendance

« Oui, c’est une tendance, surtout pour la littérature jeunesse », répond le directeur commercial du Groupe AdA, Matthieu Fortin. Selon lui, lors de leurs lectures, les enfants cherchent à pouvoir s’associer à un personnage ou à un titre qu’ils aiment. « Ils veulent toujours en savoir plus, tout connaître. Toutefois, il n’est pas exclu qu’un livre seul ne puisse pas les captiver pour autant; mais les séries sont effectivement très populaires », de mentionner M. Fortin, ajoutant que la simplicité et la continuité d‘une série jeunesse offrent aux lecteurs la chance de rendre plus faciles leurs recherches.
En entrevue avec Les Versants, Marie-Chantal Plante commente cette vague de cycles littéraires : « Je sais que chez AdA, on favorise beaucoup les séries, comparativement aux “stand-alone”. Quand ils sortent des romans hors série, ils feront souvent partie d’une thématique, comme les Contes interdits, où chaque auteur écrit une version contemporaine d’horreur d’un conte de fées. Ces romans n’ont pas de suite, mais font tout de même partie d’une série. »
Pour Mathieu Fortin, cette façon de procéder est avantageuse pour les deux, l’éditeur et la personne qui rédige l’histoire. Il poursuit : « Cela permet à l’auteur de posséder un lien avec son éditeur, un attachement et une vision à long terme.

J.K. Rowling en cause?

Est-ce que la mère de Harry Potter, ce petit sorcier dont les aventures se sont déclinées du premier livre, mis sur les tablettes en 1997, au dernier, paru 20 ans plus tard, est responsable de cette mode? « Je crois qu’en effet, Mme Rowling a eu une grande influence en ce sens, observe Marie-Chantal Plante. Les séries permettent de plus longues sagas; on peut mieux approfondir les personnages et, bien entendu, c’est plus payant si le 1er tome réussit à accrocher le lecteur. »
En tant qu’auteure jeunesse, elle dit qu’il est connu que les ventes chutent normalement à chaque tome de la série, puisque les « lecteurs s’essoufflent ou se désintéressent de l’histoire, ou vieillissent… » Elle constate aussi qu’il est plus facile de vendre un livre à des jeunes s’ils en connaissent les héros que s’ils doivent tout redécouvrir à nouveau : « Le même phénomène ne se retrouve pas, ou moins, chez les adultes. À leurs yeux, une série signifie plus de volumes à acheter et surtout, devoir attendre pour connaître la fin. »

Une clientèle qui en redemande

Quant au directeur commercial de AdA, il ne croit pas que cette vague de tomes qui se retrouvent sur les présentoirs des librairies soit la faute à quiconque, pas même celle de J.K. Rowling. « La méthode existe depuis longtemps, [bien que] moins présente dans le passé. Aujourd’hui, si nous pouvons appeler le tout une mode ou une tendance, c’est que plusieurs auteurs ont créé des personnages et des histoires tellement fortes et merveilleuses, que la clientèle en redemande. De nos jours, l’information est toujours de plus en plus facile à trouver, et le contact direct des amateurs et leurs auteurs favoris également. Il est donc plus facile pour eux d’exprimer leur satisfaction et leur désir; cela contribue grandement et plus rapidement à la création de suites. »
QUESTION AUX LECTEURS :
En lecture, préférez-vous des séries qui s’étalent en plusieurs tomes ou des histoires publiées en romans uniques?