Saint-Bruno : Louis Émond et ses fantômes
Louis Émond publie L’ombre dans ma chambre, un roman qui allie le fantastique et l’enquête policière. L’auteur de Saint-Bruno-de-Montarville répond à nos questions.
Les Versants : D’où vous est venue l’idée d’écrire cette histoire?
Louis Émond : « Un jour, mon fils m’a proposé que nous élaborions ensemble une histoire tournant autour d’un univers hors du commun, celui des fantômes. Au cours de plusieurs sessions de créations, nous avons imaginé personnages, règles, intrigues et arcs dramatiques. Toutefois, David étant de plus en plus sollicité par du travail de montage et de réalisation, nous avons dû mettre ce projet sur la glace. De mon côté, cinq albums illustrés, deux romans et un recueil de nouvelles n’ont pas empêché notre projet et ses personnages de me revenir constamment en tête. Comme si nos fantômes refusaient de… mourir. C’est le plaisir d’écrire un roman à intrigue policière – Les ennemis invisibles – qui m’a donné l’impulsion nécessaire pour faire de notre projet une série de romans. J’ai commencé par une péripétie inspirée d’une anecdote que j’avais entendue au sujet d’une jeune fille qui, un soir, étendue dans sa baignoire et se trouvant seule chez elle, entendit des bruits suspects provenant du salon… Ainsi est né L’ombre dans ma chambre.
Parmi toute votre bibliographie, ce roman, L’ombre dans ma chambre, qu’est-ce qu’il représente pour vous?
« J’ai écrit quelques romans à intrigues dites »policières » – Taxi en cavale, Un si bel enfer, Les ennemis invisibles – et plusieurs nouvelles à saveur fantastique. J’ai eu envie de faire se rencontrer ces deux genres qui me passionnent dans un récit plus long, mais qui garde de la nouvelle, l’indispensable » finale inattendue ». »
Quelle est sa place parmi tous vos autres titres qui ciblent davantage le lectorat adolescent?
« C’est l’un des romans que j’ai écrits dont je puis dire qu’il est vraiment tout public, en ce sens qu’il suscitera autant l’intérêt d’un adolescent de 13 ou 14 ans que celui d’un adulte. C’est ce que j’ai toujours essayé d’écrire, même avec mes albums, des histoires qui n’ont pas de barrière d’âge. »
Comment votre fils, David Émond-Ferrat, est impliqué dans le roman?
« David est diplômé de la Mel Oppenheim School of Cinema de l’université Concordia. Il a donc un œil aguerri et une expérience solide de réalisateur et de monteur. Il travaille d’ailleurs comme réalisateur en post-production sur de nombreuses émissions, comme Survivor Québec, Aller simple, Hors réseau, ou à la réalisation d’émissions alliant l’éducation et l’humour, comme Philo Pop. David a un sens du découpage, du rythme et de la post-production en général. Il m’apporte énormément. Il m’a conseillé des remaniements au cours et à la fin de la rédaction de L’ombre dans ma chambre qui ont amélioré le résultat. Je sais que même dans des projets futurs qui ne font pas partie de cette série, je voudrai toujours le consulter. »
Quelle est votre position par rapport aux fantômes, au paranormal et aux médiums?
« Je suis comme l’agnostique quant à l’existence de Dieu. Je ne dis pas que ça n’existe pas et que ce sont des balivernes, parce que, au cours de mes recherches dans le domaine, j’ai lu ou entendu parler de certains cas qui m’ont étonné et laissé pour le moins perplexe. En revanche, je ne suis pas fermement convaincu non plus qu’il y ait quoi que ce soit après la mort. Peut-être que ce roman et les prochains sont une façon pour mon fils et moi de répondre à cette grande question qui nous… hante. »
Au départ, est-ce que c’était voulu de mélanger les genres, passant du fantastique au polar?
« Oui. J’aime les romans à intrigue, j’aime être surpris et, comme je le dis parfois, comme plusieurs auteurs, j’écris des histoires que j’aimerais lire. Comme j’apprécie les histoires qui nous sortent pas mal de notre réalité et qui nous amènent à nous questionner sur elle, le fantastique est un genre qui se prête fort bien à ce genre d’exercice. Je précise toutefois que je ne cherche pas à faire peur quand j’écris ce genre de roman, mais à maintenir le lecteur sur le qui-vive. Cela dit, il est possible qu’on ressente une petite crainte à la lecture de certains passage de L’ombre dans ma chambre. Mais c’est là un effet secondaire. »
Vous avez évoqué la possibilité d’une suite… qu’en est-il?
« Le deuxième tome est déjà écrit et d’autres sont prévus. On n’adapte pas une série de l’envergure de celle que nous avons créée, David et moi, en deux ou trois livres, sinon nous y perdrions plusieurs des éléments qui en font la richesse. Le hic, c’est que, de nos jours, il se publie une grande quantité de romans pour les jeunes et autant sinon plus pour les plus vieux. Il faut donc qu’un nombre suffisamment élevé de lecteurs choisissent de lire le roman L’ombre dans ma chambre et veuillent découvrir ce qui va survenir dans les suivants. Sans parler de » bestseller », il faut, je suppose, qu’un certain chiffre de vente soit atteint pour donner envie à la maison d’édition de poursuivre l’aventure. On se croise les doigts… »
Travaillez-vous sur d’autres projets?
« Comme je vous le disais, je termine la révision du tome deux de ma série mettant en vedette la médium Amélie Cathelot et son adjoint, le photographe Philippe L. Gomez. Deux nouvelles enquêtes les attendent de même qu’un étrange et mystérieux personnage… Je travaille aussi à une nouvelle qui fera partie d’un collectif d’autrices et d’auteurs à paraître l’an prochain. J’y retrouverai d’ailleurs avec plaisir la talentueuse autrice de Saint-Bruno, Mélissa Perron, qui elle aussi écrira une nouvelle sur le même thème. Enfin, j’ai un projet d’album avec la maison Les 400 coups et j’ai un autre roman qui mijote et dont j’ai déjà écrit une quarantaine de pages. Je ne m’ennuie pas! »
Enfin, quelles histoires de fantômes conseillez-vous?
« Le tour d’écrou, de Henry James, est le premier titre à me venir en tête. Pas une lecture facile cependant, mais ça en vaut la peine. Dans un domaine plus accessible, Échos ou encore La maison des damnés, de Richard Matheson, est assez saisissant. Jeannette Winterson en a écrit quelques-uns, dont mon préféré reste son recueil d’histoires de Noël, disponible qu’en anglais malheureusement. Le fameux Conte de Noël de Charles Dickens. Le grand Roald Dahl a aussi écrit Histoires de fantômes de même que Peter Straub, dont je garde un bon souvenir. Enfin, le regretté François Blais a écrit d’excellentes histoires de fantômes, dont son Lac Adélard trône au sommet de la liste à mon avis. Mais, de Maupassant à Thomas Owen en passant par Jean Ray ou Édith Wharton, il y en a des tonnes de toutes les époques et pour tous les goûts. »
